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Rektorats Reden © Prof. Schwinges

INSTALLATION DE M. LE PROFESSEUR ROBERT MATTHEY

EN QUALITÉ DE
RECTEUR
POUR LA PÉRIODE DE 1958 A 1960
LIBRAIRIE PAYOT
LIBRAIRIE DE L'UNIVERSITÉ
LAUSANNE 1958

DISCOURS
DE M. LE PROFESSEUR EDMOND GRIN
RECTEUR SORTANT DE CHARGE
Monsieur le Conseiller d'Etat, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

La tâche du prorecteur, aujourd'hui, est plutôt ingrate. Comment faire, en peu de minutes, la chronique de l'Université durant deux années, sans tomber dans une énumération sèche, donc fastidieuse, et donnant une idée très fausse de la vie riche et diverse qu'est celle de notre Maison?

Pour éviter ce piège, je vais délibérément laisser de côté tout le détail, si intéressant qu'il puisse être: noms des membres du corps enseignant qui ont pris leur retraite, nouveaux titulaires, leçons inaugurales, participation de professeurs à tels congrès. Tout cela figure dans notre Rapport annuel, qui peut être connu de chacun des amis de notre Alma mater.

Nous ne saurions aller plus avant sans évoquer la mémoire des disparus. Au cours de la dernière période académique (octobre 1956-octobre 1958), les départs ont été nombreux: deux anciens recteurs, les professeurs Arnold Reymond et Gabriel Chamorel; quatre professeurs honoraires: Adrien Bovy, Jean Spiro, Fritz Hübner, Charles Scholder; un professeur en activité: Léon Babaïantz; un ancien chargé de cours: Edgar Goldschmid; un ancien privat-docent: Mme Lydia Banc; enfin cinq étudiants: Jean-François Raball (théologie), Mario Zimmermann (sciences politiques), Michel Dumur (lettres); Jean-Jacques Roulier et Jean-Daniel Chambaz (EPUL).

A tous ceux qui nous ont quittés, l'Université vaudoise adresse un ultime adieu; et elle renouvelle à leurs familles l'expression de sa très respectueuse sympathie.

La période rectorale qui vient de s'achever a connu plus d'une réalisation heureuse, qui ont marqué dans la vie de notre Université.

Bien que M. le conseiller d'Etat Oguey y ait déjà fait allusion, nul ne nous en voudra de rappeler ici — l'oubli fait si promptement son oeuvre — dans quelle atmosphère de tension morale et d'angoisse notre rectorat a débuté. Le 8 novembre 1956, les coeurs n'étaient pas à la joie. Une tragédie poignante se déroulait en Hongrie. Par centaines, par milliers même, des hommes, des femmes quittaient leur pays. Devant l'exode de tant de jeunes intellectuels — leurs camarades inconnus — nos étudiants ont d'emblée renoncé aux protestations indignées, purement verbales et qui n'engagent à rien. Avec une dignité et une promptitude qui les honorent, ils ont agi. Bouleversés comme leurs aînés, ils ont décidé d'organiser un accueil, entraînant aussitôt après eux les autorités universitaires et tous leurs professeurs. Nous avions pensé recevoir à Lausanne six ou huit étudiants du pays martyr. Mais devant le flot des jeunes réfugiés, et devant la générosité de notre population vaudoise, l'Université a ouvert ses portes à un groupe de vingt-quatre. Le possible a été fait, par beaucoup de coeurs généreux, pour intégrer nos protégés à notre vie académique. Certes nous n'avons pas trouvé que des satisfactions dans l'oeuvre entreprise. Mais... n'avons-nous que des satisfactions avec les jeunes de chez nous?

Assez rapidement nous avons dû constater que le dévouement a toute épreuve du président du Comité de patronage — alors le professeur Gilbert Guisan, à qui va notre reconnaissance — et celui également de plusieurs de nos collègues ne suffisaient pas à la tâche. Concernant nos amis de Budapest, et aussi l'ensemble de nos étudiants —près de 2200 l'an passé, dont environ 900 à l'EPUL — il est des questions d'ordre social et moral qui demandent des

compétences particulières. Aussi avons-nous salué avec une vive gratitude, et un grand espoir, la création d'un poste —d'un demiposte plus exactement — d'assistante sociale, pour lequel l'aide de l'Etat nous a été et nous est encore précieuse. Nous remercions Mile Rindlisbacher de tout ce qu'elle a fait, depuis tantôt un an, pour nos étudiants. Et nous souhaitons qu'après ce premier pas, timide, l'Université aille résolument de l'avant dans cette voie.

