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Rektorats Reden © Prof. Schwinges

INSTALLATION DE MM. LES PROFESSEURS ORDINAIRES J.-P. AGUET, H. GUÉNIN, R. GROSJEAN, M. JÉQUIER, G. WANDERS E. ZANDER, E. CASTELNUOVO, A. DELESSERT, P. GOETSCHIN

LIBRAIRIE PAYOT
LIBRAIRIE DE L'UNIVERSITÉ
LAUSANNE 1970

DISCOURS DE M. DOMINIQUE RIVIER
RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ

PRÉSENTATION DES PROFESSEURS ORDINAIRES APPARTENANT AUX FACULTÉS DE MÉDECINE ET DES SCIENCES ET AUX ÉCOLES DES SCIENCES SOCIALES ET POLITIQUES ET DES HAUTES ÉTUDES COMMERCIALES

Monsieur le Conseiller d'Etat,

Vous venez d'avoir pour l'Université des paroles obligeantes qui l'ont touchée. Veuillez accepter ses remerciements.

Vos déclarations lui rappellent qu'il n'y a pas deux ans, prenant la parole au nom du Conseil d'Etat lors d'une cérémonie semblable à celle-ci, vous aviez évoqué «les thèses de la théorie moderne sur les facteurs de productivité». A ce propos, vous aviez souligné devant ce Sénat rassemblé que «les investissements consentis en faveur de l'éducation et de la recherche, à tous leurs degrés, étaient les plus rentables».

L'Université a été très reconnaissante au Conseil d'Etat d'avoir ainsi publiquement, en cette aula, avalisé la priorité de l'enseignement et de la recherche. Soyez certain que l'Université avait présente à l'esprit cette déclaration lorsqu'elle préparait son budget pour l'an prochain, et soyez sûr que le rectorat la repassait dans son coeur quand — voici deux mois — il montait au Château Saint-Maire afin d'exposer au Conseil d'Etat les pressants besoins pour 1970 de notre Alma Mater, actuellement engagée dans une difficile opération de rattrapage.

L'Université aurait-elle trop bonne mémoire? Avec la déférence naturelle au citoyen vaudois pour ses autorités politiques, mais aussi avec toute la fermeté qu'inspire le sentiment de la mission à remplir, le rectorat a l'honneur, Monsieur le Conseiller

d'Etat, de vous prier de faire savoir en haut lieu que l'Université se souvient.

Ce faisant, l'humaniste que vous êtes ne manquera pas de citer à ses collègues cette réflexion laissée par l'auteur des Essais: «C'est sans doute une belle harmonie quand le faire et le dire vont ensemble.»

Messieurs les membres du Sénat, Mesdames, Messieurs,

L'Ecole des sciences sociales et politiques fut fondée en 1902, à la Faculté de droit de notre Université. Préparée par les maîtres éminents que furent Ernest Roguin et Vilfredo Pareto, cette fondation valut à la Faculté de droit de pouvoir donner une orientation rigoureuse à ses enseignements de sciences sociales et politiques.

C'est l'un des maîtres de cette Ecole bientôt septuagénaire que le Conseil d'Etat vient de promouvoir à l'ordinariat. Le professeur JEAN-PIERRE Aguet est né à La Tour-de-Peilz le 18 février 1925, Il fait ses études secondaires au Collège de Vevey, puis au Gymnase classique de Lausanne, où il obtient en 1943 le baccalauréat ès lettres.

Il s'inscrit alors à la Faculté des lettres de notre Université pour y suivre les enseignements de français, de latin, de grec et d'histoire, ce qui lui vaut d'acquérir en 1947 la licence en lettres. Décidant alors de poursuivre ses études à l'étranger, il s'inscrit aux facultés des lettres et de droit de l'Université de Paris, pour revenir à Lausanne deux ans plus tard où, à l'Ecole des sciences sociales et politiques, il prépare puis obtient en 1950 sa seconde licence, celle de sciences politiques mention diplomatique.

C'est alors que, pendant plusieurs années, M. Aguet déploie une activité féconde: en qualité de maître à l'Ecole Nouvelle, puis en tant que secrétaire à l'Institut des sciences politiques et enfin comme rédacteur à la Gazette de Lausanne.

