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Rektorats Reden © Prof. Schwinges

DIES ACADEMICUS 1971 PRIX ET CONCOURS

LIBRAIRIE PAYOT
LIBRAIRIE DE L'UNIVERSITÉ
LAUSANNE 1972

DISCOURS DE M. DOMINIQUE RIVIER
RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ
Monsieur le Conseiller d'Etat,

Vous avez bien voulu apporter ce matin le salut du gouvernement vaudois, et les voeux que vous formez avec lui pour l'Université.

Celle-ci vous en remercie et vous prie de transmettre au Conseil d'Etat sa reconnaissance de tout l'intérêt qu'il ne cesse de porter à la Haute Ecole du canton.

Monsieur le Président du Sénat,Madame et Messieurs les membres du Sénat,Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs les membres du corps enseignant de l'Université,Mesdemoiselles les étudiantes, Messieurs les étudiants,Mesdames, Messieurs,

En dépit — ou plutôt à cause de son autonomie croissante — jamais encore autant qu'aujourd'hui l'Université n'a éprouvé la nécessité de pouvoir compter sur un gouvernement bien informé des problèmes posés par l'avenir de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Il ne s'agit point ici du problème particulier de savoir comment donner les moyens nécessaires à l'Université pour lui permettre de remplir ses tâches. Encore qu'en cette période de l'année où les autorités discutent du budget de l'Etat, nous sachions l'ampleur et le poids des dilemmes politiques qu'entraîne pour elles l'obligation de choisir les dépenses les plus utiles au pays. A un plan plus général, nous pensons plutôt à la nécessité qu'il y a de disposer

sans tarder d'une politique nationale de l'enseignement supérieur et de la recherche, au niveau du canton d'abord, à celui de la Confédération ensuite.

L'ouverture à tous et à chacun d'un enseignement secondaire de masse, qui progressivement renonce à sélectionner pour orienter, amène aux portes de l'Université des foules chaque année plus nombreuses. Le phénomène s'aggrave du fait que, jusqu'à ce jour, les autorités responsables de cet élargissement n'ont pas cru nécessaire de revoir le droit d'entrée à l'Université que confère à leur porteur le baccalauréat ou le certificat de maturité. Or, il est aujourd'hui un fait bien établi: c'est l'afflux massif d'étudiants vers des établissements d'enseignement supérieur mal préparés à les recevoir qui, en premier lieu, fut à l'origine des temps difficiles qu'ont vécus la plupart des universités européennes ces dernières années.

On est alors en droit de penser que si, dans des délais relativement brefs, les autorités politiques et universitaires ne prennent pas d'un commun accord des décisions cruciales touchant les objectifs du développement des hautes écoles, en Suisse aussi l'institution universitaire — et avec elle la société —pourraient être ébranlées jusque dans leurs fondements.

Avec la plupart des universités d'Occident, en effet, les hautes écoles de Suisse et particulièrement celle de Lausanne se trouvent à la croisée des chemins. En simplifiant à l'extrême, l'alternative devant laquelle les place «la marée montante des ayants droit à l'enseignement supérieur» peut être formulée de la façon suivante: pour se développer, l'université doit-elle suivre la voie américaine ou la voie britannique?

La voie américaine consiste, pour l'Université, à ouvrir largement ses portes afin de recevoir le plus grand nombre possible d'étudiants. C'est ainsi qu'un récent rapport de l'OCDE estime qu'aux Etats-Unis les 60 % environ de la population passent actuellement par les universités (university colleges). Et les experts en matière d'éducation supérieure conseilleraient maintenant aux gouvernements de prendre toutes les mesures utiles afin qu'en l'an 2000

ce soit les 90 % de la population qui puissent obtenir un diplôme universitaire.

En choisissant le parti de l'«Université ouverte à tous», les spécialistes américains accordent manifestement la priorité au rôle éducatif et social de l'enseignement universitaire: il apparaît socialement équitable d'offrir à chacun la meilleure possibilité de développer sa personnalité. Il convient donc de faire donner par l'Université tous les enseignements tertiaires (au sens de «post secondaire»), qu'il s'agisse de la connaissance du sanscrit, des travaux à l'aiguille ou du métier de croquemort.

Le revers d'une telle politique, c'est évidemment la baisse inévitable du niveau de l'enseignement dans les 'universités, notamment parce que la recherche y perd beaucoup de son poids. Il est bien évident en effet que la part et la qualité de la recherche ne sont pas les mêmes s'il est question de littérature ancienne, du point de croix ou encore du protocole funèbre.

Tout autre est la voie britannique. Qu'elle soit garantie par une charte royale ou par acte du Parlement, l'autonomie des universités britanniques tient dans la courte phrase: «Who shall teach what to whom». C'est ainsi qu'elles jouissent des trois libertés fondamentales de sélectionner les étudiants, de fixer le contenu des études et de nommer les enseignants.

