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Rektorats Reden © Prof. Schwinges

Allocution du professeur Werner Sörensen

RECTEUR SORTANT DE CHARGE

Madame la présidente du Grand Conseil,Monsieur le président du Conseil d'Etat,Monsieur le chef du Département de l'instruction publique,Messieurs les représentants des autorités constituées,Messieurs les recteurs et professeurs délégués de l'EPFZ et des universités de Berne, Saint-Gall, Lausanne et Fribourg, Chers collègues, chers étudiants, Mesdames et Messieurs,

Au nom de l'Université de Neuchâtel, je vous souhaite une cordiale bienvenue et vous remercie de participer à notre fête et de témoigner par là de l'intérêt que vous portez à notre haute école,

Mesdames, Messieurs,

Ce n'est pas sans émotion que je m'adresse à vous, pour la sixième et dernière fois, à l'occasion d'un Dies academicus, et je me sens pressé de dire ma reconnaissance aux autorités qui nous ont accordé leur confiance et à tous ceux qui ont partagé avec nous le souci d'administrer et de diriger l'Université,

Au Conseiller d'Etat François Jeanneret, tout d'abord, que ses lourdes responsabilités à la tête de la Conférence universitaire suisse n'ont pas détourné des problèmes spécifiques de notre petite université,

à Monsieur Jean-Daniel Perret, chef du Service de l'enseignement universitaire, que nous avons vu grandir avec sa fonction, en qui l'Université compte un ami et le rectorat un partenaire très efficace,

à Messieurs les vice-recteurs Jean Rychner et Jean-Louis Juvet, à qui je dois d'innombrables séances amicales ou houleuses à l'image de la vie, au cours desquelles nous avons tenté d'aborder et de résoudre les problèmes posés par le développement et la gestion de l'Université et qui ont représenté avec distinction notre université dans les conférences et commissions traitant de problèmes similaires au plan national ou romand,

à Monsieur le Secrétaire général Maurice Vuithier, membre du rectorat, dont j'ai pu apprécier chaque jour le dévouement éclairé, l'indépendance de jugement et la discrétion,

à vous, Messieurs les doyens et chers collègues, qui avez accepté sans trop d'humeur notre rôle d'intermédiaire obligé entre l'Université et le Département de l'instruction publique,

à vous enfin, Mesdames et Messieurs les membres du personnel, dont le dévouement, si souvent, est allé bien au-delà de vos obligations professionnelles,

Pour l'Université de Neuchâtel, l'année universitaire qui s'achève marque le terme d'une période de quatre ans, au cours de laquelle la loi de 1971 sur l'organisation des autorités universitaires a été mise à l'épreuve, Il ne m'appartient pas de juger ici, unilatéralement, du succès ou de l'échec de cette épreuve en ce qui concerne la participation des étudiants et du corps intermédiaire à l'examen des problèmes universitaires. Disons pourtant que, de l'avis du rectorat, cette participation a créé un climat nouveau et au total bénéfique au sein des autorités universitaires à tous les niveaux, Quant à l'objectif «ouverture au Pays», qui reste un souci constant de l'Université, il serait téméraire d'affirmer qu'il est atteint, Je tiens néanmoins à exprimer, au nom du rectorat, ma très vive gratitude au Conseil de l'Université et à son président, Me Pierre Aubert, pour l'intérêt soutenu qu'ils ont porté à nos problèmes, pour les impulsions qu'ils ont données à nos réflexions et pour quelques suggestions traduites en autant d'heureuses réalisations.

Permettez-moi de m'arrêter un peu plus longuement au premier objectif visé par la loi: doter l'Université d'un gouvernement capable de fixer les lignes directrices d'une politique universitaire. Sur ce point, nous ne pouvons que nous féliciter des rapports, non de subordination mais de coopération, qui se sont institués progressivement entre le rectorat et le Service de l'enseignement universitaire du Département de l'instruction publique. Nous sommes convaincus que dans cette coopération réside la clef du succès de l'entreprise:

au rectorat de favoriser la promotion de projets qui portent en eux des garanties réelles de succès, de distinguer les développements réellement nécessaires et ceux qui naissent par contagion,

au Service de l'enseignement universitaire d'imaginer les formules et les formulations qui trouveront l'appui des autorités politiques.

Au cours de cette période, et pour la première fois, un plan de développement de l'Université a été dressé, groupant ce qu'on devait bien appeler les besoins de rattrapage et des projets nouveaux, auxquels des circonstances favorables promettaient quelque succès. Une première phase de réalisation, en automne 1 972, une deuxième, plus modeste, en automne 1 973 donnaient à l'Université un élan magnifique, permettant le dédoublement de chaires par trop composites, l'amélioration des plans d'études, un encadrement meilleur des étudiants, la constitution de groupes de recherche compétitifs. Hélas, le reflux de la conjoncture stoppait cet élan dès l'automne 1974, annonçant le coup dur de 1975.

