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Rektorats Reden © Prof. Schwinges

DIES ACADEMICUS 1983

22 OCTOBRE 1983
LIBRAIRIE PAYOT
LIBRAiRIE DE L'UNIVERSITÉ
LAUSANNE 1984

DISCOURS DE M. CLAUDE BRIDEL,
RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ SORTANT DE CHARGE

Rassasiée des quatre années de son mandat, sur le point de retourner pleinement à ses charges professorales, l'équipe du Rectorat sortant éprouve plus de reconnaissance que de mélancolie, de confiance que d'anxiété. Ces sentiments paisibles, elle les doit pour une bonne part au choix excellent du Sénat, qui intronise aujourd'hui un collège rectoral dont l'évidente cohésion n'a d'égal que l'accord profond avec le projet que nous avons tenté de poursuivre.

On ne s'attendra pas dès lors à ce que, parlant au nom de mes collègues unanimes, je me livre au prétentieux exercice de l'analyse rétrospective de notre quadriennat, et pas davantage à l'échafaudage laborieux d'un ensemble de conseils en vue de la période qui commence. Les bilans ne doivent pas être vérifiés par ceux qui ont dépensé l'argent, et les budgets doivent être dressés par ceux qui géreront l'entreprise.

Mon bref propos, en ce moment où, chers collègues, vous prenez officiellement le quart, consistera à vous rejoindre quelques instants pour échanger une ou deux paroles avec vous, sur la passerelle où, à vrai dire, vous commandez déjà le bâtiment qui n'a jamais cessé de trépider sous nos pieds. Mettons, en termes non maritimes, que je me sens le droit de ne vous parler ni d'hier, ni de demain, mais bien simplement de ce jour faste dont la célébration nous réunit.

Pour académique qu'il doive demeurer, autrement dit grave... et un peu long, le Dies n'en est pas moins, et foncièrement, un jour de fête. Il rassemble une fois l'an, Mesdames et Messieurs, un public divers et donc choisi qui vient se réjouir ici pour un certain nombre de raisons; les uns sont heureux parce qu'ils participent à un festival de l'esprit, d'autres parce qu'ils célèbrent

l'engrangement riche d'espérance de quelques bonnes centaines de nouveaux étudiants, d'autres encore parce qu'ils perçoivent en ces lieux l'existence d'une communauté vivante; tous, cependant, nous pouvons être heureux de ce que, contre les vents de la compétition scientifique et les marées des difficultés économiques, notre vénérable Université (450 ans dans quatre ans!) tient encore le pari de ses lointains fondateurs.

Voici, de plus, qu'outre ces bonheurs collectifs, le Dies est périodiquement l'occasion pour quelques-uns de se dire heureux de ce qu'ils sont et de ce qu'ils voient et entendent. Permettez-moi d'être un instant le porte-parole de ceux-là et de le dire sans ambage au nouveau Rectorat.

Je suis heureux d'abord, mes chers collègues, que vous soyez pour la durée de cette journée des nouveaux. Nouveaux comme nous l'étions pour notre part à l'automne 1979, sans passé ni généalogie rectorale, c'est-à-dire disponibles pour la fraîcheur d'une aventure. Nouveaux, et pourtant pas naïfs, parce que bons connaisseurs les uns et les autres de la chose universitaire, ayant surtout profité d'un temps de préparation suffisant pour «entrer dans les dossiers», comme on dit, et constituer les uns avec les autres une solide équipe. A partir de demain, vous serez le Rectorat sans adjectif; il est temps de savourer aujourd'hui encore le goût de la nouveauté.

Mais je suis heureux de même, Monsieur le recteur et Messieurs les vice-recteurs, que vous ayez dit dès le jour de votre élection votre volonté de continuité.

Croyez bien que notre satisfaction à cet égard ne repose pas sur la vanité de prédécesseurs qui s'en iraient quêter dans vos actes et paroles à venir le relent et l'écho de leurs propres réussites! Ce n'est pas ainsi qu'une institution plusieurs fois centenaire honore son histoire. Sans oublier forcément les hommes qui l'ont animée, elle s'inspire plutôt des valeurs fondamentales qui lui ont permis et lui permettront toujours d'exister: l'indépendance, le respect d'autrui, le service de la vérité. La réunion en ce jour d'une bonne partie de ceux qui se réclament en ce pays de ces valeurs a de quoi vous fortifier dans votre détermination

C'est assez dire que l'essentiel qui nous unit, ce n'est ni le culte de la nouveauté pour elle-même, ni le respect sourcilleux d'une tradition si riche soit-elle, mais l'attention quotidienne aux devoirs et aux personnes qui font, jour après jour, l'Université.

Mais le Dies, c'est encore l'occasion, rare et d'autant plus appréciable pour le Rectorat, de considérer du haut de sa tribune les partenaires de son aventure. Laissez-moi le plaisir de guider maintenant votre regard sur ceux qui, non seulement sont heureux de vous voir à la place que vous occupez, mais que vous trouverez demain à vos côtés.

Les représentants des pouvoirs publics, en premier lieu, me permettront de vous dire qu'ils sont certes ici pour vous assurer de leur bienveillance et de leur vigilance, mais aussi pour s'assurer au fil des discours de la fidélité avec laquelle l'Université assure la mission dont nous venons de parler. Cette séance publique n'est pas un lieu de débats, mais elle sert souvent à éclairer, par une sorte de retour aux principes, les affrontements loyaux qui ne manqueront pas.

Voici maintenant ceux dont nous sommes, vous et nous, les membres de notre corps professoral, et les docteurs honoris causa qui ont accepté de nous rejoindre. Ne soyez pas surpris de la nuance qu'ils vont marquer désormais dans leurs relations avec vous: il y a la plupart du temps dans le titre qu'ils ne cesseront de vous rappeler en s'adressant à vous, un signe de confiance, voire d'affection dont vous avez besoin comme eux dans l'aridité de vos tâches.

Ce n'est pas, ensuite, sans attention que vous arrêterez votre regard sur les représentants des étudiants, enfin sortis de leur mutisme en cette journée. Directe et insistante, leur voix se fait l'écho de 6000 autres pour vous dire, comme à nous, l'inquiétude et l'espoir, le besoin d'être avec vous et vous avec eux.

Plusieurs collaborateurs permanents de la maison ont délaissé ce matin leur machine à écrire ou leurs instruments de laboratoire. Vous savez déjà, après quelques semaines d'expérience, le rôle qu'ils jouent à nos côtés, et tout spécialement lors d'un changement de rectorat. Ils fêtent avec vous l'attente de relations humaines de qualité.

Je voudrais vous présenter encore ceux qui sont d'ores et déjà vos amis: les autorités des communes et des districts où nous nous enracinons peu à peu, et les représentants des milieux professionnels qui veulent bien témoigner par leur présence de l'importance qu'ils attachent à la visée formatrice de l'Université.

Et je conclus ce tour d'horizon des partenaires de l'aventure rectorale en me réjouissant pour vous de la participation amicale de vos plus proches compagnons, les recteurs et présidents des Hautes Ecoles de Suisse, avec mention spéciale de nos voisins de l'Ouest qui font mieux que nous parler par-dessus la clôture.

D'autres vous ont dit et vous diront sans doute les soucis et les tracas que l'Université doit partager avec vous. Que cela ne nous empêché pas de proclamer ce jour heureux, et de le cueillir comme il s'offre à nous, épanoui et prometteur. Et vous, mes chers collègues, allez maintenant d'un Dies à l'autre au pas tranquille de votre résolution