Fortes de ces libertés qu'en Suisse il nous arrive de leur envier, les universités britanniques se sont mises d'accord entre elles et, semble-t-il avec leur gouvernement, pour fixer aux environs de huit la valeur maximale du nombre moyen d'étudiants par enseignant à temps plein (professeur, chargé de cours, maître assistant, lecteur, à l'exclusion des assistants). A titre de comparaison, indiquons que ce nombre moyen dépasse actuellement 25 aussi bien à Lausanne que dans l'ensemble des universités suisses. Ainsi aujourd'hui encore, les autorités politiques et universitaires du Royaume-Uni considèrent l'effectif du corps enseignant (lui-même déterminé par le budget et les personnes disponibles) comme devant en premier lieu servir à fixer le nombre d'étudiants admissibles dans l'Université. Pour être de niveau suffisant, et pour remplir son but,

l'enseignement supérieur doit rester un enseignement de maître à élève, de personne à personne.

Ainsi la voie britannique est celle de l'Université d'élite dont la principale caractéristique réside dans un enseignement de haut niveau et dans une recherche de qualité. La sévère sélection impliquée par un tel système n'est possible que grâce à l'existence, à côté des universités, d'un ensemble d'établissements d'enseignement tertiaire offrant à tous ceux qui se sont vu refuser l'entrée à l'Université la possibilité d'acquérir la formation intermédiaire de «cadres moyens»: enseignants, administratifs, techniciens, auxiliaires dans la plupart des professions qui chez nous sont en général réservées aux porteurs de diplômes universitaires.

Remarquons en passant qu'il y a quelques années déjà le Ministère français de l'Education nationale s'était prévalu de la même nécessité lorsqu'il avait créé les Instituts universitaires de technologie.

Pour en revenir aux universités suisses, n'est-il pas souhaitable que les autorités politiques et universitaires se mettent d'accord sans trop tarder sur la voie qu'il convient d'adopter pour la politique de l'enseignement supérieur et de la recherche?

La voie américaine aura probablement la préférence des hommes politiques, naturellement hostiles à la sélection toujours impopulaire. Mais en revanche elle poserait aux autorités universitaires des problèmes de développement extrêmement ardus. Est-il possible à une seule institution de remplir de façon satisfaisante les deux missions fort différentes sinon incompatibles, de former la multitude des cadres moyens dont le pays aura besoin et de maintenir l'enseignement supérieur et la recherche à niveau suffisant?

Quant à la voie britannique, elle a vraisemblablement les faveurs de ceux qui considèrent comme indispensable l'existence d'une institution de droit public ouverte aux meilleurs, sans distinction de classe ou de nationalité, et où soit donné un enseignement de haut niveau et pratiquée une recherche de valeur reconnue. Il importe que cet enseignement et cette recherche ne désertent pas l'Université pour aller finalement se concentrer dans les grands laboratoires de l'industrie privée ou de la haute administration (les indices d'une telle tendance existent déjà dans notre pays). Il

est toutefois bien évident que l'entretien d'une université d'élite poserait aux pouvoirs publics au moins deux problèmes de taille: le premier serait de faire comprendre à l'opinion la nécessité de limiter le nombre des étudiants entrant à l'Université, le second de faire admettre la construction en nombre et en diversité suffisants, d'instituts d'enseignement tertiaire en vue de former toute la gamme des «cadres moyens» dont ne pourrait pas se charger l'Université, appelée elle-même à se réformer.

A ce jour, les hautes écoles, les cantons universitaires et la Confédération s'efforcent de coordonner le développement de l'enseignement supérieur et de la recherche en Suisse. A beaucoup il paraît que cette coordination constitue en soi un objectif suffisant pour la politique universitaire du pays. On nous permettra d'en douter. Avant de coordonner le développement des universités suisses, il convient semble-t-il de connaître le but vers lequel doit tendre ce développement. Gouverner, ce n'est pas seulement prévoir les moyens et la manière, c'est aussi et surtout fixer en temps utile les objectifs.

Originaire de Moudon et Genève, le professeur Claude Bridel est né le 25 août 1922 à Lausanne. Après avoir suivi dans cette ville, puis à Genève, une carrière scolaire qu'il qualifie lui-même de «peu enthousiaste et peu enthousiasmante», il revient à Lausanne en 1941, afin de s'inscrire à la Faculté de théologie de l'Eglise libre vaudoise où l'attend le souvenir de quatre générations de professeurs et d'étudiants ayant porté son nom. En dépit des obligations du service actif — la Suisse défend alors ses frontières au sein d'une Europe ravagée par la guerre — M. Bridel obtient en 1946 sa licence en théologie. Il restera marqué de l'esprit qui règne dans le centre de foi et de culture que fut, tout au long de ses 120 ans d'existence, l'Ecole de hautes études théologiques du chemin des Cèdres, illustre jusque bien au-delà de nos frontières grâce à des maîtres comme Alexandre Vinet et Philippe Bridel.

Toutefois, une année avant d'obtenir sa licence déjà, le jeune étudiant avait reçu un appel d'Outre-Jura. Il s'agissait d'occuper l'un des nombreux postes pastoraux qui, au sortir de la guerre,

se trouvaient vacants à l'Eglise réformée de Franœ. C'est ainsi que, tout en rédigeant sa thèse de licence sur l'Eglise reformée et la célébration de la Sainte Cène. Problème de discipline ecclésiastique et de liturgie, il s'engage dans le ministère pastoral à Châlon-sur-Saône, avant même d'avoir reçu la consécration au Saint ministère, sacre qu'il reçoit le 20 janvier 1947 seulement.