Depuis longtemps nous étions préoccupés de la santé des élèves de nos facultés et écoles. La tuberculose fait encore trop de ravages dans leurs rangs. Un statut exagérément libéral permettait des dérobades devant l'examen radiologique, qui doit être annuel pour conserver sens et valeur. Nous sommes heureux que notre Grand Conseil ait compris notre tourment et ait sanctionné sans hésiter le règlement amélioré adopté par le Sénat et le Conseil d'Etat.

Passant du plan social à celui des études, nous avons satisfaction à rappeler la création d'un centre d'intégration européenne — le premier en Suisse. Le dynamisme de M. le professeur H. Rieben, titulaire d'une chaire récemment créée, a attiré l'attention sur lui et sur notre Université. Et une donation généreuse a permis cette nouvelle institution.

En marge de l'Université, mais sous son patronage moral, la Société «Nestlé Alimentana» a créé à Bellerive l'Institut dénommé dans le langage sibyllin de notre époque: IMEDE, c'est-à-dire institut pour l'étude des méthodes de direction de l'entreprise. Chaque année, durant huit à neuf mois, de jeunes chefs, ou de futurs chefs, de tous les pays peuvent recevoir à Lausanne une initiation pratique des plus précieuses. Les débuts de cette Ecole d'un genre très particulier sont pleins de promesses, et la présence d'IMEDE dans notre ville a grande valeur pour notre Ecole des H.E.C., ainsi que pour l'EPUL. L'un des nôtres, M. Jean Golay, représente l'Université au Conseil de direction.

Depuis des années nous attendions la transformation complète de la Bibliothèque cantonale et universitaire, et aussi de la salle de

lecture. Alors même que cette institution ne dépend pas de l'Université, elle est intimement liée à sa vie, surtout en ce qui concerne les sciences morales. La métamorphose est aujourd'hui accomplie, et nous avons pu, il y a quelques mois, prendre part à l'inauguration des nouveaux locaux dans la reconnaissance et dans la joie.

Des retards fâcheux ont empêché le transfert à l'ancien Evêché des bureaux de notre secrétariat général, depuis longtemps beaucoup trop à l'étroit dans une modeste pièce du Palais de Rumine. Ce qui convenait tout juste à l'époque où nous avions six cents étudiants ne suffit décidément plus aujourd'hui, avec un nombre presque triple. Depuis janvier 1958 les travaux ont enfin commencé et sont poussés rapidement. L'Université exprime sa gratitude à ceux qui ont pris la chose à coeur, particulièrement à M. le syndic Chevallaz.

En déposant voici quatre ans sa charge de recteur, M. Marcel Bridel annonçait l'acquisition d'un microscope électronique, cette récente application de la physique de l'électron. Des difficultés d'ordre technique — inattendues — ont retardé l'inauguration officielle de cet admirable instrument. Depuis le 24 juin écoulé, c'est chose faite. Nous en sommes heureux pour nos chercheurs, et nous saisissons l'occasion de remercier publiquement une fois encore M. Glauser, à Vevey, sans la générosité duquel nous n'aurions jamais pu faire cette coûteuse acquisition.

Comme ni le Gouvernement vaudois ni les autorités universitaires ne sont maîtres des architectes et des entreprises de construction, l'inauguration de la nouvelle Ecole de médecine n'a pas encore pu avoir lieu. Pourtant le bâtiment est presque achevé, ce dont nous nous réjouissons tant pour les professeurs que pour nos étudiants.

On reproche parfois à notre Université de ne pas avoir une existence assez spectaculaire. Pour notre part nous ne saurions le regretter. Ce n'est qu'occasionnellement qu'une Haute Ecole digne de ce nom peut se permettre de vivre dans la rue: pour la célébration d'un centenaire, par exemple. Son vrai travail est un

travail discret, caché. Il s'accomplit dans les auditoires et les salles de séminaires, dans les laboratoires, les cliniques, les bibliothèques, et aussi dans les cabinets d'études particuliers des maîtres et des étudiants. Ils s'en rendent bien compte, ces ambassadeurs de pays, petits ou grands, qui nous rendent visite: Etats-Unis d'Amérique, Indes, Pakistan, Pologne. Ce qu'ils désirent savoir, c'est comment on travaille chez nous. Voilà pourquoi, plutôt que des réceptions, ils cherchent les contacts personnels, directs.

