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Rektorats Reden © Prof. Schwinges

INSTALLATION DE M. LE PROFESSEUR JEAN DELACRÉTAZ

EN QUALITÉ DE
RECTEUR
POUR LA PÉRIODE DE 1964 A 1966
LIBRAIRIE PAYOT
LIBRAIRIE DE L'UNIVERSITÉ
LAUSANNE 1965

DISCOURS
DE M. LE PROFESSEUR HENRI ZWAHLEN
RECTEUR SORTANT DE CHARGE
Monsieur le Conseiller d'Etat, Monsieur le Recteur, Mesdames et Messieurs,

Au moment de se retirer de l'avant-scène, où pendant deux ans les projecteurs se sont braqués sur lui, au moment de passer la main et de reprendre non sans plaisir ses travaux habituels, le recteur sortant de charge a aujourd'hui pour tâche de faire rapport, en présentant une brève chronique de la vie de l'Université pendant son rectorat. Tâche ingrate, qui demande de votre part beaucoup d'indulgence, car elle ne se prête ni à la fantaisie, ni aux envolées oratoires, ni même aux grandes idées fortement pensées dont s'ornent les vrais discours académiques. Et cela quand bien même, en évitant les fastidieux détails, cette chronique se concentrera sur l'essentiel.

Ce sont d'abord des deuils qu'il nous faut évoquer, et ils furent pendant ces deux ans particulièrement nombreux. Sept professeurs honoraires: Henri Favez, Paul-Louis Mercanton, Adrien Paris, Henri Miéville, Samuel May, Jacques Secrétan, Frank Olivier, ce dernier ancien recteur et ancien chancelier de l'Université; un professeur en activité, Robert Flatt, de la Faculté des sciences, et deux chargés de cours, Pierre Rossi, de l'EPUL, et Roger Freudweiler, de l'Ecole de pharmacie; six étudiants enfin, dont quatre

malheureuses victimes d'accidents de la circulation: Jean-François Glardon (sciences politiques), Elie N'Sangou (médecine), Anne-Marie Delavy (pharmacie), Sylvère Gallaz (lettres), Peter Müller et Klaus Sturm (droit). A ces disparus, l'Université adresse un dernier adieu, en assurant une fois encore leurs familles de sa très vive sympathie.

Les retraites ont été, elles aussi, plus nombreuses que sous d'autres rectorats. Neuf professeurs ont atteint la limite d'âge et ont été nommés professeurs honoraires. Ce furent M. Alfred Stucky, qui dirigea l'Ecole polytechnique pendant près de vingt-trois ans avec l'énergie, l'efficacité et le succès que l'on sait, puis MM. Marc Bischoff, Philippe Meylan, Roger Secrétan, ancien recteur, Alfred Fleisch, Charles Masson, Daniel Gaden, Auguste Urech et Maurice Jaccottet. En outre, M. le professeur Paul Collart nous a quittés pour d'autres fonctions, tandis que trois chargés de cours et deux privat-docents renonçaient à leur enseignement. A tous ces anciens collaborateurs, l'Université exprime aujourd'hui ses remerciements et ses voeux.

Pour combler ces vides, de nouvelles et jeunes forces nous sont arrivées, en plus grand nombre encore, ce qui nous réjouit. Vingt-neuf nouveaux professeurs sont en effet entrés au Sénat. Ils me pardonneront, je l'espère, de ne pas les nommer tous, mais de leur souhaiter collectivement la bienvenue. Ce chiffre élevé peut surprendre, mais il s'explique lorsqu'on l'analyse. Douze de ces vingt-neuf nouveaux venus ont repris des chaires devenues vacantes. Huit autres étaient d'anciens chargés de cours qui ont été promus au rang de professeurs, avec ou sans extension de leur enseignement. Dans quatre autres cas encore, ce sont des chaires qui ont été dédoublées, en raison de l'importance qu'elles avaient prise ou de l'afflux des étudiants; il s'agit des chaires d'économie politique générale, d'aménagements hydrauliques, de mathématiques, et d'analyses mathématiques. Deux autres dédoublements ont été décidés, mais ne sont pas encore définitivement réalisés, pour la chimie et la physique expérimentale. Enfin, cinq chaires nouvelles ont été créées: droit comparé, avec un institut, architecture et constructions industrielles, documentation économique et économie

des pays en voie de développement, neurochirurgie, communications de masse. Tout cela montre bien le souci d'adaptation de l'Université.