Parallèlement et sous la direction des professeurs Jacques Frey. mond de Lausanne et Anthony Babel de Genève, M. Aguet met

en chantier un important travail de recherche historique sur le mouvement ouvrier français au temps de la Monarchie de Juillet. Entreprise couronnée de succès, puisqu'elle permet quatre ans plus tard à son auteur de présenter à la Faculté des lettres de l'Université de Lausanne, puis d'y soutenir avec succès une thèse intitulée: Contribution à l'étude du mouvement ouvrier français: les grèves sous la Monarchie de Juillet. Ouvrage important d'histoire économique, sociale et politique, qui d'emblée confère une enviable notoriété à son auteur.

Nous sommes en 1955. Nommé maître temporaire à l'Ecole supérieure de commerce, M. Aguet reçoit la bourse Félix Bonjour, qui lui permet de faire à Paris des séjours prolongés: il s'agit d'y poursuivre des recherches touchant l'histoire de la presse française sous la Monarchie de Juillet. Malgré ses lourdes charges d'enseignement, M. Aguet donne à cette époque plusieurs articles à la Revue suisse d'histoire, puis aux Etudes de lettres. Aussi ne faut-il guère s'étonner de voir l'Université s'intéresser au jeune historien, entre-temps devenu maître titulaire à l'Ecole supérieure de commerce de notre ville.

L'Ecole des sciences sociales et politiques l'appelle en 1963 pour lui confier, à titre de chargé de cours, un enseignement d'histoire des doctrines politiques. Deux ans plus tard, en obtenant du Conseil d'Etat la nomination de M. Aguet comme professeur extraordinaire, l'Université s'attache plus étroitement un maître dont l'enseignement, désormais entièrement consacré à l'histoire des doctrines politiques, rencontre le plus vif succès auprès des étudiants.

Mais d'autres responsabilités attendent le professeur Aguet: ses dons d'organisateur le signalent à l'attention du Conseil d'Etat, qui le désigne à la présidence de l'Ecole des sciences sociales et politiques où, de 1966 à 1968, il rend les plus utiles services à l'Université; notamment par l'impulsion remarquable qu'il donne à la section des sciences politiques de l'Ecole, soit en précisant de façon bienvenue les plans d'études, soit en faisant appel à de nouveaux enseignants.

Responsable d'une discipline relativement jeune mais fort complexe, puisqu'elle ressortit à l'histoire des faits comme à celle des

idées, le professeur Aguet dispose d'une préparation somme toute exceptionnelle. Complétée par sa brève carrière de rédacteur à la Gazette de Lausanne, la double formation d'homme de lettres et d'historien lui a donné le goût de l'observation des faits mêlé à celui de la réflexion philosophique, garants d'une objectivité combien précieuse dans un domaine où la passion parfois aveugle.

Heureuse de voir les mérites de ce maître récompensés par la promotion à l'ordinariat, l'Université lui adresse ses vives félicitations.

Quittons l'Ecole des sciences sociales et politiques pour la Faculté des sciences, aujourd'hui particulièrement à l'honneur puisque deux de ses maîtres auront tout à l'heure le privilège de prendre la parole.

Originaire de Tramelan dans le canton de Berne, le professeur HENRI-ALCIDE GUÉNIN est né à Genève le 19 juillet 1911.

Il fait ses classes primaires dans sa ville natale, puis entre an Collège secondaire. Malheureusement son état de santé le contraint d'interrompre ses études, qu'il reprend cinq ans plus tard en France où il obtient successivement un brevet d'instituteur et deux baccalauréats, celui de sciences et celui de philosophie. Rentré en Suisse, il s'inscrit à la Faculté des sciences de notre Université où, en 1943, il se voit conférer le grade de licencié en sciences. 11 obtient son doctorat quatre ans plus tard, alors qu'il est déjà chef de travaux au Laboratoire de zoologie, que dirige le professeur Matthey.