Se livrant avec passion à la tâche difficile et stimulante qu'est celle de pasteur de disséminés collaborant au relèvement d'une région meurtrie par la guerre, M. Bridel hésite beaucoup avant de répondre, en 1949, à la démarche de ses amis vaudois qui le supplient de revenir à Lausanne prendre en main la destinée de l'Eglise de Marteray. Acceptant finalement dès la fleur de la jeunesse cette lourde tâche pour s'y consacrer totalement, M. Bridel ne la remet que 18 ans plus tard, en pleine force de l'âge, lorsqu'en 1966, par le jeu de la fusion des deux églises vaudoises il rallie l'Université avec tout le corps professoral de la Faculté libre. A la demande de cette dernière en effet, I'Eglise de Marteray avait consenti à ce que le pasteur Bridel abandonnât en 1962 une partie de ses charges paroissiales, afin de prendre en qualité de professeur extraordinaire un enseignement au chemin des Cèdres.

Ainsi dès l'automne 1966, le professeur Claude Bridel porte avec son collègue le professeur Willy Zoss la responsabilité d'enseigner la théologie pratique aux étudiants de notre Université.

Partageant ce privilège avec bien des professeurs ayant enseigné à la Faculté de théologie, M. Bridel a, pendant de longues années, été plus pasteur et homme d'église que théologien. Et pourtant, en même temps qu'il assumait pleinement et avec succès la mission de conducteur spirituel, réveillant les âmes et suscitant des vocations, il n'a cessé de poursuivre des recherches sur le renouveau de l'Eglise dans ses fonctions et ses ministères. Ce long travail de réflexion devait aboutir à la thèse de doctorat sur Le Diaconat en notre temps qu'il a soutenu l'an passé à l'Université de Neuchâtel.

C'est peut-être ici le lieu de s'arrêter un instant à ce qui dans les Facultés de théologie protestantes n'est pas exceptionnel: après plusieurs années d'activité, un maître accepte de déposer quelques heures la toge professorale pour s'asseoir au banc de l'étudiant et

défendre devant des collègues une seconde thèse, patiemment préparée durant des années de ministère ou d'enseignement. Belle leçon d'humilité en ces jours où, après quelques semaines passées à l'Université, tel étudiant s'imagine parfois en savoir plus que son maître.

Ajoutant à ses activités de pasteur, d'enseignant et de chercheur, le professeur Bride! ne craint pas d'assumer d'importantes responsabilités administratives dans !'Eglise comme à l'Université.

Ayant présidé en 1964 et 1965 le dernier Synode de !'Eglise libre vaudoise, il dirige aujourd'hui les débats du Synode de l'Eglise évangélique réformée du canton de Vaud. En qualité de vice-président du Sénat de l'Université, il a, remplaçant au pied levé le professeur Zwahlen passé au Tribunal fédéral, conduit avec sérénité les débats du Sénat pendant la plus grande partie de l'année académique 1969-1970. Collègue écouté, maître apprécié des étudiants auxquels il porte une sollicitude pastorale, le professeur Bridel est bien digne de la promotion qui, aujourd'hui, l'attache de façon plus étroite à l'Université de Lausanne.

Issu d'une famille genevoise qui a déjà donné à la Suisse romande des historiens, des astronomes et des théologiens de renom, le professeur Emile Gautier est né le 19 janvier 1923 dans la cité de Calvin où il fait ses études secondaires et obtient en 1941 la maturité fédérale classique. Il s'inscrit alors à la Faculté de médecine de l'Université genevoise où il reçoit six ans plus tard le diplôme fédéral de médecin. Après un stage d'une année et demie à l'Institut de physiologie de l'Université de Berne que dirige alors le professeur Alexandre de Murait, et où il prépare sa thèse «La mise en évidence de l'action anticholinergique de l'aneurine vagale», il est distingué par la Fondation suisse pour bourses en médecine et en biologie et peut ainsi faire un stage de deux ans au Département de pédiatrie du Massachusetts General Hospital, en qualité de Research and Clinical Fellow of Harvard Medical School. De retour en Suisse, il est pendant une année assistant du professeur Maurice Roch, à la Clinique médicale de l'Hôpital de Genève puis assistant trois ans durant à la Clinique pédiatrique universitaire du professeur

Fanconi à Zurich. Après un stage d'une année au Hospital for Sick Children à Londres, sous la direction du professeur Moncrieff et du Dr Payne, il remplace pendant quelques mois le chef de la Clinique pédiatrique universitaire de Zurich.

Dès le 1er avril 1957 il est appelé à Berne au poste de chef de la clinique de pédiatrie dirigée par le professeur Rossi où, dès 1963, il obtient la venia legendi de la Faculté de médecine. Six ans plus tard, il bénéficie d'un congé pour se rendre une nouvelle fois aux Etats-Unis, à Buffalo, où il passe une année dans le Service de recherches pédiatriques que dirige le professeur Lowe de l'Université de l'Etat de New York. C'est là qu'il reçoit l'appel de la Faculté de médecine de Lausanne, préoccupée de trouver un successeur au professeur Maurice Jaccottet, directeur de la Clinique infantile de l'Hôpital cantonal, atteint par la limite d'âge.