Lorsque l'on sait qu'à côté de six professeurs associés, quatorze chargés de cours ont en outre été nommés, la plupart pour des enseignements nouveaux ou pour des dédoublements partiels, on ne peut être que reconnaissant au gouvernement vaudois de l'effort ainsi réalisé pour mieux satisfaire nos besoins, sur ce plan-là au moins.

L'augmentation du nombre des enseignants résulte d'ailleurs d'une évolution à laquelle ne saurait se soustraire une université désireuse de rester à la hauteur de sa tâche. Elle tient à l'élargissement incessant des connaissances humaines, qui fait apparaître de nouvelles disciplines. Elle tient aussi au développement du travail en petits groupes, à côté du cours ex cathedra qui garde toute sa valeur. Elle tient enfin à l'effectif croissant des étudiants. Le rôle de ce dernier facteur est peut-être moins évident que dans l'enseignement primaire ou secondaire, mais il est tout aussi réel. L'expérience de toutes les universités montre en effet qu'à partir d'un certain seuil, une relation assez constante s'établit en fait entre le nombre des étudiants et celui des professeurs, par nécessité. C'est bien pourquoi on ne réaliserait guère d'économies en concentrant nos petites universités, comme la suggestion en a parfois été faite.

Cela n'empêche cependant pas de rechercher toutes les coordinations et collaborations possibles, pour les spécialités coûteuses et pour les études complémentaires. De premiers pas dans ce sens ont été franchis en Suisse romande au cours de ces deux ans: l'aménagement à Chavannes-des-Bois d'un pavillon d'astronomie commun aux universités de Lausanne et de Genève, et la récente signature d'une convention entre les cantons de Genève, Neuchâtel et Vaud pour les études de physique au troisième cycle, sans parler d'ententes plus particulières et moins spectaculaires au niveau des facultés. Mais il serait utopique de vouloir concentrer géographiquement les enseignements de base, compte tenu de l'effectif actuel des étudiants et de l'augmentation qu'il subira encore.

De cet effectif, proprement envahissant par rapport aux locaux dont nous disposons, on a beaucoup parlé ces derniers temps sur la place publique. Il vaut cependant la peine de rappeler quelques chiffres, car ils donnent une idée des problèmes devant lesquels nous nous trouvons. Pour l'ensemble de l'Université, Ecole polytechnique comprise, mais sans les auditeurs ni ceux qui ne suivent plus de cours parce que préparant une thèse ou des examens, le nombre des étudiants inscrits a passé en dix ans, entre 1953 et 1963, de 1764 à 3289. L'augmentation est de 86 %; elle atteint 146 % par rapport à 1946, ce qui est énorme, on en conviendra. Ce n'est pas le moment d'analyser ces chiffres, ni leurs causes. Il y faudrait beaucoup plus de temps que je n'en ai. Je me bornerai donc à deux remarques.

La première, c'est que cet afflux va malheureusement de pair avec une certaine baisse de la qualité moyenne, ainsi que le montrent des échecs de plus en plus nombreux. Aussi des mesures sont-elles prises peu à peu pour éliminer, au début des études déjà, ceux qui se révèlent indésirables par paresse ou incapacité. Tâche pénible, qui ne nous incomberait peut-être pas, si l'idée fausse ne se répandait pas de plus en plus qu'il faut, pour réussir dans la vie, avoir passé par l'université, même si l'on en est tout juste capable. La réalité, c'est que seuls les meilleurs s'imposeront ensuite dans leur profession. Parmi les autres, beaucoup se préparent des désillusions, tout en se privant des satisfactions que leur auraient procurées d'autres carrières où l'on a aussi besoin de gens intelligents.