C'est alors que le jeune docteur quitte la Suisse pour la Hol. lande, objet d'un appel flatteur venu du professeur Sirks, directeur de l'Institut de génétique de l'Université de Groningue. Après une année passée aux Pays-Bas, M. Guénin revient à Lausanne où, en 1949, il obtient la venia legendi de la Faculté des sciences. Parallèlement à ses activités d'enseignant, il effectue alors plusieurs stages aux stations zoologiques de Naples, den Helder, Banyuls-sur-Mer et Roscoff.

En 1952, l'Université désire s'attacher plus étroitement M. Guénin: elle obtient pour lui le titre de chargé de cours et lui confie à cette occasion la responsabilité d'une grande partie des enseignements

théoriques et pratiques destinés aux candidats au certificat de zoologie. C'est pour lui l'occasion de faire valoir ses dons de pédagogue, notamment en organisant chaque année pour ses étudiants un stage très suivi de zoologie marine aux stations de Banyuls, Sète ou Roscoff. Aussi, sur proposition de la Faculté des sciences, le Conseil d'Etat confère-t-il à M. Guénin, en 1959, le titre de professeur associé, et en 1964 celui de professeur extraordinaire. La Faculté des sciences obtenait ainsi non seulement la reconnaissance à M. Guénin de ses qualités d'enseignant mais aussi celle de ses dons de chercheur. Le professeur Guénin s'est en effet acquis une notoriété internationale grâce à des travaux de cytogénétique, dans lesquels notamment l'existence de chromosomes multiples chez certains arthropodes a été démontrée pour la première fois. Auteur de plus d'une vingtaine de publications spécialisées, le distingué zoologue a su tirer habilement profit de l'évolution rapide des méthodes d'observation des ultrastructures, au fur et à mesure de leur mise à disposition par la technique.

Mais il est encore un autre titre dont l'Université a lieu d'être reconnaissante au professeur Guénin. Lorsque, l'an dernier, il s'est avéré nécessaire pour la Faculté des sciences de trouver un intermédiaire entre ses professeurs de premier cycle et les constructeurs du Collège propédeutique, c'est le professeur Guénin qui fut choisi. Depuis lors, ce dernier n'a cessé de s'acquitter d'une tâche délicate avec précision, efficacité et diplomatie, à tel point qu'il recueille aujourd'hui les compliments de tous les intéressés.

L'Université est heureuse de pouvoir saluer tous ces mérites à l'occasion de l'accession à l'ordinariat du professeur Guénin: elle lui présente ses très vives félicitations.

Des sciences politiques nous avons tout à l'heure passé aux sciences naturelles. Avec le professeur ROBERT GROSJEAN, nous revenons aux sciences dites morales, encore que certains des enseignements donnés à l'Ecole des hautes études commerciales semblent — comme les mathématiques — venir tout droit de la Faculté des sciences.

Originaire de Saint-Oyens, dans le canton de Vaud, le professeur Robert Grosjean est né le 27 mai 1911 à Bursinel. Après avoir suivi l'école primaire dans ce charmant village de La Côte, il vient faire ses études secondaires à 1'Ecole supérieure de commerce de Lausanne, où il obtient en 1931 la maturité commerciale.

Il s'inscrit alors à l'Ecole des hautes études commerciales de notre Université où, deux ans plus tard, il se voit décerner la licence en sciences commerciales et économiques. Attiré par l'enseigne. ment, M. Grosjean passe quelques années à l'Ecole Nouvelle de la Suisse romande, où s'affirment déjà ses dons de pédagogue. Malgré les circonstances peu engageantes du moment, il fait un séjour d'études prolongé en Allemagne avant d'accepter une importante charge d'enseignement à l'Ecole complémentaire commerciale de Lausanne, en 1938. Dès cette date, M. Grosjean déploie une importante activité dans l'enseignement commercial de niveau gymnasial, qu'il s'agisse de cours professionnels supérieurs de préparation aux diplômes fédéraux de comptable et d'employé de banque, ou d'expertise aux examens fédéraux de comptable et d'expert comptable.

C'est alors qu'il prépare une thèse sur le sujet: L'organisation comptable de la banque moderne, thèse qui lui vaut en 1951 le titre de docteur en sciences commerciales et économiques.