L'Université ne pouvait et ne devait pas se soustraire aux conséquences de la récession qui frappe notre canton de manière particulièrement grave. Elle avait accepté de préparer un budget stabilisé globalement aux chiffres du budget précédent, ce qui représentait déjà, en valeur réelle, une diminution de 8% environ. Une réduction supplémentaire de 1 million lui était cependant imposée à fin septembre, créant une situation difficile pour ne pas dire dramatique. Le Rectorat a fait face. Contraint d'opérer une diminution du poste des traitements de Fr. 700000.-, il a proposé et fait aboutir, pour éviter le démantèlement du corps des assistants, une mesure qui à ma connaissance est unique: une rétrocession volontaire de 3% des traitements pour les professeurs, chargés de cours et chefs de travaux. Finalement, la contraction du corps intermédiaire a pu être ramenée à l'équivalent de 10 postes d'assistants, le nombre de ceux-ci passant de 80 à 70. Ce sacrifice est particulièrement pénible quand on sait le rôle joué par les assistants dans la formation des étudiants et leur contribution à la recherche dans l'université. Il convient pourtant de dire qu'elle n'entraînera aucun licenciement et s'obtiendra par la non-reconduction ou la reconduction partielle seulement de postes laissés vacants. On ne se méprendra pas sur la caution que l'Université a par là donnée à une mesure qui lui était d'ailleurs imposée: elle traduit la volonté d'adapter son rythme de vie aux difficiles conditions actuelles, en parfaite solidarité avec notre peuple tout entier. Mais l'Université repousse avec netteté, d'où qu'elle vienne, toute déclaration qui présenterait cette mesure comme un simple retour à une situation plus saine.

Et l'avenir? Les développements et nécessaires restructurations de l'Université imposeront des choix et la fixation de priorités. Encore faut-il dire immédiatement que ceux-ci ne s'obtiendront pas par l'adoption naïve de critères établis pour des établissements plus importants, pas plus que par l'élimination systématique de disciplines dites coûteuses. Soumettre les activités de notre université à une analyse primairement économique reviendrait à un suicide. La réponse ne sortira pas de l'ordinateur; quand on lui poserait la question «quelle discipline choisir dans laquelle notre université pourrait rayonner sans qu'il en coûte trop cher?» la réponse viendrait: «Aucune!»

Il ne faut pas se leurrer, il ne peut plus aujourd'hui exister d'université au rabais. La première condition à remplir est de rester attractive pour les étudiants de notre canton lui-même, ce qui implique un éventail suffisant de formations possibles et un ensemble de spécialisations fortes, capables d'attirer les esprits les plus vigoureux. Le président Kennedy pouvait décider de poser un Américain sur la Lune dans un délai de dix ans et y mettre le prix. L'Université de Neuchâtel n'aura pas la même liberté de choix et la constitution de disciplines dynamiques et finalement fortes dépendra toujours, pour une part, d'éléments imprévisibles, comme par exemple l'éclosion d'un talent exceptionnel de pédagogue et de chercheur chez l'un de ses maîtres.

C'est notre lot ne ne pouvoir faire appel à de grands savants confirmés et c'est notre fierté de voir s'épanouir les talents que nous avons reconnus les premiers.

Soyons convaincus que le maintien et l'épanouissement de notre université dépendront non pas tant de considérations économiques que de la persistance en nous d'une certaine foi qui animait les fondateurs de l'Université. Mesurons-nous encore à leur juste prix

— la chance de pouvoir former nos enseignants, nos juristes et nos pasteurs;

— le privilège de retenir chez nous les jeunes esprits les plus brillants, irrésistiblement attirés par la vie des villes universitaires;

— la qualité de vie que l'Université, par ses chercheurs, apporte à nos musées ou nos écoles;

— le stimulant que nos institutions constituent pour l'industrie et l'économie régionales?

Là, me semble-t-il, est la vraie question.

Mesdames et Messieurs les membres des autorités politiques, nous savons les problèmes difficiles auxquels vous êtes confrontés et comprenons que l'Université puisse vous paraître gourmande: 12 millions, ce n'est pas rien pour le budget de ce canton. Il s'y ajoute 6 millions de subventions fédérales et près de 3 millions de subsides du Fonds national, si bien que les salaires payés aux professeurs et collaborateurs de l'Université doivent approcher la somme de 16 millions: près de 4 millions retournent donc sous forme d'impôts dans les caisses cantonale et communale. Et qu'adviendrait-il des 700 étudiants neuchâtelois étudiant dans notre université si celle-ci n'existait pas? Un système de bourses généralisé, tel que le connaissent certains cantons non universitaires, aurait à les prendre en charge, entraînant lui aussi une dépense de 4 ou 5 millions. Voilà qui éclaire sous un jour bien différent l'investissement consenti à l'Université. Mais laissons là ces chiffres...

Vous portez avec vous un héritage prestigieux, l'un des témoins de la conscience que notre petit peuple a de ses possibilités. Nous ne pourrons le maintenir que si vous faites confiance à l'Université et nous saurons mériter cette confiance.

Werner Sörensen.