Ma seconde remarque, sur ce point, concerne les étudiants étrangers qui, de 20 %qu'ils étaient en 1946, ont passé à 36 % en 1953 et à 47 % en 1963. C'est, après Genève, la plus forte proportion de toutes les universités d'Europe, à notre connaissance du moins. Nous en sommes d'un certain point de vue très fiers. Nous le serions plus encore si nous étions certains de rendre réellement service à tous ceux que nous accueillons, et à leur pays. Si désireux que nous soyons de rester fidèles à une tradition d'hospitalité qui nous est chère, et d'aider indirectement des pays moins favorisés que le nôtre, il y a des limites à observer, et nous les avons

dépassées. C'est une question de mesure, et d'équilibre, pour toutes sortes de raisons qui ne tiennent pas seulement au manque de place et à des questions financières. Qu'on ne nous accuse donc pas de xénophobie parce que nous avons pris quelques mesures restrictives, d'ailleurs basées sur les aptitudes avant tout.

En dépit cependant d'un renforcement des exigences à l'admission et au début des études, on peut tenir pour certain, d'après les prévisions les mieux fondées, que l'effectif de nos étudiants continuera à augmenter ces prochaines années. Une certaine stabilisation s'est à vrai dire manifestée en hiver 1963/1964, mais au début de ce semestre-ci la courbe ascendante semble repartir de plus belle. L'insuffisance de nos locaux et de notre équipement ne fera donc que s'aggraver, au point de devenir tragique, là où elle ne l'est pas encore. Lorsqu'ils se trouvaient à la place que j'occupe aujourd'hui, mes deux prédécesseurs avaient à ce sujet lancé de vibrants cris d'alarme, chacun dans son style et selon son tempérament. Se joignant à d'autres, ces appels n'auront pas été vains. Deux événements se sont en effet produits, qui nous donnent des raisons d'espérer.

Ce fut tout d'abord une enquête officielle, et de grande envergure, sur la situation et les besoins des universités suisses. Ordonnée par le Département fédéral de l'intérieur, et confiée à une commission que présidait le professeur André Labhardt, actuellement recteur à Neuchâtel, cette enquête a fortement occupé les autorités universitaires pendant tout l'hiver 1962/1963, non sans nous causer quelques soucis. Mais maintenant le résultat est là. C'est un rapport déjà fameux qui confirme par des chiffres saisissants le retard des universités suisses quant à leur équipement, qui justifie l'énormité de leurs besoins actuels et futurs, et qui démontre l'urgente nécessité — dont nous sommes également convaincus — d'une aide financière de la Confédération. Le problème de notre avenir se trouve ainsi posé devant l'opinion publique, et dans toute son ampleur, avec des propositions de solutions. Puissent nos autorités, à tous les échelons, tirer très vite de ce rapport les conclusions qui s'imposent, et passer ensuite aux réalisations, qui ne peuvent plus attendre.

L'autre événement réjouissant, ce fut l'acquisition par l'Etat de Vaud, en été 1963, d'une belle propriété qui nous ouvre de larges perspectives, au propre et au figuré, à l'entrée sud-ouest de la ville. Dès l'automne 1962, au moment où commençait l'enquête de la commission Labhardt, il était clairement apparu que les éléments de notre Université qui se trouvent à la Cité et dans les environs étaient menacés d'étouffement définitif, sans remède possible. Il n'y avait qu'une solution: sortir des murs de la ville, pour trouver au-dehors les espaces nécessaires à un développement rationnel. Cette idée commençait à mûrir dans les esprits lorsque se présenta pour l'Etat de Vaud l'occasion unique, et inattendue, d'acquérir la propriété de Dorigny. L'Université est aujourd'hui très reconnaissante aux autorités vaudoises, et à vous très spécialement, Monsieur le Conseiller d'Etat, d'avoir saisi cette occasion en agissant très vite. Elle vous est reconnaissante aussi de n'en être pas resté là, mais d'avoir, sur notre suggestion, mis aussitôt en oeuvre une petite commission chargée de procéder au recensement de nos besoins en terrains et en locaux, compte tenu de l'évolution prévisible des choses dans un large avenir, pour préparer la reconstruction partielle de l'Université sur de nouveaux emplacements. Sous l'active et dévouée présidence d'un réalisateur plein d'expérience et de sagesse, M. Emmanuel Faillettaz, cette commission va arriver sous peu au terme de ses travaux. Son rapport, j'en suis certain, fera date comme celui de la commission Labhardt, dont il confirmera d'ailleurs les conclusions. Ce ne sera cependant pas un aboutissement, mais une base de départ pour une action qui devra se déclencher sans délai, tant l'urgence devient grande.