A peine sa thèse achevée, M. Grosjean publie une série d'ouvrages remarqués: c'est d'abord la version commerciale — si l'on ose dire — de sa thèse: Traité pratique de comptabilité bancaire, puis une remarquable traduction française du Bankbuchhaltung de Stucki et Walther, et enfin un Cours de comptabilité datant de 1954, qui déjà prend la place d'un classique dans la bibliothèque des spécialistes. Ces publications attirent l'attention sur leur auteur qui, le 1er avril 1955, se voit désigné comme expert fédéral de l'enseignement commercial pour la Suisse romande, importante fonction dans laquelle il est chargé de visiter toutes les écoles de commerce de la Suisse romande, puis d'organiser périodiquement les cours de perfectionnement pour les professeurs de ces écoles qui, on le voit, bénéficient depuis longtemps déjà des bienfaits d'un recyclage répété.

En 1958, M. Grosjean est appelé à l'Ecole des hautes études commerciales pour y donner, en qualité de chargé de cours, un enseignement sur la formation commerciale en Suisse. Deux ans plus tard, il devient professeur extraordinaire. Malgré l'importance de ses charges d'enseignement, M. Grosjean est nommé directeur de l'Ecole des hautes études commerciales en 1962, pour succéder au regretté Jules Chuard. Occupant cette fonction depuis bientôt huit ans, le professeur Grosjean ne cesse de rendre les plus éminents services à l'Université tant par l'inlassable dévouement dont il fait preuve à l'endroit de son Ecole que par l'objectivité et la conscience exemplaires avec lesquelles il traite de toutes les affaires —des plus petits problèmes d'examens jusqu'aux graves questions engageant l'avenir même de l'Ecole. Celle-ci peut aujourd'hui mesurer l'étendue de sa dette envers un professeur et un directeur qui lui a donné le meilleur de lui-même. Il était temps que la promotion à l'ordinariat vienne consacrer les hauts mérites du directeur Grosjean, que l'Université est heureuse de féliciter chaleureusement en ce jour.

Avec le professeur MICHEL JÉQUIER, nous en venons à la Faculté de médecine, la benjamine de nos facultés, celle qui, faut-il le rappeler, permit à l'Académie de Lausanne de devenir Université, il y a de cela septante-neuf ans.

Fils de l'égyptologue neuchâtelois Gustave Jéquier, le professeur Miche! Jéquier n'est Vaudois de naissance que de quelques kilomètres, puisqu'il vit le jour le 22 avril 1909 dans le beau village de Champagne.

Après des études primaires et secondaires à Neuchâtel, il y obtient le baccalauréat ès lettres classiques en 1927. M. Jéquier entreprend alors des études de médecine dans sa ville d'origine; il les continue à Berne puis à Lausanne, où il obtient son diplôme fédéral en 1933. Il juge nécessaire de compléter sa formation par de nombreux stages, notamment au National Hospital de Londres, à l'Institut d'anatomie pathologique de Bâle et à l'Institut d'hygiène de Zurich. En 1936, il revient à Lausanne, appelé à la Clinique médicale par le professeur Michaud, qui s'empresse d'envoyer son jeune collaborateur se spécialiser en neurologie à Londres puis à

Paris. Chef de clinique en 1939, M. Jéquier est autorisé quatre ans plus tard à enseigner la médecine interne en qualité de privatdocent. Aussi, lorsqu'en 1950 le professeur Vannotti crée la division de neurologie, c'est tout naturellement qu'il fait appel au docteur Jéquier qui, entre-temps, s'est installé à Lausanne. Chargé de cours en 1957, M. Jéquier est nommé professeur extraordinaire en 1962 lorsqu'il se voit confier la direction du nouveau service universitaire de neurologie qui vient d'émigrer à l'hôpital Beaumont.