Comme le fait prévoir la mobilité géographique et scientifique de ce début de carrière, les recherches du professeur Gautier témoignent à la fois de sa vitalité et son éclectisme. Partant de la physiologie pour aboutir à la pédiatrie en passant par la médecine interne, les travaux du professeur Gautier touchent aujourd'hui à la psychiatrie et à l'immunologie. Non seulement leur nombre — plus de soixante titres — mais aussi leur qualité, leur originalité et leur orientation placent leur auteur parmi l'élite des pédiatres européens. D'ailleurs la réputation internationale du professeur Gautier a déjà reçu la consécration de ses collègues et confrères: membre correspondant des sociétés françaises et allemandes de pédiatrie, membre des Conseils de la Société européenne de recherche en pédiatrie et en néphrologie pédiatrique, il préside aujourd'hui la Société suisse de pédiatrie et siège à la division III du Conseil de la recherche du Fonds national suisse.

Mais si hautes que soient les qualités scientifiques du professeur Gautier, il ne saurait limiter son activité à celle d'un homme de laboratoire. Bien au contraire: clinicien dans l'âme, il a constamment donné le pas à l'intérêt pour l'enfant malade, notamment au plan psychologique, sur sa propre curiosité d'homme de science. En proie à la hantise de manquer quelque chose d'important ou de ne pas disposer sur place des compétences spécialisées voulues, le

professeur Gautier s'efforce, non sans succès, de constituer autour de lui des équipes garantes à la fois du niveau scientifique et de l'efficacité clinique. C'est là le point de départ de la conception qu'il a su faire triompher à Lausanne, celle d'un Département de pédiatrie abritant plusieurs professeurs tour à tour responsables d'en assumer la direction.

Partisan convaincu de la nécessité de réformer les structures de nos Facultés de médecine, préoccupé du renouvellement des études médicales, soucieux de réaliser la coordination des recherches pédiatriques jusqu'au plan suisse, le professeur Gautier appartient à la génération des professeurs sur lesquels le pays peut compter pour préparer l'Université de demain. C'est là pour l'Université d'aujourd'hui, à côté de ceux qui viennent d'être rappelés, un motif de plus de lui dire sa reconnaissance.

C'est le 21 septembre 1921 qu'est né à Vevey le professeur Jacques Mathyer, directeur de l'Institut de police et de criminologie de l'Université de Lausanne. Il suit dans sa ville natale les écoles primaires et secondaires qui l'amènent en 1942 au diplôme fédéral de maturité. Qui est alors responsable du choix si rapide du jeune étudiant: Sherlock Holmes, Arsène Lupin, le Père Brown? peu importe. Ce qui est sûr c'est la détermination avec laquelle M. Mathyer entreprend ses études à l'Institut de police scientifique, alors dirigé par le professeur Marc Bischoff. Quatre ans plus tard il obtient le diplôme d'études de police scientifique de l'Université de Lausanne et part pour Lyon afin de bénéficier de l'enseignement du Docteur Locard, criminaliste de renom et directeur du Laboratoire interrégional de police technique de la métropole rhodanienne. C'est là que M. Mathyer commence sa thèse sur le sujet: «Contribution à l'étude des procédés d'impression en criminalistique», thèse qui lui vaut le titre de docteur de l'Université de Lyon avec la mention «très honorable». De retour à l'Institut de police scientifique de notre ville — nous sommes en 1948 — il ne tarde pas à y devenir assistant puis chef de travaux. Il saisit l'occasion qui se présente de tester le nouveau cycle d'études que vient d'instituer l'Université à la demande du professeur Bischoff: il obtient ainsi

le premier diplôme d'études de criminologie de l'Université de Lausanne.

Dès le mois d'avril 1951 il donne à titre de privat-docent un cours sur l'Expertise des documents manuscrits et des signatures. Deux ans plus tard, lorsque le professeur Bischoff est atteint par la limite d'âge c'est à son élève que, sans hésiter, l'Université et 1'Etat confient, avec le titre de professeur extraordinaire, les enseignements de criminologie et de police scientifique ainsi que la direction de l'Institut, dont entre-temps la raison sociale est devenue Institut de police scientifique et de criminologie. Peu après, 1'Ecole polytechnique de l'Université remet au nouveau professeur l'enseignement de la photographie aux futurs ingénieurs-géomètres.

Les résultats des recherches du professeur Mathyer sont consignés dans un ensemble d'articles aux titres parfois les plus suggestifs: «La date que porte un document correspond-elle à la réalité?» ou «Est-il possible de déterminer le nombre de billets de banques brûlés par l'étude des cendres récupérées?» ou encore «L'encre, élément de sécurité pour les billets de banque».

Ces recherches ont d'ailleurs rapidement fait connaître le nom du professeur Mathyer au-delà de nos frontières.

