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Rektorats Reden © Prof. Schwinges

Discours de M. le professeur D'Espine, recteur.

Mesdames et Messieurs,

L'Université de Genève, fille de l'Académie de Calvin, a conservé, comme elle, l'austère mépris de la mise en scène et elle a eu raison, car c'est un des traits distinctifs de notre caractère national.

Calvin n'avait institué qu'une seule fête périodique, celle des Promotions, qui était celle de la Schela Genevensis tout entière et qui ne fut restreinte au Collège que dans la première moitié du XIXme siècle. Plus tard l'Université se borna à donner chaque année une séance au mois de janvier, destinée à la distribution des prix et précédée, seulement depuis quelques années, d'un rapport lu par le Recteur sur l'année écoulée.

Le Sénat a pensé qu'il serait bon d'ajouter à cette cérémonie un peu froide une fête universitaire d'été tous les deux ans qui coïnciderait avec le renouvellement du Bureau et qui, par la date du 5 juin, serait en même temps commémorative de la fondation de l'Académie de Genève en 1559

Nous avons fait de notre mieux pour exécuter la décision du Sénat et avons adopté pour cette fête de famille le nom de «Dies Academicus» que portent des fêtes analogues dans d'autres Universités de la Suisse ou de l'étranger.

C'est la première fête que célèbre notre Université depuis le grand Jubilé triséculaire de 1859. La transformation de l'Académie en Université, décrétée en 1872 et accomplie en 1873 par l'institution de la Faculté de Médecine, se passa sans manifestation extérieure d'aucune sorte, l'inauguration de l'Ecole de Médecine n'ayant eu lieu qu'en 1876.

Il nous a donc paru nécessaire de fêter ce premier Dies Academicus avec un certain éclat, ce qui nous a été rendu facile par le

concours de nos autorités cantonales et municipales d'une part, et par l'entrain que MM. les étudiants ont mis à l'organisation d'un cortège aux flambeaux d'autre part.

Le Bureau du Sénat a décidé d'inaugurer le Dies Academicus par une séance solennelle à l'Aula, où la signification de cette journée, ainsi que le grand souvenir du 5 juin 1559 vous seraient rappelés par l'éminent historien de notre Académie, M. le professeur Borgeaud.

Je serai donc bref pour laisser à notre collègue tout le temps disponible.

Je tiens seulement à vous rappeler, MM. les Etudiants, que grâce à l'obligeance de la Ville de Genève, nous pourrons célébrer notre fête de famille cet après-midi au parc de l'Ariana. Vos professeurs se sont fait un plaisir de vous y offrir une modeste collation. Venez-y tous, afin que nous puissions fraterniser ensemble sous les beaux ombrages que nous devons à la générosité de notre concitoyen Gustave Revilliod, en face de ces Alpes recouvertes de neiges éternelles et de ce beau lac dont le bleu reflète le ciel. C'est un cadre merveilleux que pourraient nous envier toutes les Universités du monde.

Nous comptons également ce soir sur un ciel clément pour le cortège aux flambeaux des Etudiants. La Fanfare municipale qui nous a prêté, pour cette circonstance, son gracieux concours, prendra la tête du cortège qui partira de l'Université, rue de Candolle. Après elle viendra le drapeau de l'Université, qui avait été porté dans diverses cérémonies précédentes par un membre de la Société de Belles-Lettres et que nous avons remis pour cette fête à M. le Président de la Société de Zofingue qui sera accompagné par les Présidents de toutes les Sociétés Universitaires en écharpe. Ils seront suivis, d'abord, de Mesdames les Etudiantes, ensuite par le corps des Etudiants sans couleurs. Les Sociétés avec couleurs fermeront le cortège.

Il m'a paru important de relever, pour le premier Dies Academicus

les noms de toutes les Sociétés d'Etudiants accréditées auprès de notre Université, d'après leur date d'inscription.

Les trois plus anciennes sont celles de Zofingue (1823), de Belles-Lettres (1824) et des Etudiants Français (1833). La Société de Stella, inscrite en 1863, n'est plus représentée que par les vieux Stelliens, mais elle nous annonce sa réorganisation prochaine.

Puis viennent: en 1875, la Société des Etudiants Suisses Salevia; en 1879, la Société des Etudiants bulgares Bratswo; en 1880, la Deutsch Schweizer Studentengesellschaft, qui a pris le nom de Rhodania en 1900; en 1892, la Société des Etudiants grecs Minerva; en 1898, la Société des Etudiants roumains, Romania.