Le professeur Jéquier s'est acquis une réputation internationale par ses nombreux travaux de neuropathologie et de neurologie combinée à la génétique médicale, ce qui lui vaut d'être distingué par maintes sociétés savantes étrangères, et notamment la Société britannique de neuropathologie, dont il est fait membre d'honneur. Invité à plusieurs reprises par des universités de renom, comme Harvard, Newcastle et Londres, afin d'y exposer le sujet de ses recherches, il vient de présider en septembre dernier le 9e Congrès international de neurologie, à New York.

Rien d'étonnant à ce que le Conseil d'Etat ait accepté la proposition de l'Université d'exprimer l'admiration et la reconnaissance qu'elle porte au professeur Jéquier en l'appelant à l'ordinariat. Ce dont l'Université le félicite très vivement.

Il y a plus d'un demi-siècle que, la première en Suisse, la Faculté des sciences de l'Université de Lausanne créait un enseignement de physique théorique. Toutefois le titulaire ne fut désigné que beaucoup plus tard, en la personne du professeur Stueckelberg, installé ici même en qualité d'ordinaire il y a deux ans. Aujourd'hui c'est à l'un de ses élèves, le professeur GÉRARD WANDERS, qu'échoit cet honneur. «Comment, dira-t-on, deux promotions si rapprochées dans un domaine aussi spécialisé, n'est-ce pas un luxe singulier?» Certainement non! Cette présence soutenue de la physique théorique trahit seulement la nécessité où se trouve l'Université de porter l'accent sur les enseignements fondamentaux. Et je m'empresse de vous rassurer, Monsieur le Conseiller d'Etat: le physicien théoricien ne coûte pas cher. Un crayon, du papier et... une corbeille à papier —par quoi les impertinents remarquent qu'il coûte tout de même un peu plus que le philosophe!

De père horloger, le professeur Wanders est originaire de Honau, dans le canton de Lucerne. Né à Clarens le 28 juin 1930, M. Wanders suit l'école primaire et le Collège de Montreux, puis le Gymnase scientifique de Lausanne, où il est reçu bachelier en 1948. Elève de l'ancienne Ecole polytechnique de notre Université, il y obtient le diplôme de physicien en 1953. Il se rend alors à Genève où, pendant cinq ans, il est l'assistant du professeur Stueckelberg, sous la direction duquel il prépare sa thèse. Traitant d'un sujet délicat, Les états liés de deux particules élémentaires, elle est brillamment soutenue à Lausanne en 1957 et vaut à son auteur le grade de docteur ès sciences, avec les félicitations du jury.

Attiré par les difficiles et passionnants problèmes posés par les interactions des particules fondamentales de la matière, M. Wanders, boursier du Fonds national de la recherche scientifique, se rend au Max Planck Institut für Physik und Astrophysik, à Göttingen puis à Munich, où l'un des fondateurs de la physique moderne, le professeur Werner Heisenberg, dirige plusieurs groupes de chercheurs spécialisés dans ce domaine. Deux ans plus tard, M. Wanders part pour Hambourg afin de collaborer en qualité d'assistant de recherche aux travaux de l'Institut de physique théorique de l'Université, que dirige le professeur Lehmann. C'est là qu'en 1961 un appel lui vient de notre Faculté des sciences, qui désire développer l'enseignement de la physique théorique. Nommé professeur extraordinaire ad personam grâce à l'aide précieuse du Fonds national de la recherche scientifique, M. Wanders est chargé des cours de mécanique spéciale et d'un enseignement de troisième cycle, le premier du genre figurant au statut d'un professeur de notre Université. Donnant rapidement suite au voeu de la Faculté des sciences, le professeur Wanders préside dès 1963 à la création de l'Institut de physique théorique de l'Université, lequel abrite à ce jour une demi-douzaine de chercheurs.

Les travaux du professeur Wanders concernent, on l'a vu, l'interaction des particules fondamentales. Ils utilisent l'une des méthodes les plus puissantes mais aussi d'application les plus délicates de la physique théorique contemporaine: au lieu de calculer directement les grandeurs physiques intéressant l'expérimentateur, il s'agit, partant

des axiomes mêmes de la théorie, d'en établir seulement les propriétés déterminantes. C'est ainsi que le professeur Wanders fournit des contributions importantes à l'analyse de la diffusion mutuelle de deux mésons π, ces particules de masse intermédiaire entre celles de l'électron et du proton, et responsables de l'équilibre de la plupart des édifices nucléaires.