Dès 1965, il est conseiller de l'Organisation internationale de police criminelle, plus connue des fervents de la littérature policière sous le nom d'INTERPOL. A ce titre comme à d'autres, il apporte des contributions remarquées dans la plupart des congrès de spécialistes, un peu partout dans le monde. Citons entre autres les congrès internationaux des experts en documents, en 1963 à Londres et en 1966 à Copenhague; les colloques internationaux de police scientifique de l'INTERPOL, à Paris en 1963 et à Berne en 1966. Mentionnons enfin, en 1969 à Mexico-City, la 5e Conférence internationale sur le faux-monnayage. En ces temps d'inflation généralisée et de troubles monétaires, il n'est pas sans intérêt de voir les hommes de science considérer le faux-monnayage comme un phénomène international.

Les compétences du professeur Mathyer ne sont pas seulement reconnues de ses collègues et confrères criminologistes, mais aussi des institutions nationales chargées d'émettre de la vraie et bonne

monnaie. C'est ainsi que la Banque Nationale Suisse l'a récemment appelé à sièger au sein de sa « Commission d'experts chargés des études techniques en vue de l'impression des nouveaux billets de banque».

Toutefois, pour flatteuses et enrichissantes qu'elles soient, les activités de l'expert ont toujours, chez le professeur Mathyer, cédé le pas devant celles de l'enseignant et du chercheur. Maître passionné par son métier, passionnant pour les étudiants qu'il initie avec autorité aux méthodes et aux techniques de la criminologie et de la police scientifique moderne, M. Mathyer a droit à la reconnaissance de l'Université, heureuse de la promotion dont il est aujourd'hui l'objet.

Le professeur Jacques Bergier est originaire des deux communes vaudoises du Mont et de Chardonne. Né le 19 septembre 1911 à Morges, il fait ses études secondaires à Lausanne. Détenteur du certificat de maturité fédérale dès 1931, il poursuit ses études à la Faculté de médecine de notre ville où il obtient le diplôme fédéral de médecin en 1938. D'emblée attiré par la psychiatrie, M. Bergier entreprend une suite de stages auprès des instituts spécialisés dans cette discipline: pour commencer à la Clinique psychiatrique universitaire de Lausanne — que dirige alors le professeur Steck — puis à la Clinique psychiatrique de l'Université de Bâle où enseigne le professeur Staehelin, et enfin à la Clinique pédiatrique de l'Université de Zurich confiée à ce moment au professeur Fanconi. Avant de se rendre dans la capitale des bords de la Limmat, il revient à Lausanne et passe une année à la Clinique médicale universitaire du professeur Michaud. C'est durant cette période qu'il prépare puis rédige sa thèse de doctorat sur le sujet: «Contribution à l'étude des psychoses induites familiales». Ayant acquis le brevet de spécialiste FMH en psychiatrie infantile, il est nommé médecin adjoint à l'Office médico-pédagogique vaudois qu'avait créé et que dirige alors son maître, le Dr Lucien Bovet. A la suite de la disparition brutale de ce dernier, le Dr Bergier devient lui-même directeur, poste qu'il occupe jusqu'en 1956. Ses dons de réalisateur et de coordinateur attirent sur lui l'attention de l'Etat qui lui

confie le poste de chef du service cantonal de l'enfance nouvellement constitué. C'est là que, pendant plus de douze années, le Dr Bergier va déployer une activité des plus fécondes pour le pays. Collaborant à la création d'un Centre de formation pour éducateurs, puis à la mise sur pied de l'Ecole d'Etudes sociales et pédagogiques, il préside à l'établissement d'un plan cantonal d'équipement en institutions spécialisées, et il en assure ensuite la mise en place: homes d'enfants, homes logopédiques, foyers d'apprentis, foyers pour mères célibataires, centres de psychothérapie et bien d'autres encore.

Parallèlement, le Dr Bergier trouve le temps nécessaire pour enseigner à l'Université où, dès 1952, il succède à Lucien Bovet en qualité de chargé de cours à l'Ecole des sciences sociales et politiques. C'est l'occasion pour lui d'initier les étudiants des sections de pédagogie et de sciences sociales aux problèmes de la psychologie de l'enfant ou de l'adolescent, normal ou inadapté. Il s'agit là d'un enseignement de valeur peu commune: d'une part il bénéficie des expériences glanées par l'animateur et le responsable de nombreuses institutions d'utilité publique en faveur de l'enfance, et d'autre part il s'appuie sur les travaux de recherche destinés à mettre en évidence les causes mêmes de l'inadaptation infantile. Les résultats de ces travaux, dont la plupart sont conduits dans le centre d'études spécialisé du Service de l'enfance, ont fait l'objet d'articles parus dans diverses revues scientifiques de Suisse et à l'étranger.

