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Rektorats Reden © Prof. Schwinges

DISCOURS DE M. RENEVIER

Recteur sortant de charge.

MONSIEUR LE CHEF DU DÉPARTEMENT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE, MESSIEURS LES PROFESSEURS, MESSIEURS LES ÉTUDIANTS, MESDAMES ET MESSIEURS,

Arrivé au terme de la période biennale de mon rectorat, j'ai l'agréable mission de vous, présenter mon successeur; mais auparavant je dois vous donner un court aperçu de la marche de notre Université pendant ces deux années. Il est clair qu'il ne peut être question ici d'un rapport circonstancié, mais tout au plus de la mention des faits les plus marquants.

J'ai dit la marche! — Notre Université marche-t-elle? — Oui, elle progresse, elle se développe, elle vit!

Mais qui dit vie fait penser à la mort, et mon premier devoir est de donner un souvenir de regret à ceux qui ne sont plus. Pendant ces deux années, le

deuil nous a souvent visités, bien plus, me semble-t-il, qu'on n'eût pu le prévoir.

Nous avons perdu par la mort trois professeurs: Em. Baudat (septembre 1899) de la Faculté des lettres, qui n'a pas survécu longtemps à sa retraite, causée par une pénible maladie.

Ed. Gross (mars 1900), jeune professeur de mathématiques, plein d'avenir.

Ern. Combe (septembre 1900), notre vénéré prorecteur, aimé de tous, et dont la mort est un grand deuil, spécialement pour la Faculté de théologie.

En outre quatre étudiants: MM. Max Brunner, H. Simon, Ch. Mohaupt et Mme Hélène Herzen, née Concioti.

Mais c'est surtout les femmes des professeurs que la mort a fauchées; sept de nos collègues ont été ainsi dépouillés MM. Brélaz, Dandiran, Walras, Guex, Erman, Palaz, Nicolas Herzen.

Nous sympathisons à toutes ces douleurs.

D'autre part, nous avons perdu deux collègues par démission, mais ceux-là demeurent en quelque mesure rattachés à l'Université: M. Aloys Fornerod, devenu pasteur à Pully, reste chargé de cours. M. Georges Renard, appelé à Paris, continue à être des nôtres comme professeur honoraire.

Ces pertes sont plus que compensées par de nombreuses nominations nouvelles, d'abord : MM. H. Warnery, Louis Emery et Maurice Millioud, que vous entendrez tout à l'heure, et dont les deux

derniers nous appartenaient déjà, à titre de professeurs extraordinaires.

Dix professeurs extraordinaires, dont deux en droit, MM. Walter Burckhardt et Nicolas Herzen; deux en médecine, MM. Dr. Albert Maheim et Dr L. Perret; un en lettres, M. H. Meylan-Faure; un en sciences, M. Paul Dutoit; quatre en technique, MM. L. Schüle, ing. Nicolas Schoulepnikow, Louis Pelet, Paul Hoffet, ingénieur.

La plupart de ces nouveaux professeurs, ordinaires et extraordinaires, sont enfants de notre Alma mater, et témoignent ainsi de sa vitalité.

Enfin, cinq privat-docents: MM. Pierre de Tourtoulon, Em. Gaillard, Alex. Schenk, Dr. Ad. Treyer, L. Dus serre.

Mentionnons encore la nomination de M. le professeur Adrien Palaz, comme directeur de l'Ecole d'ingénieurs, de M. Racca, comme professeur suppléant, et celle de M. Rodolphe Reiss, comme directeur de l'atelier de photographie.

Enfin l'Université s'est honorée en décernant le titre de docteur honoris causa à M. le professeur H. du Bois, de Neuchâtel, à l'occasion de son jubilé.

A tous ces nouveaux collègues, à divers titres, je souhaite la bienvenue au nom de l'Université.

Le nombre des étudiants s'est également accru. Il était de 584 au semestre d'été de 1898, et de 641 à celui de 1900. L'augmentation, qui est donc de 57 étudiants, porte entièrement sur les étudiants immatriculés,

qui comptaient, au dernier semestre 569, plus 72 auditeurs. J'ajoute que de ces 641 étudiants, 110 sont des étudiantes, dont 73 immatriculées, surtout dans la Faculté de médecine, et que la présence de ces dames et demoiselles n'a exercé qu'une heureuse influence sur nos auditoires.

Le nombre des gradués pendant ces deux années, s'élève à 135, ainsi qu'il ressort du relevé suivant

LICENCIÉS
en théologie 12
endroit 19
en lettres classiques 8
en » modernes 5
en sciences mathématiques 1
en » physiques et naturelles 4
en pharmacie 4
DOCTEURS
en théologie 1
en droit 4
en médecine 28
en lettres 4
en sciences 13
INGÉNIEURS
constructeurs 22
mécaniciens 5
électriciens 5 Total 135

Sauf un ou deux cas tout à fait exceptionnels, la discipline a été bonne.

