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Rektorats Reden © Prof. Schwinges

DISCOURS DE M. MAURICE PASCHOUD

Professeur de statique graphique et de résistance des matériaux, Recteur rentrant en charge.

MONSIEUR LE CHEF DU DÉPARTEMENT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE,

Le Règlement général de l'Université prévoit que le recteur sortant de charge présente aux étudiants le nouveau recteur, Nulle part, il ne fait mention d'une allocution que ce dernier devrait prononcer. Mais, la coutume exige un discours du recteur entrant en charge et ce n'est pas, je crois, sans de bonnes raisons.

Cette tradition permet à celui qui est appelé à diriger l'Université pendant deux ans de vous remercier d'avoir bien voulu ouvrir cette séance et de saluer en vous, Monsieur le Président du Conseil d'Etat, le représentant du gouvernement du canton de Vaud, de ce petit pays de la Suisse. romande, aux ressources limitées, dont la population est en grande partie agricole mais qui a su faire avec joie, en donnant un magnifique exemple de solidarité entre la campagne et la ville, les sacrifices nécessaires pour créer et perfectionner son Université.

Elle me permet aussi, Monsieur le pro-recteur et très cher collègue, de vous dire toute ma gratitude pour les paroles beaucoup trop bienveillantes que vous venez de prononcer à l'égard de votre successeur. Il y aura bientôt six mois, au Sénat universitaire, à la suite de mon élection, vous m'avez déjà parlé en des termes qui m'ont profondément touché.

Aujourd'hui, vous voulez bien évoquer ici le souvenir de mon père. Je vous suis reconnaissant, de tout mon coeur, de ce nouveau témoignage que vous me donnez de l'amitié qui, depuis si longtemps, unit nos familles.

Durant votre rectorat, vous avez dirigé notre maison avec la plus grande distinction. Grâce à l'expérience que vous aviez acquise pendant que vous remplissiez les fonctions de chancelier de l'Université, vous nous avez conduits avec une fermeté et une douceur dont je voudrais savoir m'inspirer.

Malgré les deuils cruels qui vous ont frappé dans vos affections les plus chères, vous avez tenu la barre de noire navire sans défaillance et avec tant de sûreté que ni les hommes de l'équipage, ni les passagers, ne se sont doutés que, par moments, nous étions en train de côtoyer des écueils dangereux.

Enfin, permettez-moi de vous dire combien, pendant les deux années qui viennent de s'écouler, chaque fois que vous avez pris la parole, j'ai admiré et envié cette éloquence qui fait de vous un des grands orateurs de notre Eglise nationale vaudoise.

MESDAMES ET MESSIEURS,

Suivant une alternance voulue par la loi sur l'enseignement supérieur et consacrée par l'usage, le recteur est choisi, autant que possible, successivement, dans les diverses Facultés.

Cette année, c'était le tour de la Faculté des sciences et, manifestement, le Sénat a voulu en profiter pour honorer l'Ecole d'ingénieurs. II comptait sans l'industrie et les affaires (il n'est pas possible de les séparer). Ce sont des maitresses exigeantes et jalouses, qui n'admettent pas de partager avec d'autres les hommes qu'elles ont su s'attacher et auxquels elles offrent, d'ailleurs, avec de très gros soucis, de grandes satisfactions et des avantages plus sérieux que ceux que peut leur donner l'Université.

Et c'est ainsi que le nouveau recteur a été choisi dans l'Ecole d'ingénieurs, mais qu'il n'est cependant pas un représentant parfaitement authentique de cette belle profession.

Toutefois, sans être un véritable praticien, il est possible de se rendre compte, nettement, des besoins de notre Ecole d'ingénieurs et a'apprécier tout ce qu'elle retire de son union avec l'Université.

Cette union, comme tout bon mariage, est à l'avantage de chacun des deux conjoints.