A côté de son activité d'enseignant et de chercheur, le professeur Wanders se signale de diverses manières à l'attention de ses collègues: en premier lieu par la compétence avec laquelle il remplit depuis quatre ans la fonction de rédacteur des Helvetica Physica Acta, la revue de la Société suisse de physique; ensuite par l'aide efficace qu'il apporte dans l'élaboration du projet de Centre romand de physique corpusculaire et nucléaire; enfin par les services qu'il ne cesse de rendre à sa faculté depuis qu'il a accepté d'en être un des vice-doyens.

La promotion à l'ordinariat de M. Wanders vient récompenser l'enseignant et le chercheur de grande valeur, certes, mais aussi le professeur dévoué à la cause de son Université. Celle-ci lui adresse ses vives félicitations.

Messieurs les nouveaux professeurs ordinaires,

Les présentations qui précèdent ont voulu surtout signaler les vertus de l'enseignement et la valeur des recherches que l'Université s'est plu à reconnaître lorsqu'elle a proposé au Conseil d'Etat de vous conférer l'ordinariat. C'est à vous qu'il appartiendra dans quelques instants d'administrer les preuves oratoires de ces insignes mérites.

Avant de vous céder la parole, le rectorat tient à vous dire, au nom de l'Université, combien il est heureux de vous savoir désormais plus fermement attachés à notre maison. Mais entendons-nous bien! Ce «plus fermement attachés» ne signifie pas qu'à l'instar de tant de vos aînés, vous allez être contraints de sacrifier encore davantage de votre temps aux broutilles de chancellerie comme aux besognes administratives. Bien au contraire, le rectorat

met tout en oeuvre pour que vous puissiez dorénavant vous consacrer à vos étudiants et à vos recherches, mieux que par le passé.

Le Défi américain a révélé aux Européens une vérité dont ils ont, semble-t-il, beaucoup de peine à tirer les conséquences: l'inquiétant retard de l'économie et de l'industrie du vieux monde sur celles des Etats-Unis n'a pas pour cause principale le défaut de matière grise chez nous, mais bien la supériorité dans l'organisation, l'administration et la direction des entreprises d'outre-Atlantique, cette supériorité apparaissant déjà dans le fait que les Américains usent précisément d'un mot, le management, mot que nous avons bien dû leur emprunter.

Considérant la situation générale des universités, n'est-on pas en droit de se demander si, par un défaut analogue dans le management, la plupart de nos hautes écoles européennes ne sont pas en train d'accumuler un retard aux conséquences encore beaucoup plus graves, et qui pourrait mettre définitivement hors course notre continent. Je veux parler du retard dans la recherche et dans l'enseignement supérieur. Et si ce danger existe généralement pour les universités européennes, il existe aussi pour les hautes écoles suisses, parmi lesquelles celle de Lausanne ne fait pas exception! Ce qui maintenant fait le plus cruellement défaut à notre maison, n'est-ce pas l'appareil administratif qui, rendant à leur mission première chercheurs et enseignants, les inviterait à donner la majeure et la meilleure partie de leur temps aux étudiants et à la science?

En fonction depuis une année, le rectorat a pu sur ce point faire le recensement des mesures urgentes à prendre: dans quelques jours, il présentera au Conseil d'Etat des propositions en vue de mettre en place les premiers éléments de cet appareil si nécessaire: administrateurs de faculté, chefs de service et secrétaires, bref, ce qu'il faut à l'Université pour mieux utiliser ses professeurs et leurs collaborateurs.

Monsieur le Conseiller d'Etat,

L'Université sait qu'elle peut compter sur vous dans la défense de cette cause auprès du gouvernement. Ici même, il y a moins de

deux ans, vous citiez avec pertinence Denison et Servan-Schreiber pour recommander avec conviction «la réforme de l'appareil administratif de l'Université», saluant dans les membres de ce Sénat «les artisans d'une prospérité sans précédent dans le pays».