MM. les étudiants ont fondé entre eux quatre nouvelles sociétés, qui ont été autorisées, après examen

de leurs statuts. Ce sont par ordre de date: Bratstwo, Lausonia, Libertas et Philarmonia. Leur but est national, linguistique, abstinent et musical.

Les cours de vacances se sont aussi développés. Inaugurés il y a six ans, ils sont destinés aux étrangers qui veulent, pendant leurs vacances, se perfectionner dans l'étude du français; ils servent très spécialement aux instituteurs et institutrices de langue allemande. En 1898, ils avaient attiré 95 personnes, et 128 en 1899. Ce dernier été, les craintes de petite vérole ont retenu loin de Lausanne bien des auditeurs, tandis que l'Exposition de Paris exerçait son attraction. Néanmoins les cours de cet été ont été fréquentés par 102 auditeurs et auditrices.

Le manque d'auditoires se fait vivement sentir dans plusieurs facultés, et complique beaucoup l'établissement des horaires.

Il faudra y pourvoir par des locaux provisoires en attendant qu'on puisse utiliser les auditoires de l'édifice de Rumine. Cela encore est une preuve du développement continu de l'Université.

En fait d'événements saillants, survenus pendant ces deux années, je signalerai:

1. La plaque commémorative du poète polonais Mickiewicz, offerte à l'Université par le comité du centenaire.

2. Un legs de quarante mille francs fait au Fonds universitaire, par feu le pasteur Deytard.

3. Un legs de feu Hermann Fol, transmis par sa

veuve, et consistant en une trentaine de caisses d'objets de laboratoires et de collections.

4. L'institution par M. le prof. Brunner d'un prix annuel, au moyen du capital de 2500 francs, recueilli par ses élèves et ses amis pour fêter sa vingt-cinquième année de professorat.

5. Un don de 2500 francs, fait par le comité du monument Davel, pour l'institution d'un prix trisannuel d'histoire vaudoise avant 1815, dit prix Davel.

6. L'élaboration des règlements relatifs à nos fondations spéciales: prix Bippert, prix H.-Ed. de Cérenville, prix Folloppe, prix Brunner; en attendant le règlement du prix Davel.

7. Enfin la revision du règlement général de l'Université et de ceux de la plupart des Facultés; comme conséquence de la liberté rendue à chacune d'elles de fixer les émoluments et autres conditions du doctorat.

Si j'ai pu remplir, presque sans interruption, durant ces deux années, mes fonctions de recteur, et mener à bien les affaires de l'Université, je le dois avant tout à la bénédiction de Dieu, qui m'a conservé les forces et la santé, malgré mon âge avancé.

Je le dois ensuite aux bonnes relations avec le département de l'Instruction publique, ainsi qu'à la bienveillance de mes collègues.

Je le dois tout particulièrement à l'appui que j'ai rencontré auprès des doyens de nos cinq Facultés, et spécialement auprès de notre regretté prorecteur, Ernest Combe.

Je le dois enfin à l'expérience et au dévouement de notre vénéré secrétaire, M. J. Bonzon. A tous, j'adresse mes sincères remerciements.

J'arrive maintenant, Messieurs, à la dernière et la plus agréable partie de ma tâche, celle de vous présenter mon successeur, et de déposer sur des épaules plus jeunes, et éminemment qualifiées, la charge du rectorat.

Selon la rotation habituelle, c'était au tour de la Faculté des lettres de fournir le nouveau recteur. Dans son assemblée de juillet, le Sénat a jeté son dévolu sur M. Jean Bonnard. Il n'aurait pu faire un meilleur choix.

Né à Nyon en 1855, mon remplaçant n'avait guère qu'un an lorsque j'ai commencé mon professorat dans notre ancienne Académie. Sa famille est une des plus honorables de notre petit pays. Son père, le vénérable pasteur Auguste Bonnard, longtemps pasteur à Lausanne, et heureusement encore au milieu de nous, s'est fait aimer et respecter de tous. De bonne heure, M. Jean Bonnard s'est voué aux études littéraires, et plus spécialement à la philologie romane. Dès 1876, il devint collaborateur au grand Dictionnaire de l'ancien français de F. Godefroy. Après la mort de celui-ci, il fut, en 1897, chargé par le ministère français de la continuation de cette oeuvre, en collaboration avec M. Salmon.

Auteur de plusieurs publications importantes, M. Bonnard achève en ce moment, avec le même collaborateur, une grammaire de l'ancien français.

Rappelé de Paris en 1888, pour occuper à l'Académie de Lausanne la chaire nouvellement créée de philologie romane, il y devint doyen de la Faculté des lettres en 1894. Il fut l'un des fondateurs des Cours de vacances, et en a été le directeur depuis 1895.

Vous voyez donc, Mesdames et Messieurs, que notre nouveau recteur est dans la force de l'âge, au moment du plein épanouissement de ses facultés, et parfaitement bien préparé à présider à la marche de l'Université.

Je suis heureux de lui céder la place, en faisant des voeux pour son rectorat et pour le développement harmonieux de notre chère Alma mater et de chacune de ses cinq Facultés.