La nature de notre labeur a rendu difficile notre participation à l'Exposition universelle de Bruxelles. Comment, quand on dispose de très peu de place, représenter concrètement — et de façon authentique — la vie d'une université? Espérons que les expériences un peu décevantes de 1958 nous aideront à faire mieux à Lausanne en 1964.

Les contacts réellement utiles pour l'avancement de la recherche dans tous les domaines, comme pour le rayonnement de l'Université vaudoise, nous les désirons. C'est pourquoi nous avons eu grande joie à recevoir dans notre salle du Sénat, le printemps dernier, le professeur Alan Wood, de Baltimore, à qui devait être remise cette année la médaille Jules Gonin, attribuée par l'Association internationale d'ophtalmologie. Joie d'autant plus grande que s'étaient joints à leur distingué collègue trois précédents bénéficiaires de cette distinction: M. Duke-Elder de Londres, M. Baillart de Paris et M. Arruga de Barcelone. La journée tout entière constitua le plus émouvant des hommages à la mémoire de notre grand Gonin.

Ils contribuent aussi au rayonnement de l'Université, les doctorats honoris causa que nous décernons de temps à autre, et qui sont un moyen d'honorer ceux qui comprennent vraiment notre vie et le sens profond de notre labeur. Durant ces deux années la famille de nos docteurs s'est agrandie. Elle a accueilli dans son sein MM. Gustave Roud, Charles Veillon, Raymond Devrient et Carl Koechlin.

Notre Maison a été représentée par son recteur aux cérémonies fêtant la reconstruction de l'Université de Caen, au cinquième centenaire de l'Université de Fribourg-en-Brisgau, à la reconstitution

de l'Université de Giessen et à l'inauguration de la nouvelle Faculté des sciences de Dijon. De plus, pour marquer — et vivifier — les bonnes relations entre Dijon et Lausanne, et Munich et Lausanne, il y eut... échange de recteurs... le temps d'une conférence ou d'une leçon.

Sous les auspices de Pro Helvetia, et pour favoriser les contacts académiques entre nations, MM. les recteurs des quatre universités belges ont visité chacune des Hautes Ecoles helvétiques au printemps 1957. En réponse à ce geste, le Gouvernement belge, quelques mois plus tard, conviait les recteurs suisses à une visite pleine d'intérêt à Liège, Louvain, Bruxelles et Gand.

Si les relations personnelles ainsi créées sont des plus utiles — à condition d'être entretenues — elles pourraient parfois faire naître dans tel coeur rectoral un sentiment d'envie: il y a là-bas ce que nous n'avons pas chez nous! Tout réfléchi, ce serait une erreur et une injustice. Beaucoup, à l'étranger, demeurent confondus qu'un canton des dimensions du nôtre, avec ses seules ressources, puisse entretenir et développer une université complète et une école polytechnique. Il est vrai, c'est confondant. Au cours de ces deux ans, le Grand Conseil s'est montré très généreux: l'Institut de zoologie, le Laboratoire de physique, l'Ecole de pharmacie, l'Institut de botanique, l'Ecole de physique, les Laboratoires de chimie physique et de recherches nucléaires, l'Ecole de chimie et le Laboratoire d'électrotechnique, la bibliothèque de la Faculté des lettres, sans parler de l'EPUL (pour son agrandissement) et de l'Ecole de médecine, ont bénéficié de crédits substantiels. A notre parlement cantonal — et par lui au pays tout entier — va l'expression d'une profonde gratitude.

Il n'est pas sans intérêt de relever que, dans plusieurs des cas mentionnés, il s'agit d'aménager des locaux ou de prendre des dispositions permettant aux professeurs d'obtenir du Fonds national de la recherche scientifique des crédits; grâce à cet appui, ils pourront acquérir du matériel indispensable et, plus encore peutêtre, engager des chercheurs scientifiques qui les seconderont dans le domaine de la science en général et surtout dans celui de l'énergie atomique.

Mais, si nos universités cantonales — la nôtre en particulier, qui compte deux têtes — veulent continuer à vivre, donc à se développer, il me paraît indispensable que la Confédération les y aide. A notre époque où la recherche scientifique marche à pas de géant, quiconque réfléchit comprend cette nécessité. A cet égard, le 22 février 1958 marque une date dans les annales universitaires suisses. Pour la première fois la Conférence des recteurs, réunie à Lausanne, s'est déclarée, à l'unanimité, favorable au principe d'une aide matérielle de la Confédération à toutes les facultés des sciences, et à l'EPUL, affirmant sa conviction que, par là, aucune atteinte ne serait portée à l'autonomie de nos universités cantonales.

