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Rektorats Reden © Prof. Schwinges

Allocution du professeur Jean Guinand

recteur
Mesdames et Messieurs,

«Dès le 15 octobre 1909, l'Académie de Neuchâtel prendra le titre d'Université.» Telle est la teneur de l'article premier du décret adopté le 18 mai 1909 par le Grand Conseil neuchâtelois. Et c'est pourquoi nous fêtons aujourd'hui le 75e anniversaire de l'Université de Neuchâtel. Il s'agit à vrai dire du premier d'une série d'anniversaires. En 1986, en effet, nous pourrons célébrer le centenaire du bâtiment de l'avenue du 1er-Mars 26. Cette même année, nous aurons le plaisir d'inaugurer le nouveau bâtiment qui se construit sur les Jeunes Rives pour la Faculté des lettres. Enfin, en 1988, nous fêterons les 150 ans de l'Académie de Neuchâtel, fondée le 17 mars 1838. Le passage de l'Académie à l'Université, dont le professeur Roulet nous contera tout à l'heure l'histoire, n'a en réalité été qu'une étape logique dans le développement de notre institution. C'est pourquoi, au seuil de cette 76e année universitaire, je voudrais simplement vous dire quels ont été les événements marquants de la septante-cinquième et comment le recteur, après une première année de fonctions, perçoit l'institution dont on lui a confié la charge.

Je dois, hélas! d'abord mentionner avec tristesse le décès du docteur Roland Fawer, privat-docent en médecine et psychologie du travail et en toxicologie industrielle, celui de M. Noshi Azer, étudiant à la Faculté des sciences, survenu au cours d'une excursion scientifique, et celui de M. Pierre-Alain Limat, décédé quelques jours après avoir obtenu sa licence en psychologie du travail. L'Université gardera d'eux un souvenir ému.

Deux collègues viennent de nous quitter pour bénéficier de la retraite. Nous en prenons aujourd'hui officiellement congé. Il s'agit de MM. Robert-Henri Blaser, professeur de langue et littérature allemandes et Jacques Tréheux, professeur d'archéologie classique et d'histoire ancienne. Pour leur inlassable dévouement à notre université, nous leur adressons ici notre profonde gratitude. Ils seront remplacés par M. Jürgen Söring, nommé professeur ordinaire de littérature allemande,

et par M. Denis Knoepfler, nommé professeur ordinaire d'archéologie classique et d'histoire ancienne, auxquels nous souhaitons une très cordiale bienvenue. Nos voeux s'adressent également à M. Christian Rubattel, nommé professeur ordinaire de linguistique générale, en remplacement du professeur Lüdi, qui nous a quittés depuis quelque temps déjà pour l'Université de Bâle; à M. Jean-Luc Vuilleumier, nommé professeur ordinaire de physique nucléaire et corpusculaire, qui prend la succession du professeur Rossel; à M. Martin Rose, nommé professeur ordinaire d'Ancien Testament, à la suite du départ du professeur Albert de Pury pour l'Université de Genève, et à M. Sylvain Koskas, nommé professeur associé en comptabilité analytique. Enfin, à défaut de pouvoir tous les citer et au risque d'en oublier, nous adressons nos souhaits de bienvenue à tous nos nouveaux collaborateurs.

Les Annales de l'Université qui paraîtront prochainement vous permettront de prendre connaissance dans le détail des activités déployées au cours de l'année universitaire 1983-1984. Nous n'en évoquerons que quelques-unes.

Nous voudrions souligner en premier lieu l'importance que nous accordons à la création en novembre 1983 du groupe de liaison Université —Industrie. Sous l'impulsion de la Fondation Tissot pour la promotion économique et du professeur Jeannet, ce groupe, qui réunit des représentants de l'économie neuchâteloise, de l'Etat de Neuchâtel, de la formation technique et de l'Université, s'efforce de rendre plus faciles et plus intenses les relations de notre université avec les entreprises de la région. Il s'est préoccupé d'informatique et de formation permanente. Il a favorisé de nombreux contacts. Mais il s'est rapidement rendu compte qu'il était difficile d'évaluer les besoins de nos entreprises et qu'une action ponctuelle n'était pas suffisante. C'est pourquoi, avec la collaboration de la Chambre du commerce et de l'industrie et le Département cantonal de l'économie publique, il a été décidé de mener une étude qui devrait nous permettre de mettre sur pied un système d'information et de service efficace. Les premiers résultats de cette étude sont attendus pour le début de 1985, et nous avons un ferme espoir qu'ils nous conduiront à des solutions nouvelles et originales. On peut d'ailleurs déjà citer deux actions qui ont permis d'une part à nos étudiants de se rendre compte des réalités économiques et techniques et d'autre part à nos industries de mieux connaître le champ d'activité de notre université. La première a pris la forme de séminaires mixtes économiques et techniques sur les nouvelles entreprises, au cours desquels nos étudiants ont pu être sensibilisés aux problèmes que pose la création d'une nouvelle entreprise industrielle. La seconde a vu l'Université de

Neuchâtel participer activement aux journées de l'innovation organisées au printemps 1984 à La Chaux-de-Fonds par Ret SA.