Reconnaissant la valeur de l'enseignement et des recherches du Dr Bergier, le Conseil d'Etat lui confère en 1968 le titre de professeur extraordinaire, lui demandant à cette occasion de consacrer désormais tout son temps à l'Ecole des sciences sociales et politiques. Depuis lors, le professeur Bergier n'a cessé d'intensifier son activité d'enseignant et de chercheur, notamment sur les problèmes de la pédagogie de l'enfance et de l'adolescence inadaptées. C'est ainsi qu'il contribue de façon très heureuse à la formation non seulement des enseignants mais aussi des futurs responsables de la protection de la jeunesse et de l'enfance, hélas plus que jamais nécessaires aujourd'hui. L'Etat comme l'Université se devaient de

rendre hommage à l'oeuvre considérable accomplie dans cet important domaine par le professeur Bergier.

Benjamin parmi les promus de ce jour, le professeur Marc-Henri Amsler est né le 17 janvier 1924 à Lausanne, d'une famille originaire de Schinznach dans le canton d'Argovie. Il suit les écoles secondaires de Morges et de Lausanne, puis obtient le baccalauréat scientifique du gymnase de la Cité en 1943. Avant même que son père, le professeur Marc Amsler, qui enseigne à cette époque l'ophtalmologie à l'Université de Lausanne, soit appelé à Zurich, le jeune bachelier précède sa famille sur les bords de la Limmat et s'inscrit à 1'Ecole polytechnique fédérale où il obtient en 1948 le diplôme de mathématicien. Toujours à l'Ecole polytechnique, il est assistant des professeurs Ferdinand Gonseth et Benno Eckmann puis, sous la direction de ce maître hors ligne que fut Heinz Hopf, il prépare sa thèse sur le sujet: «Des surfaces à courbures constantes négatives dans l'espace à trois dimensions, et de leurs singularités». Reçue en 1954, la thèse vaudra à son auteur le titre de docteur en sciences mathématiques de l'EPF.

Attiré par les applications des mathématiques aux problèmes d'informatique, de gestion et d'assurance, M. Amsler n'hésite pas à entrer tôt dans la pratique. Avant même d'avoir achevé sa thèse, il est actuaire auprès de la Firme «Vita», Compagnie d'assurance sur la vie à Zurich. Là il se voit confier d'importants problèmes touchant la gestion actuarielle des portefeuilles d'assurances sur la vie; puis il prépare et dirige la mise en place d'un des premiers ordinateurs électroniques de gestion en Suisse. L'expérience à la fois théorique et pratique qu'il acquiert ainsi dans une entreprise privée s'avère déterminante quand, quelques années plus tard, l'Ecole des hautes études commerciales cherche un successeur au professeur Auguste Urech atteint par la limite d'âge. D'emblée en effet, M. Amsler s'impose comme le mieux préparé à reprendre le poste laissé vacant. Non seulement l'Ecole confie au nouveau professeur extraordinaire le cours existant de mathématiques et de technique actuarielles, mais elle le charge d'organiser un nouvel

enseignement sur les méthodes d'utilisation des équipements électroniques dans la gestion d'entreprise.

Après 15 ans vécus avec les avantages, mais aussi dans les servitudes de l'entreprise privée, le professeur Amsler compte bien pouvoir jouir de la paix universitaire afin de se livrer en toute quiétude à l'enseignement et à la recherche qui le passionnent. Les événements et son sens du devoir en décident autrement: faisant preuve de dévouement à l'égard de l'Université, le jeune professeur se laisse en effet convaincre par ses collègues d'accepter un siège au premier Rectorat de l'Université, mis en place à titre provisoire en automne 1968.

Le Rectorat se plaît à faire usage de la coïncidence qui lui permet aujourd'hui de rendre un hommage public à l'énorme travail accompli, avec autant de compétence que de conscience, par le professeur Amsler dans ses fonctions de vice-recteur. Si l'Université a réussi seule et sans encombre la difficile opération de mettre sur pied son propre budget, et cela selon la procédure qui donne à chaque centre de responsabilité, à chaque faculté ou école, et enfin au Sénat lui-même la possibilité de se prononcer au moment voulu et en connaissance de cause, c'est en premier lieu au professeur Amsler qu'elle le doit. Peut-être il y a trois ans n'avions-nous pas tous mesuré l'ampleur de l'effort qui allait être demandé aux membres du Rectorat. Mais, lorsque après deux ans de labeur acharné et dévoué vous avez, mon cher collègue, souhaité être déchargé de votre mandat, nous avons, à regret certes, compris que nous ne pouvions demander davantage du collègue qui venait déjà de sacrifier sur l'autel de l'Université deux années parmi les plus précieuses qu'il avait désiré consacrer à des recherches prometteuses.

Ainsi est-ce avec reconnaissance que l'Université se réjouit et se félicite de votre nomination à l'ordinariat et qu'elle vous adresse à cette occasion ses voeux les meilleurs pour la poursuite de votre enseignement et vos recherches dans la sérénité et la paix.