Il y eut un temps où, dans la vie académique vaudoise, les étudiants ne comptaient guère. Aujourd'hui ce n'est certes plus le cas. Et c'est heureux. Si leurs aînés faisaient mine de les laisser de côté, bien vite ils se rappelleraient à leur souvenir.

Il me plaît de rendre cet hommage à l'A.G.E. de Lausanne: elle est très agissante. C'est elle, avec les étudiants de l'EPUL, qui, il y a deux ans, a pris l'initiative d'une action en faveur des étudiants hongrois réfugiés. Sans ce bel effort d'appel à des familles, par exemple — et aussi sans la générosité de la Gazette de Lausanne, qui nous a fait bénéficier d'une large part du montant de sa souscription —jamais nous n'aurions pu accueillir et entretenir vingt-quatre étudiants.

Quant au bal de l'Entraide, il a tellement pris sa place dans la vie lausannoise qu'il est à peine besoin de le mentionner. Ses organisateurs s'assignent un seul but: récolter de l'argent afin de secourir leurs camarades dans la difficulté.

Mais l'A.G.E. voit plus loin. Elle ne peut admettre qu'une forte proportion des jeunes Vaudois vraisemblablement doués et capables n'ait même pas l'occasion de tenter des études supérieures. Aussi s'est-elle livrée à une patiente enquête, afin de savoir quelle proportion des enfants de paysans et d'ouvriers fréquentent l'Université. Les résultats obtenus ont fourni la base du «Manifeste du

Grenet», appel très généreux en faveur d'un sort plus juste à faire à certains jeunes de chez nous. Même si ce texte, dont vient de s'occuper notre Grand Conseil, incite à des réserves, on ne peut que s'incliner devant l'esprit qui l'a dicté.

Passant à un devoir fort agréable, je voudrais maintenant remercier ceux qui m'ont aidé dans ma tâche de recteur. Ils sont si nombreux qu'il m'est impossible de les mentionner tous.

Monsieur le Conseiller d'Etat,

Il y a deux ans, je vous disais mon espoir que nous puissions collaborer dans la confiance mutuelle et la compréhension réciproque, pour le bien de notre Université. Nous n'avons pas toujours été du même avis, chef du Département et recteur représentant la Commission universitaire. C'est heureux du reste. Mais j'ai toujours rencontré auprès de vous un accueil amical. Toujours vous m'avez honoré d'une entière confiance. De tout cela, et de bien d'autres choses, je vous suis infiniment reconnaissant.

Ma gratitude également à M. Robert Anken, chef de service, pour sa constante amabilité.

Messieurs les Protrecteurs William Boven et Marcel Bridel,

Des circonstances inhabituelles m'ont fait bénéficier des conseils amicaux de deux protrecteurs, et non pas d'un seul comme il est coutume. Un an l'appui du médecin, un an l'appui du juriste: privilège insigne! C'est sans doute pourquoi je sors de l'épreuve rectorale la santé raffermie et l'esprit plus clair!

Messieurs les Doyens et Directeurs d'Ecole,

Dès notre première séance de la Commission universitaire, j'ai senti que nous pourrions faire équipe et accomplir d'utile

besogne. Vous m'avez secondé, tous, infiniment plus que vous ne le pensez. Merci de votre obligeance inlassable, et de l'amitié témoignée à votre recteur.

Ma reconnaissance va plus loin. Elle s'adresse aux membres des nombreuses commissions de l'Université, à la Société académique et à son président, à mes collègues du Sénat dont j'ai senti tout du long la confiance. Un merci tout spécial — et pas du tout seulement pour obéir à la coutume — aux collaborateurs et collaboratrices de chaque jour: ces dames du secrétariat, M. le secrétaire général, notre huissier et ses aides, sans oublier les concierges de notre vaste Palais.

Quant au contact très fréquent avec les représentants des étudiants, le moins que je puisse en dire est qu'il me laisse lui aussi un souvenir lumineux. La constante courtoisie et l'affectueux respect des deux présidents successifs de l'A.G.E., MM. Nicolas Stoll et Jean-Pascal Delamuraz, ainsi que des deux présidents du Turnus, MM. Bernard Ischy et Eddi Leemann, sont de ces choses que l'on n'oublie pas. Et il est plusieurs autres étudiants encore dont je voudrais pouvoir citer les noms.