En attendant, nous allons au plus pressé, en continuant à user de moyens de fortune souvent très coûteux pour ce qu'ils nous procurent. C'est ainsi que la salle Tissot, au Palais de Rumine, a été transformée en auditoire, que quelques locaux nouveaux ont pu être gagnés, voire conquis de haute lutte, dans le quartier de la Cité et aux alentours, notamment dans les deux bâtiments de la place du Château qu'occupait le Service cantonal des transports. C'est là que s'aménage, pour l'Ecole des HEC et ses cinq cents étudiants,

une bibliothèque avec salle de travail qui, nous osons à peine l'avouer, manquait complètement jusqu'à maintenant. C'est là aussi que s'est installé notre nouvel Office social, créé en automne 1963 pour nos étudiants lorsqu'ils ont besoin de conseils et d'appuis de toutes sortes.

Les questions sociales prennent en fait de plus en plus de place dans la vie de l'Université. La plus angoissante, pendant ces deux ans, ce fut bien celle du logement. Ce ne sont pas seulement les étudiants étrangers qui ont besoin de chambres, mais aussi de nombreux Suisses. En effet, d'après une statistique faite au dernier semestre d'été, nous avions près de mille Confédérés dont les parents habitent hors du canton et qui doivent donc trouver un logement dans leur ville d'études. Les chambres à louer chez des particuliers se faisant de plus en plus rares, et de plus en plus coûteuses, il faut absolument construire des maisons d'étudiants, ce qui demande de l'argent, et des terrains aussi, chose encore plus difficile à trouver. De premières réalisations sont en cours, grâce aux efforts conjugués des pouvoirs publics et de l'initiative privée, grâce. en particulier au magnifique don d'un million d'une importante entreprise du canton. Mais il reste encore beaucoup à faire.

Ainsi, les problèmes ne manquent pas, et ne manqueront pas à l'avenir. Il en est d'ailleurs, et non des moindres, que je n'ai même pas abordés ici: équivalences entre universités, recherche d'un juste équilibre entre les diverses facultés et écoles, adaptation des programmes d'études et d'examens, développement de la recherche scientifique, et d'autres encore.

Tous ces problèmes demandent de la continuité dans la réflexion, puis dans l'action. Or, il faut bien reconnaître que l'organisation traditionnelle des universités n'assure pas assez cette continuité. On nous reproche aussi de vivre et d'agir dans un certain isolement, sans contact suffisant avec les divers milieux du pays. On nous adresse alors des critiques qui sont parfois justifiées, mais dont certaines tomberaient peut-être d'elles-mêmes si, à l'extérieur, on connaissait mieux nos problèmes et leurs données réelles.