Bourgeois des communes d'Yverdon, de Neuchâtel et du Bas-Vully, le professeur Claude Verdan est à n'en pas douter un Suisse

romand de bonne souche puisqu'il prend ses origines dans les trois cantons de Vaud, Neuchâtel et Fribourg. Né à Yverdon le 21 septembre 1909, il fait ses études primaires et son collège secondaire dans sa ville natale. A 15 ans il remporte un prix d'excellence grâce à un mémoire de concours consacré à «l'Etude des phénomènes de gravitation sur la Lune». Il vient à Lausanne suivre les cours du gymnase cantonal et passe simultanément les examens du baccalauréat scientifique et de la maturité classique en 1927. Ayant choisi de faire ses études à la Faculté de médecine, il s'y distingue en décrochant coup sur coup la Médaille d'or de la Faculté et le Prix César-Roux. Il s'engage dans la suite traditionnelle des stages avant même d'obtenir le diplôme fédéral de médecine en 1933, d'abord à la Clinique médicale universitaire du professeur Michaud à Lausanne; l'année suivante à l'Institut d'anatomie pathologique du professeur Askanazy à Genève et, deux ans plus tard à Zurich comme assistant du professeur Silberschmidt, directeur de l'Institut de bactériologie de l'Université. C'est là qu'en 1935 il rédige et défend sa thèse de docteur en médecine sur le sujet «Essais de chimiothérapie par inhalation». Le docteur Verdan décide alors de parfaire sa formation à l'Université de Zurich. C'est ainsi qu'il travaille auprès du professeur de Meyenburg, à l'Institut d'anatomie pathologique, puis chez le professeur Loeffler, responsable de la Policlinique médicale et enfin à la Clinique chirurgicale que dirige le professeur Clairmont.

En 1939, au début de la dernière guerre, le Dr Verdan revient à Lausanne. Parallèlement à l'exercice de responsabilités importantes à l'armée, il fait un stage de quatre ans à la Caisse nationale comme médecin d'arrondissement, activité qu'il abandonne en 1944 pour le Service universitaire de chirurgie du professeur Decker.

Ce dernier lui remet, à titre d'assistant-médecin et de suppléant, la responsabilité du cours de politechnique chirurgicale. C'est à cette époque qu'avec plusieurs confrères de Lausanne le Dr Verdan fonde la Clinique et permanence de Longeraie.

Privat-docent à la Faculté de médecine en 1951, il y devient chargé de cours en 1957. Quatre ans plus tard il est nommé chef du Service de policlinique chirurgicale universitaire — désormais

autonome —et reçoit à cette occasion le titre de professeur associé. En 1965, tenant à reconnaître les mérites du chirurgien lausannois dont la réputation depuis longtemps déjà déborde les frontières du pays, la Faculté de médecine demande et obtient de l'Etat la promotion du Dr Verdan au titre de professeur extraordinaire.

Aujourd'hui, le professeur Verdan travaille à plein temps à la Faculté de médecine: en plus du cours de policlinique chirurgicale qu'il donne depuis 1944, il initie les étudiants en médecine à «l'assécurologie». Il s'agit de la discipline qui remplace aujourd'hui la médecine des accidents, autrefois enseignée par le professeur Maurice Vuillet et que ce dernier, pour des raisons de santé, avait abandonnée à son collègue dès l'été 1966.

Les très nombreuses publications du professeur Verdan démontrent la variété des préoccupations du chirurgien vaudois : médecine interne, médecine accidents, chirurgie générale. Le premier de ses travaux concernant la chirurgie de la main porte le titre «A propos de la réparation des tendons fléchisseurs dans les coulisses ostéofibreuses des doigts» et il date de 1950. C'est effectivement le premier d'une suite dont le nombre dépasse à ce jour la nonantaine et dans laquelle figurent deux traités devenus classiques.

D'ailleurs, la réputation du professeur Verdan est aujourd'hui consacrée par les appels flatteurs dont il a été l'objet à l'étranger. Il s'agit notamment de la Sven Johansson lecture qu'il a été appelé à prononcer en 1965 à l'Université de Göteborg en Suède, de la Richardson memorial lecture qu'il a faite à l'Université Harvard en 1968 et enfin la Sterling Bunnel Memorial lecture qu'en qualité d'hôte d'honneur de l'American Society for Surgery of the hand il a donnée au mois de mars de cette année à l'Université de Californie.

Il était temps que l'Université de Lausanne rende hommage à l'enseignant de valeur et au chirurgien de talent qui a porté si loin et si haut le renom de notre Faculté de médecine.

Messieurs les nouveaux professeurs ordinaires,

Vous voici désormais attachés à notre maison par les plus étroits des liens. Reconnaissant la valeur de vos travaux et de

votre enseignement, l'Université est heureuse de savoir qu'en acceptant la promotion dont vous venez d'être l'objet, vous avez pour elle confirmé votre vocation de professeur.

Certes, les attraits exercés par cette vocation ont passablement changé. Il y a quelques décennies encore, c'était à l'enseignement et à la recherche que le professeur d'Université consacrait le plus clair de son temps; et c'était dans une atmosphère de confiance et de paix qu'il se vouait tout entier à ses activités, certain qu'il pouvait être de jouir de la considération générale, notamment de celle de ses étudiants.

Peu à peu, cependant, les tâches administratives sont venues, qui ont distrait de la recherche et de l'enseignement des heures toujours plus nombreuses. A ce jour c'est parfois jusqu'au tiers de son temps que le professeur se voit contraint d'abandonner aux tâches nouvelles, et il faudra la vigilance et la détermination des autorités universitaires pour que cette part n'augmente plus.