Monsieur le Recteur, mon cher Collègue,

Est-il vraiment nécessaire de vous présenter à cet auditoire? Vous êtes tellement de la Maison! Vos mérites scientifiques — et aussi votre humour parfois cruel — vous ont largement fait connaître chez nous et hors de nos frontières. Pourtant la tradition le veut. Vous ne me tiendrez pas rigueur de le faire brièvement.

Neuchâtelois d'origine, vous êtes né en terre vaudoise, à Avenex sur Nyon, dans cette partie de notre canton qui regarde à la fois vers Lausanne et en direction de Genève. Vous avez suivi les cours de notre Faculté des sciences dès après la première guerre mondiale, et obtenu votre doctorat en 1924, sous l'égide du professeur Galli-Valério. Vous avez complété vos études à Berlin et à Vienne, puis à l'Institut de zoologie de l'Université de Genève, où vous avez été le collaborateur du professeur Guyénot. Durant cette

période, vous avez fait des séjours dans les laboratoires marins de Wimereux et de Banyuls.

Votre carrière académique a été rapide et brillante: dès 1927, assistant puis privat-docent à Genève; à partir de 1929, chargé du cours de zoologie et d'anatomie comparée à Lausanne. En 1931, professeur extraordinaire, et sept ans plus tard promu à l'ordinariat. A l'intérieur de notre pays, vous n'avez pas hésité à rendre des services: vous présidez successivement la Société vaudoise des sciences naturelles, la Société suisse de zoologie, la Société suisse de génétique. Vos recherches et vos travaux vous font connaître au loin: la revue Cytologia, de Tokio, fait de vous son «standing collaborator», et, avec d'autres, vous fondez Scientia genetica de Pavie.

Vos deux spécialités sont la cytologie de la parthénogénèse chez les insectes, et surtout la cytologie chromosomique comparée des vertébrés, principalement des mammifères. Dans ce dernier domaine, votre nom fait autorité. Aussi vos mérites scientifiques ont-ils été reconnus: en 1945 vous êtes titulaire du Prix Marcel Benoist. En 1952 l'Université de Rennes, en 1953 celle de Genève vous décernent un doctorat honoris causa.

On vous doit un ouvrage savant: «Les chromosomes des vertébrés» (1949), un livre plus accessible au grand public: «Dix préludes à la biologie», et de nombreux articles de bonne vulgarisation dans la Gazette de Lausanne et dans Suisse contemporaine. Vous avez également écrit sur des questions d'intérêt général: la poésie, l'enseignement secondaire, le cinéma... Je me fais, non un malin mais un collégial plaisir de le relever. N'est-ce point la preuve que vous êtes plus humain que vous ne le proclamez volontiers?

Mais laissons là cette énumération qui, selon votre expression, fleure un peu l'article nécrologique! Et permettez-moi de terminer sur un ton plus personnel.

Si différents que puissent être l'un de l'autre un professeur de zoologie comparée et un professeur de théologie systématique, il

se trouve que, tous les deux, nous sommes nés et avons passé notre enfance dans la campagne vaudoise. Nous avons —précieux — semblables souvenirs. Avec un poète qui vous est cher, nous pouvons répéter:

Un jardin peint de frais suit ma lance d'eaux vives
Qui, de l'arbre et la fleur remémorant le lot,
Fouille à plein le feuillage aux froissements de grives,
Mais salue, à distance, un faible mélilot!
De la frange liquide avec verve éludée
Comment les papillons sauraient-ils les retards?...
Les ruchers informés sur mes parcours d'ondée
Devisent sourdement de pluie et de nectars!

Est-ce à cause de cette enfance campagnarde, au sud et au nord de notre petit pays, qu'à plus d'une reprise nos «chemins académiques» se sont rencontrés? Ensemble nous avons été doyen de 1938 à 1940. Le même jour a marqué notre promotion à l'ordinariat. Ensemble, assez longtemps, nous avons fait partie du Comité de patronage des étudiants. Aujourd'hui c'est à moi que revient la joie de vous transmettre les insignes du rectorat.

Depuis six ans vous représentez l'Université de Lausanne au Conseil du Fonds national de la recherche scientifique. Deux fois vos collègues immédiats ont fait de vous leur doyen. Vous avez été délégué par votre Faculté — et ce travail vous intéressait — au Comité de patronage. C'est dire que vous êtes initié, dès longtemps, aux problèmes divers — essentiels et moins essentiels — qui, semaine après semaine, se posent au recteur de l'Université vaudoise. Je vous souhaite pleine satisfaction dans l'accomplissement de cette tâche, pour laquelle tous vos collègues, et très particulièrement votre prorecteur, ne demandent qu'à vous seconder.