En 1903: la Société des Etudiants Arméniens, la Société Caucase, la Société des Etudiants Italiens, la Société des Etudiants et des Etudiantes de Russie, la Société des Etudiants Polonais, l'Association Universitaire de Gymnastique, la Société des Etudiants Montagnards, l'Association des Etudiantes de l'Université de Genève.

En 1904: La Libertas, société d'étudiants abstinents; l'Association Chrétienne Suisse d'Etudiants; la Société des Etudiants Hébreux (Haschahar).

Ajoutons que Messieurs les Etudiants Allemands, quoique ne formant pas une société académique proprement dite, ont tenu à se joindre à leurs camarades pour figurer en corps dans le cortège.

Etudiants genevois, étudiants confédérés, étudiants étrangers, vous pour lesquels nous éprouvons une égale affection et une égale sollicitude, nous vous remercions tous d'avoir formé en ce jour solennel un faisceau compact autour de l'Alma Mater.

Vous êtes notre couronne, vous êtes notre gloire, et quand vous nous quitterez pour rentrer dans vos foyers, nous savons que vous n'oublierez pas ce petit lambeau de terre que l'on appelle

Genève, parce que c'est une terre de liberté, en même temps qu'un foyer de lumière.

Permettez-moi de vous lire une adresse que j'ai reçue pendant mon rectorat et qui m'a profondément touchée, parce qu'elle montre que nos anciens élèves ne nous ont pas oubliés. C'est une dépêche de Sofia datée du 14 février 1904:

«Les anciens étudiants de l'Université de Genève, résidant à Sofia, au nombre de 50, réunis en banquet en l'honneur de l'Université qui leur a donné la science, l'exemple de l'initiative privée dans toute activité sociale et scientifique, saluent le Recteur de l'Université et tous les Professeurs, et leur expriment, avec leur profonde reconnaissance, leurs voeux sincères pour la prospérité et la gloire de l'Université.

«Vive Genève! Vive l'aIma mater, l'Université! Vivent les Professeurs!

(Signé): Le Doyen Dr MIKADOFF
Directeur sanitaire de la capitale.

Messieurs les Etudiants, le Bureau désire depuis longtemps pouvoir vous procurer une Salle de lecture. Cette année, sur l'initiative du Comité de patronage pour les étudiants étrangers, la question a fait un grand pas. Des négociations entamées à ce sujet avec la Ville de Genève sont sur le point d'aboutir et n'attendent plus que la sanction de l'Etat.

Arrivé bientôt au terme de mon rectorat, je tiens à vous remercier, Messieurs les Etudiants, de m'avoir aidé dans l'exercice de mes fonctions par votre sagesse et votre bienveillance. Grâce à elles, j'ai pu oublier au fonds de mes tiroirs, où elles se sont rouillées, les armes de la discipline universitaire.

Si l'Académie a été fondée par Calvin au milieu du bruit des batailles et a pris part à la défense glorieuse de Genève contre ses ennemis, l'Université jouit aujourd'hui d'une paix profonde. Elle plane au dessus des luttes des partis et des dissensions religieuses,

dans l'atmosphère sereine du travail et de la science, illuminée par les rayons du soleil qui figure sur nos armes, la Lux Scholae Genevensis!

Je termine en formulant un voeu pour l'Université de Genève et en lui appliquant les mots que traçait sur les murs de sa prison le martyr de nos libertés genevoises, Philibert Berthelier: Non moriar, sed vivam et narrabo opéra Domini.

Discours de M. le professeur Alfred .Martin, vice-recteur.

Messieurs les étudiants, Mesdames les étudiantes,

La courte et simple allocution que je veux vous adresser, se résume dans la formule dont on se sert, lorsqu'on est présenté à une personne aimable et respectable:

Enchanté de faire votre connaissance!

A vrai dire, je ne connais qu'un bien petit nombre d'entre vous. Je le répète, et je serais enchanté que le cercle s'élargît chaque jour davantage. Car les meilleurs moments que passe un professeur sont ceux dans lesquels il est en relation directe avec la jeunesse universitaire, en dehors des examens.

Le Dies Academicus a été institué précisément pour rapprocher ceux qui enseignent et ceux qui sont enseignés, en leur procurant une occasion de se voir dans des conditions favorables, tout en célébrant un bel anniversaire.