C'est ce qui a amené les autorités universitaires à proposer la création d'un nouvel organe, le Conseil académique, auquel le Gouvernement vaudois a donné légalement vie par un arrêté du 24 mars 1964. De caractère consultatif, ce conseil comprend quinze membres: le recteur, le prorecteur, le recteur désigné, et le directeur de l'EPUL, qui en font partie de droit, et onze membres élus par le Sénat universitaire, dont quatre professeurs, et sept personnalités choisies en dehors de l'Université, dans divers milieux, en raison de leur expérience et de l'intérêt qu'elles portent à notre maison. La première élection a eu lieu en juillet dernier, pour quatre ans, et toutes les personnalités élues nous ont fait le plaisir d'accepter leur élection. Nous leur en disons notre vive gratitude. L'Université attend beaucoup de cette nouvelle institution, qui lui permettra sans doute d'engager d'utiles dialogues, de recueillir de précieux avis, et de mieux définir une politique générale, avec le concours actif d'hommes expérimentés.

Peut-être d'autres réformes seraient-elles nécessaires, en ce qui concerne les autorités universitaires. Mais on ne pouvait pas tout faire à la fois, d'autant moins que les circonstances nous ont amenés, cette année-ci, à réorganiser le secrétariat général. On sait en effet que M. Jean-Paul Chatelanat, qui occupait le poste de secrétaire général depuis sa création en 1950, et qui s'y était distingué par des qualités auxquelles je tiens à rendre une dernière fois hommage, nous a quittés à fin juin pour reprendre d'autres fonctions. Il sera remplacé dès le début de l'an prochain par M. Jacques Béglinger, docteur en droit de notre Université. Survenant presque en même temps, après plus de trente ans de dévoués services, le prochain départ de notre secrétaire-caissière, Mme Sallaz, entraînera la réorganisation d'une administration qui n'était plus adaptée à nos besoins. Un nouveau poste de chef de bureau vient d'être créé, et pourvu. Les tâches de chacun devront être définies sur de nouvelles bases, et les méthodes modernisées.

Sur le plan des relations extérieures, disons deux mots des contacts que nous cherchons à maintenir avec d'autres universités,

suisses et étrangères. En juillet 1963, une séance commune de notre Commission universitaire et du Bureau du Sénat de l'Université de Genève nous permit d'aborder divers problèmes d'intérêt commun. Le Recteur eut en outre le privilège d'assister à l'inauguration des nouveaux bâtiments de la haute école de Saint-Gall, à un colloque international sur l'habitat de l'étudiant, à Dijon et à Paris, et à la séance solennelle de rentrée de l'Université de Strasbourg. Il eut aussi la très grande chance de visiter quelques universités allemandes et d'avoir à Bonn d'instructifs entretiens avec diverses personnalités s'occupant de problèmes universitaires, grâce à une très obligeante invitation du gouvernement de la République fédérale. Il participa enfin à l'assemblée constitutive de la Conférence permanente des recteurs et vice-chanceliers des universités européennes, à Göttingen, conférence à laquelle toutes les universités suisses ont adhéré. Ces contacts permettent d'utiles échanges d'idées et d'expériences. Ils nous montrent que les problèmes universitaires sont aujourd'hui partout les mêmes, et de la même gravité. Mais ils nous montrent aussi avec quelle hardiesse on les affronte ailleurs.

Lors de mon installation, voici deux ans, je m'étais adressé pour commencer aux étudiants. Qu'ils ne m'en veuillent donc pas si, pour changer, c'est en dernier ou presque qu'aujourd'hui je parle d'eux, et de nos relations.

Lorsque, pendant ces deux ans, on me demandait à gauche ou à droite comment allaient et se comportaient nos étudiants, je répondais volontiers: lesquels? C'est qu'il serait injuste, et faux, de les considérer tous de la même façon.

Les uns, qui forment la grosse majorité, mènent leurs études sans se faire remarquer, avec une discipline dont je me plais à relever qu'elle n'a presque jamais été troublée, mais dans un certain isolement, en ne se liant guère qu'au sein d'un petit groupe d'amis. Ils considèrent apparemment qu'à ce stade de leur vie, leur rôle est avant tout d'étudier, de se former l'esprit et le jugement, pour se préparer à d'autres responsabilités qui seront les leurs plus tard seulement. A ceux-là, je ne saurais pour ma part donner tort en

principe, bien au contraire. Mais on peut cependant leur reprocher de trop ignorer que, nolens volens, ils font déjà partie d'une collectivité, et que cela implique des devoirs très proches du devoir civique. Repliés sur eux-mêmes, sauf de marquantes mais trop rares exceptions, ils laissent à d'autres le soin de décider et d'agir au nom de tous, quitte à critiquer ensuite, en se plaignant d'être mal représentés.