Si l'Ecole d'ingénieurs, grâce à son rattachement à l'Université, acquiert, d'une façon indiscutable, son caractère d'Ecole technique supérieure, l'Université, à son tour, doit à cette Ecole de sérieux enrichissements. Elle lui est redevable de sa quatrième chaire de mathématiques et de sa quatrième chaire de chimie. Elle lui doit aussi toutes ses chaires d'application dans les domaines du génie civil, de la mécanique et de l'électricité.

Il est bon qu'à côté de ceux qui se consacrent à la science pure et désintéressée, l'Université compte parmi ses professeurs des hommes qui font de la science en vue de l'appliquer, qui ne sont pas satisfaits d'une solution quand elle est élégante, au sens des mathématiciens, mais qui la veulent simple, rapide, facile à réaliser, bon marché, et, pour tout dire en un mot, pratique.

Qui dit mariage, dit aussi concessions réciproques.

Il est certain que dans sa vie commune avec l'Université, l'Ecole d'ingénieurs perd un peu de son indépendance et de son autonomie. Il serait facile, semble-t-il, par une revision de la loi, de la rétablir dans son rang ancien de Faculté technique. Cela permettrait à son directeur, devenu en quelque sorte le doyen permanent de cette Faculté, de jouer, sans sortir de la légalité, le rôle très indépendant que lui assigne l'importance de l'établissement dont il est le chef. -

D'ailleurs l'Université admet, avec beaucoup de bonne grâce, en faveur de l'Ecole d'ingénieurs, des accrocs à ses

principes. Par exemple, elle renonce sans hésiter, pour elle, au dogme fondamental de la liberté académique. Et les professeurs de la Faculté des sciences qui enseignent à l'Ecole d'ingénieurs — je pense en particulier aux mathématiciens — adaptent, souvent un peu contre leur gré, le programme et l'esprit de leurs cours aux besoins d'étudiants pour lesquels les mathématiques sont un moyen et non un but.

Dans un ménage uni, il est bon que les époux échangent quelquefois des cadeaux.

L'Ecole d'ingénieurs a donné l'exemple. C'est à la générosité de l'un de ses élèves, Gabriel de Rumine, auquel elle a décerné son diplôme d'ingénieur en 1864, que l'Université doit le Palais qui l'abrite et, si l'on va jusqu'au fond des choses, c'est à l'affectation des trois millions du legs de Rumine à la construction d'un édifice pour l'Académie que celle-ci doit sa transformation en Université.

L'Université pourra difficilement faire â l'Ecole d'ingénieurs un présent de la même importance. Mais, l'Ecole d'ingénieurs, en femme moderne, a de grandes exigences. Il lui faut un bâtiment, des laboratoires, un laboratoire hydraulique tout spécialement. L'Université de Lausanne doit user de son influence pour obtenir du canton et de la ville de Lausanne, qui, sur ce point, est liée par une convention, ces instruments de travail indispensables au développement de cette Ecole. Ces efforts réunis aboutiront d'autant mieux que bientôt, nous pouvons l'espérer, l'Ecole d'ingénieurs retrouvera, au sein du Conseil fédéral, l'appui sur lequel elle doit pouvoir compter.

MESDAMES LES ETUDIANTES, MESSIEURS LES ETUDIANTS,

Vous vous êtes peut-être demandé pourquoi, ces derniers jours, je vous ai prié d'assister nombreux à notre séance publique du Sénat. Ce n'est pas seulement, je vous l'assure, parce que je devais vous y être présenté. Vous

êtes notre raison d'être. On peut concevoir, à la rigueur, une Université sans professeurs. Il est impossible de l'imaginer sans étudiants. Quand vous n'êtes pas présents à nos fêtes, celles-ci perdent tout leur éclat.

Il y a encore une autre séance publique du Sénat à laquelle je voudrais vous demander de venir nombreux: c'est celle des concours.

Préparez des concours. Les sujets qui s'offrent à votre choix sont très variés. Ils vous donneront l'occasion de vous initier aux recherches personnelles tout en vous apportant un profit matériel qui n'est pas à négliger.

C'est sur ce désir que je vous remercie d'avoir répondu à notre appel et que je forme, pour vos études et pour votre carrière future, les voeux les plus sincères.