Par ailleurs, depuis quelque temps, le professeur s'est découvert à la merci de la contestation de ses étudiants et même de ses collaborateurs. Or, ce qui peut être à l'occasion un stimulant bienvenu présente à la répétition et à la longue des inconvénients, notamment ceux de réduire la disponibilité du maître et de nuire à la réflexion du chercheur.

Toutefois, il est pour le professeur une condition de travail qui n'a heureusement pas changé, du moins dans notre pays: c'est la liberté académique. Dès les origines, cette liberté traduit l'essentiel de l'autonomie de l'Université: il s'agit en fait de la liberté d'enseignement et de recherche.

Gravement mise en question au moment de la révolution de 1845 — on se souvient de la mise à pied d'Alexandre Vinet et de plusieurs de ses collègues de l'Académie — cette liberté fut par la suite pleinement reconnue par l'Etat. Notamment par les rédacteurs de la loi du 10 mars 1890, laquelle a, de ce fait, fixé jusqu'à ce jour le statut de la Haute Ecole de Lausanne — la révision de 1916 n'ayant pas touché aux dispositions essentielles. «Nul n'a affirmé plus généreusement qu'Eugène Ruffy la valeur de la liberté d'enseignement, pour le professeur et pour l'étudiant», écrit le

professeur Henri Meylan; et de citer l'homme d'Etat vaudois présentant le projet de loi de 1890 au Grand Conseil: «Liberté de dire et liberté d'entendre, voilà ce qui nous a guidés». Plus près de nous, les projets pour la nouvelle loi sur l'Université ont tous, sous une forme ou sous une autre, repris à leur compte cette disposition vitale pour l'enseignement supérieur et la recherche. «Dans toutes leurs activités, les membres du corps enseignant jouissent d'une entière liberté d'opinion scientifique » prévoit à son article 45 le premier avant-projet de Loi sur l'Université du mois d'août 1968.

Pour le professeur, cette liberté constitue à n'en pas douter un privilège raisonnable. Mais bien plus encore, cette liberté entraîne pour lui des obligations et des responsabilités. A l'intérieur de l'Université d'abord, auprès des collaborateurs et des étudiants: il s'agit de veiller constamment à rechercher puis à dire toute la vérité, et la vérité seulement, à pourchasser sans trêve l'erreur, où qu'elle se trouve.

«Voyez-vous», disait Wolfgang Pauli à l'un de ses jeunes collègues, «c'est peut-être notre responsabilité la plus lourde comme professeur que de lutter sans se lasser contre la propagation de l'erreur».

C'est ainsi que dans son activité plus particulière de pédagogue, le maître doit notamment s'efforcer d'enseigner sans jamais endoctriner.

Mais la liberté académique entraîne aussi des obligations à l'extérieur de l'Université, notamment lorsque le professeur est appelé à s'exprimer devant l'opinion publique. Comment pourrait-il alors se prévaloir de cette liberté pour juger et agir au-dessus de la mêlée, en invoquant je ne sais quelle «immunité académique»? N'est-il pas, qu'il le veuille ou non, au bénéfice du crédit que lui confère la situation de professeur à l'Université? Et n'allez pas croire que ce soit là exagérer les choses. Considérez plutôt, à titre d'exemple, le nombre élevé de professeurs d'université qui siègent à l'heure actuelle dans les diverses commissions extraparlementaires, à Berne ou ailleurs. Ce fait ne démontre-t-il pas à lui seul la place éminente qu'ils occupent dans l'esprit des représentants

du peuple, et par eux dans l'imagination et la confiance du peuple lui-même? Trahir ne fût-ce qu'involontairement cette confiance, ce serait tromper doublement ceux qui la donnent. Et puis, en dépit des réserves les plus explicites qu'il pourrait faire, le professeur, dans ses déclarations ou ses prises de position, n'engage-t-il pas l'Université à laquelle il appartient et plus encore le corps enseignant dont il est membre? Et cette appartenance ne saurait être récusée!

Ainsi, le devoir fondamental qui est fait à l'enseignant de rechercher et de dire toute la vérité et la vérité seulement paraît subsister entier à l'extérieur de l'Université. Avec cette différence que le professeur ne s'exprime plus nécessairement à propos de questions relevant de sa spécialité: il lui est peut-être alors plus difficile, soit de se dégager des pressions exercées par l'économie, la politique ou les idéologies de toutes sortes, soit tout simplement de se distancer des divers mouvements d'opinion.

Mes chers collègues, Mesdames, Messieurs,

Le bon usage de la liberté académique peut être chose simple en circonstances normales, mais dès que les esprits s'agitent ou que les temps se troublent, cet usage doit devenir l'objet d'une vigilance particulière. Il reste à souhaiter qu'en toute circonstance le corps universitaire entier s'efforce de bien user de la liberté académique. Il ne s'agit pas seulement de mériter la confiance qui a été faite à l'Université et à ses maîtres, mais aussi et surtout de sauvegarder l'une des franchises essentielles pour son autonomie.