L'élaboration au cours de l'année universitaire 1983-1984 des statuts d'un centre universitaire d'informatique s'inscrit dans la politique que notre université entend mener dans ce domaine important. On relèvera à cet égard que notre nouvelle licence en informatique et notre diplôme en informatique de gestion rencontrent un très grand succès: une quinzaine d'inscriptions pour la première cet automne, plus de cinquante candidats cette année pour le second.

Certes, le nouveau Centre universitaire d'informatique ne présente pour l'instant qu'une opération technique: création d'un groupe informatique dans chacune des facultés, rattachement du Département de calcul à l'administration centrale, renforcement de sa direction et création d'une commission informatique. Mais c'est à travers cette nouvelle structure que l'Université de Neuchâtel pourra élaborer un programme d'action dans le domaine de l'informatique. C'est en tout cas ce que nous demanderons au Comité de direction du Centre dès qu'il sera en fonction. Nous ne doutons d'ailleurs pas d'une volonté d'agir dans ce domaine, si l'on en juge par le succès remporté par le cours d'informatique mis sur pied par la Faculté des lettres à l'intention des professeurs de sciences morales. L'empressement de certains de nos collègues à percer les mystères du Basic ou du Fortran est en tout cas remarquable. Nul doute qu'il se traduira par de nouvelles demandes de crédits.

Si l'Université de Neuchâtel est connue à l'étranger, c'est sans doute avant tout par le rayonnement de ses professeurs. Mais c'est aussi en raison du fait qu'elle sait être accueillante. La tenue en son sein de plusieurs congrès nationaux et internationaux en est la preuve. Régulièrement invité à y prendre part (ne serait-ce que pour offrir l'apéritif aux participants), j'ai pu me rendre compte des efforts considérables que plusieurs de nos collègues n'ont pas hésité à entreprendre pour organiser d'importantes manifestations. Je citerai tout particulièrement les journées de criminologie, le symposium international sur les lipides, le symposium international sur l'aménagement rural, le congrès international des universités du 3e âge et le troisième séminaire sur le bail à loyer. Ce sont ainsi plusieurs centaines de participants qui ont pu faire connaissance avec notre université et notre région pour s'en faire les ambassadeurs. Nous savons combien il est difficile, ne serait-ce qu'en raison des moyens financiers limités dont on peut disposer, d'organiser de telles réunions. Nous ne pouvons toutefois qu'encourager et remercier ceux qui voudront bien continuer à le faire et contribuer ainsi au renom de notre institution.

Le souci d'ouverture vers la cité s'est encore traduit cette année par une participation active de l'Université aux activités du Forum économique et culturel des régions, mieux connu sous le nom de «La Bulle ». Certes, les «lundis de l'Université» ont connu des fortunes diverses. Pour y avoir pris part régulièrement, je suis cependant à même d'affirmer que notre présence a été appréciée. Que tous ceux qui ont bien voulu accepter d'y apporter leur contribution soient ici remerciés. C'est d'ailleurs «La Bulle» (en l'occurrence dégonflée) qui nous a permis de rencontrer nos collègues de Besançon au cours d'une réunion tenue à Pontarlier. L'occasion fut excellente de renouer ou de confirmer les liens qui nous unissent à notre voisine française. L'idée émise lors de cette rencontre d'organiser un échange d'étudiants entre nos deux universités devra encore être concrétisée. Nous nous y efforcerons.

S'il est important d'avoir des contacts avec la cité, il est aussi indispensable d'assurer la communication avec ceux qui sont en quelque sorte nos fournisseurs. Je veux parler des établissements d'enseignement qui préparent nos futurs étudiants au baccalauréat et à ta maturité fédérale. Chaque année, notre université organise ainsi une journée d'information à l'intention des futurs bacheliers. C'est pour eux l'occasion de prendre un premier contact avec le monde universitaire. Pour préparer cette visite, nous avons pensé qu'il serait bon que l'Université commence par se rendre dans les divers établissements d'enseignement pour y apporter une information préalable. Je me suis donc rendu, avec le secrétaire général, au Gymnase et à l'Ecole de commerce de La Chaux-de-Fonds, au Gymnase Numa-Droz, au Gymnase cantonal et à l'Ecole de commerce à Neuchâtel, à l'Ecole secondaire régionale à Fleurier, au Gymnase français et au Gymnase économique de Bienne et au Lycée cantonal de Porrentruy. Nous y avons rencontré un accueil chaleureux, et les contacts que nous avons ainsi pu prendre avec la direction de ces établissements nous ont paru répondre à une nécessité. Forts de cette expérience, nous espérons pouvoir poursuivre dans cette voie.

