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Rektorats Reden © Prof. Schwinges

DISCOURS DE M. RENEVIER

Recteur entrant en charge.

Le nouveau recteur, M. Renevier, commence par des paroles de remerciements à ses collègues, qui l'ont élu, à M. le Chef du Département, et à M. le protecteur, pour ses souhaits de bienvenue. Il s'excuse d'avoir accepté la charge de recteur, lui, le doyen des professeurs ordinaires, qui prend, dit-il, une si faible part à la vie extérieure de l'Université. II ne l'a prise qu'assuré du concours de ses collègues et de la bienveillance du Département. «Mais, dit-il, je vous avertis néanmoins d'avance que vous aurez à votre tête un Rector fossilis au lieu d'un Rector magnificus.»

On rit, on proteste, et M. Renevier poursuit:

Puisque je dois, me conformant à l'usage, vous infliger un discours, je vous dirai tout simplement, Messieurs, comment je conçois le rôle de l'Université, dans un petit pays comme le nôtre.

Le premier objectif d'une université doit être évidemment le développement de toutes les sciences. Nous devons le garder toujours ferme devant les yeux. aussi bien que les représentants des grandes universités qui nous entourent. Nous devons honorer la science, en la présentant sous sa forme la plus adéquate et la plus vraie, en cherchant à la développer et à l'élucider autant qu'il dépend de nous, chacun dans sa sphère. Nous devons tendre à lui préparer de nouveaux adeptes, à les outiller le mieux possible, afin qu'ils nous dépassent dans cette sacrificature, ou ce pontificat de la vérité scientifique.

C'est là la face universelle d'une université. Mais il y a une autre face, tout particulièrement importante dans une petite république, qui a besoin du dévouement de tous ses enfants.

Au culte de la science, nous devons ajouter le service de la Patrie. Nous ne devons point nous isoler, ni former une caste à part. Encore moins produire des fruits secs, inutiles au pays ou à l'humanité. Nos élèves, ou du moins un bon nombre d'entre eux, deviendront les juristes, les pasteurs, les instituteurs, les médecins, les ingénieurs de notre peuple. Ils doivent apprendre à travailler à son, bien moral et matériel, et par conséquent aimer et servir la patrie, chacun dans sa sphère spéciale. A l'objectif théorique, que nous n'avons pas le droit d'oublier, nous devons joindre l'objectif pratique et patriotique

Vous aussi, Messieurs les étudiants, vous devez poursuivre ces deux objectifs, et avoir à coeur de vous

rendre utiles, plutôt que de gagner beaucoup d'argent. Vous permettrez à ma barbe blanche de vous donner pour cela quelques conseils, que je résumerai pour le moment dans ces deux notions : «Persévérance et modération».

Persévérance dans le travail et dans toute activité pour le bien! Un travail persévérant est un travail systématique, continu, et non intermittent, ou par bourrées en vue des examens. Cette dernière méthode, par trop en usage, vous profiterait peu pour votre future carrière. Vous ne recueillerez des fruits durables que d'un travail soutenu et persévérant, auquel vous aurez mis votre coeur.

Modération en toute chose, oui même dans le travail! qui ne doit jamais être excessif, au risque de devenir nuisible. Mais ici, je n'ai pas besoin d'insister, car bien peu d'entre vous, chers étudiants, pèchent par excès de labeur.

Prenez garde, en revanche, que les distractions, nécessaires pour éviter le surmenage intellectuel, ne prédominent jamais, surtout pas dans vos pensées et dans vos affections. Qu'elles restent toujours l'accessoire! Usez des sports: gymnastique, alpinisme, bicyclisme, etc.; mais n'en abusez pas. Evitez les extravagances, auxquelles on se livre par forfanterie!

Mais c'est surtout dans l'usage du tabac et des spiritueux que je veux vous exhorter à la modération. Ce sont là les principaux ennemis de votre travail et de votre moralité. Je me suis félicité toute ma vie de n'avoir jamais pris l'habitude de fumer, habitude aussi inutile que tyrannique.

Quant à l'alcool, M. le Dr Aug. Forel insisterait pour l'abstention complète. Je suis moins absolu, mais je vous recommande une modération de plus en plus accentuée. Avez-vous remarqué que l'armée anglo-égyptienne a dû ses remarquables succès dans le Soudan et sa résistance au climat meurtrier, essentiellement à sa sobriété? Souvenez-vous aussi de l'illustre Pasteur qui attribuait à la tempérance son grand âge et sa bonne santé. Je voudrais voir se répandre de plus en plus parmi nous, comme boisson sociable, le thé russe! non pas la grosse tasse de thé fort, lacté, telle que nous la pratiquons déjà, mais le verre de tué, léger, agrémenté d'une tranche de citron, dont nous avons tant joui l'an passé, dans notre grand voyage à travers la Russie d'Europe et d'Asie. Voilà ce qui, dans beaucoup de cas, remplacerait fort avantageusement la chope de bière, tout au profit de l'intellect.