C'est alors une petite minorité, pas toujours très représentative quant à ses tendances dominantes, qui agit, élit et compose les comités, oriente et mène les entreprises estudiantines. Ceux qui la forment, cette minorité, sont animés du désir très louable de prendre des responsabilités, de jouer un rôle, de s'enthousiasmer pour une idée ou pour quelque chose. Et dans leur action, il y a beaucoup de positif, beaucoup d'utile aussi, pour nous comme pour eux. Même si nos points de vue ne concordaient pas toujours, ce qui était inévitable, nous avons pu en toutes circonstances, ces dirigeants et moi, entretenir de bonnes relations et de franches discussions, dont nous avons je crois retiré quelque chose les uns et les autres. Qu'ils me permettent toutefois de répéter ici ce que je leur ai souvent déclaré: c'est que leur action serait sans doute plus efficace, et leur attirerait plus de sympathie, s'ils se montraient moins doctrinaires, et plus réalistes, s'ils concentraient leurs efforts, mais avec continuité, sur quelques objectifs raisonnables, et il y en a assez dans leur vaste programme, s'ils renonçaient à prendre des positions de combat sur des problèmes qu'ils n'ont pas sérieusement étudiés, s'ils se contentaient enfin de revendiquer des responsabilités là où il est bon qu'ils en assument, et nous laissaient les nôtres.

Après ces propos que d'aucuns qualifieront sans doute d'affreusement «paternalistes», me voici arrivé au moment agréable des remerciements que je dois à tous ceux qui m'ont facilité la tâche.

A vous tout d'abord, Monsieur le Conseiller d'Etat, qui n'avez cessé de manifester l'intérêt le plus vif et le plus actif pour l'Université, ne mesurant ni votre temps ni votre peine, sachant toujours écouter, comprendre et juger avec objectivité, en me témoignant

personnellement une confiance et une bienveillance dont vous m'avez donné une nouvelle preuve dans vos aimables propos de tout à l'heure, et dont je vous reste très reconnaissant.

A mes collègues de la Commission universitaire, que je n'ai certes pas ménagés en leur imposant trente-deux séances parfois fort longues, mais qui m'ont constamment aidé et appuyé dans le meilleur esprit d'équipe.

A M. Jean-Paul Chatelanat, dont j'ai déjà dit les mérites, puis à M. le professeur Ernest Giddey, qui nous rend l'inestimable service d'assumer la lourde tâche de secrétaire général ad interim, cela avec autant de savoir-faire que d'abnégation.

A tout le personnel du secrétariat enfin, dont le dévouement a été exemplaire dans des circonstances rendues difficiles par des départs et des maladies.

Et maintenant, Monsieur le Recteur, c'est à vous que je m'adresse. L'an dernier, à pareille époque, dans cette même salle, vous étiez solennellement promu au rang de professeur ordinaire. On a rappelé à cette occasion votre belle et rapide carrière de dermatologue, ce qui me dispense de vous présenter longuement. Doyen de la Faculté de médecine ces deux dernières années, vous passez directement du décanat au rectorat, ce qui est rare sinon unique. Vous êtes ainsi bien préparé en fait à votre nouvelle tâche, dans laquelle vous serez servi par votre puissance de travail, votre clarté, votre esprit de décision et votre fermeté de caractère. Si elle paraît parfois bien pesante, cette tâche — vous le verrez — a aussi de très beaux côtés. Je vous souhaite en terminant d'y trouver autant de satisfaction que j'en ai trouvé moi-même, assuré que vous êtes de l'entière confiance de tous vos collègues.