Nous nous préoccupons donc de nos futurs étudiants. Nous nous occupons bien évidemment des étudiants qui sont là. Nous avons aussi pensé à ceux qui nous quittent. C'est ainsi que nous avons présidé hier pour la première fois à la remise en séance publique des diplômes et licences de l'année universitaire écoulée. Nous avons ainsi pu prendre congé de ceux qui furent pendant quelques années nos étudiants. Nous y avons associé leurs parents et amis pour leur faire partager cette importante étape de la vie. Le succès remporté hier soir par cette nouvelle formule nous incitera sans doute à l'institutionnaliser.

Si j'ai pu dire tout à l'heure que nous inaugurerions le bâtiment en construction sur les Jeunes Rives en 1986, c'est bien parce que les travaux sur lesquels M. Jeannet veille avec vigilance et fermeté avancent bon train. Posée au premier étage le 3 juillet dernier, la «première pierre» a marqué une première étape. Aujourd'hui, les bâtiments ont pratiquement atteint leur hauteur définitive, et nous comptons bien au mois d'octobre 1985 utiliser les salles de cours situées au rez-de-chaussée. Ce sera d'ailleurs pour nous un soulagement bienvenu. N'avons-nous pas dû cette année, faute de place dans nos auditoires, avoir recours à la salle circulaire du Collège latin pour le cours de droit commercial!

Les travaux d'aménagement de notre institut d'ethnologie et du Musée d'ethnographie n'en sont, eux, qu'au début: on en est à la phase de démolition. Mais, comme ils sont beaucoup moins importants que ceux des Jeunes Rives, on peut espérer qu'ils seront terminés à la même époque. Grâce à la bienveillance de nos autorités, la Faculté des lettres pourra ainsi dès 1986 bénéficier de locaux modernes et spacieux. Ce ne sera, hélas! pas encore le cas de certains instituts de la Faculté des sciences, qui travaillent au Mail dans des conditions difficiles. De nouveaux aménagements devront donc être entrepris. Des propositions seront faites dans ce sens au cours de l'année 1985.

Pour en terminer avec la relation des principaux événements de cette 75e année universitaire, je relèverai encore que, comme chaque année, la présidence du Sénat a changé. Le 14 octobre, à minuit, le professeur Maurice Erard a passé le flambeau au professeur Jean-Blaise Grize. C'est ce qui nous vaut aujourd'hui la présence sur cette scène de notre collègue et ancien recteur.

Mesdames et Messieurs,

L'Université de Neuchâtel compte aujourd'hui plus de 2000 étudiants et emploie actuellement 661 personnes (professeurs, enseignants, chefs de travaux, assistants, collaborateurs scientifiques, techniques et administratifs) occupant 737 fonctions et représentant l'équivalent de 460 postes complets. L'Université est ainsi devenue une véritable «entreprise)>, certes bien modeste comparée aux grandes universités et aux écoles polytechniques, mais d'une grande importance pour le canton de Neuchâtel.

Cette situation, l'Université de Neuchâtel la doit essentiellement à la bienveillance des autorités politiques et du peuple neuchâtelois, qui lui ont apporté leur soutien. Elle la doit aussi à tous ceux qui, en son sein, ne ménagent ni leurs efforts, ni leur temps pour qu'elle puisse assurer sa mission et défendre

sa réputation. Elle le doit enfin à tous ceux qui, de l'extérieur, veulent bien lui apporter, tant sur le plan moral que sur le plan matériel, un soutien bienvenu.

On dit souvent que l'avantage d'une petite université réside dans le fait que chacun se connaît. Cette connaissance réciproque existe certes à l'intérieur de cercles restreints: instituts, collèges, divisions, facultés. Elle est moins évidente au niveau de l'Université même. Je dois pour ma part avouer que ce n'est qu'après avoir, au début de mes fonctions, rendu visite à chaque faculté, à chacun des instituts et qu'après m'être entretenu avec de nombreux collègues et collaborateurs que j'ai pu saisir en quoi consiste l'entreprise Université de Neuchâtel. Il m'est alors apparu que certains secteurs de notre université ont parfois tendance à négliger le fait qu'ils appartiennent à un ensemble. Or, c'est précisément pour que chacune des facultés de l'ancienne Académie fondent un ensemble qu'on lui a donné le nom d'Université,

C'est aujourd'hui au rectorat qu'il incombe d'assurer la cohésion de l'ensemble de l'Université, de favoriser l'unité, d'être attentif à la coordination et, le cas échéant, d'opérer certains arbitrages. Mais, pour que les décisions du rectorat soient mieux comprises et acceptées, il convient que chacun ait une meilleure connaissance de ce qui se fait dans les autres secteurs, de la collaboration qui pourrait s'instaurer avec eux et des services qu'ils pourraient rendre. Si la création du Centre universitaire d'informatique est à cet égard réjouissant, le rectorat devra encore prendre d'autres initiatives allant dans ce sens.

La récente assemblée générale de la Conférence des recteurs européens avait pour thème «L'avenir de l'Université, son affaire». C'est effectivement l'affaire de 'Université que de construire son avenir, Mais cet avenir doit être envisagé par l'ensemble de la communauté universitaire. Et notre tâche est d'y veiller.

J. Guinand