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Rektorats Reden © Prof. Schwinges

DIES ACADEMICUS 1978

LIBRAIRIE PAYOT
LIBRAIRIE DE L'UNIVERSITÉ
LAUSANNE 1978

DISCOURS DE M.

DOMINIQUE RIVIER, PROFESSEUR,

RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ

Monsieur le Président du Conseil d'Etat,

Il y a une année, en de semblables circonstances, l'Université de Lausanne était plongée dans l'expectative. Deux textes de loi se trouvaient en sursis, l'un devant le Grand Conseil vaudois, l'autre devant le peuple suisse, qui devaient être déterminants pour l'avenir de la Haute Ecole lausannoise.

C'est sans changements notables que le Projet de loi sur l'Université de Lausanne a été adopté par le parlement cantonal, le 6 décembre 1977. En dépit ou peut-être à cause de la qualité d'une opposition qui, avec la majorité, s'employa afin de maintenir élevé le niveau des débats, le Grand Conseil s'est prononcé nettement en faveur de propositions dont l'essentiel avait reçu l'aval des autorités universitaires. Cela est vrai de l'organisation du pouvoir, de la répartition des tâches et de la participation des étudiants, cela vaut enfin et surtout pour l'accroissement substantiel d'autonomie accordé à l'Université, par la compétence qui lui est désormais reconnue d'élaborer son budget et de préparer son plan de développement.

Point n'est besoin de souligner ici, Monsieur le Président, le rôle éminent et décisif que vous avez joué dans le succès d'une entreprise qui, l'on s'en rend compte aujourd'hui, n'était exempte ni d'embûches ni de difficultés. Singulièrement sur le plan politique, l'Université se découvre, à son grand dam, l'objet de discussions, voire de marchandages, parfois obscurs et passionnés.

On s'en est bien rendu compte dans les semaines qui ont précédé la votation fédérale des 27 et 28 mai, conséquence du référendum lancé contre la Loi sur l'aide aux hautes écoles et à la recherche. Elaboré avec une patience et des soins inhabituels, le texte avait

été adopté à une très large majorité par les deux Chambres fédérales et il bénéficiait de l'appui de l'ensemble des hautes écoles comme de celui des cantons ayant une université. Rien n'y fit: la loi ne trouva aucune grâce devant le peuple, apparemment plus soucieux de mettre un frein aux dépenses formidables de la Confédération que de voir s'installer un hypothétique numerus clausus dans l'enseignement supérieur.

C'est avec satisfaction que l'Université a salué l'action du gouvernement vaudois en vue de soutenir un texte qui visait notamment à promouvoir l'autonomie des universités suisses. Non parce que la loi permettait à ces dernières d'espérer une augmentation des subventions versées par l'Etat central, mais bien parce que le nouveau texte leur donnait la possibilité de mettre fin à certains abus, notamment au dilettantisme parfois coûteux qui a caractérisé, et caractérise encore, le développement de l'enseignement supérieur en Suisse.

Monsieur le Président du Conseil d'Etat,

Tout au long des débats au Conseil national, comme durant toute la compagne référendaire, vous n'avez ménagé ni vos talents de débatteur ni votre engagement en faveur d'une loi qui servait la cause des universités! Pour cela aussi, nous vous disons notre gratitude.

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les membres du Sénat, Mesdames, Messieurs les membres du corps enseignant, mes chers collègues, Mesdemoiselles les étudiantes, Messieurs les étudiants, Mesdames, Messieurs,

Si les échéances sont passées, si les décisions du souverain sont tombées, si des hypothèques sont momentanément levées, l'horizon

ne s'est pas nécessairement éclairci pour l'Université de Lausanne. Tant s'en faut.

Examinons pour commencer les choses sur le plan vaudois. Certes, l'on sait tout le poids du texte légal, particulièrement lorsque celui-ci — comme c'est le cas pour la loi sur l'Université de Lausanne —n'impose pas seulement un cadre mais affirme un choix: dans sa politique de développement, dans ses options principales, la Haute Ecole vaudoise continuera d'être dirigée par le corps professoral, c'est-à-dire par ceux-là mêmes qui ont été choisis pour leur aptitude à l'enseignement ou leur habileté dans la recherche et qui ont accepté de consacrer leur vie à l'Université.

Cela dit, tout le monde connaît l'importance du correctif que peut être, dans la mise en oeuvre d'une loi, ce qu'on appelle les dispositions d'application. N'offrent-elles pas, ces dispositions souvent tenues pour anodines, l'occasion de redresser la situation à tous ceux que le texte légal peut laisser insatisfaits —les uns déçus de n'avoir pu imposer leurs vues, les autres s'estimant privés de droits essentiels. C'est ainsi qu'on ne peut négliger le risque de voir introduire dans ces dispositions telle incidente qui viderait de sa substance tel article de la loi, ou encore tel alinéa qui, à l'usage, se révélerait contraire à l'esprit sinon à la lettre du texte légal.

Que ces remarques puissent concerner aussi la nouvelle loi sur l'Université ne paraît pas impossible. Parmi les dispositions d'application ne figurent en effet pas seulement le Règlement général de l'Université qui doit assurer le bon fonctionnement interne de l'institution, mais aussi un ensemble de textes dont certains préciseront le mode de collaboration de l'Université avec l'administration, dont d'autres fixeront les conditions d'engagement et de retraite du personnel enseignant, dont d'autres enfin assureront l'indispensable cohérence avec des textes légaux connexes, comme la loi sur l'organisation sanitaire, si importante pour la Faculté de médecine.

C'est dire que l'Université ne peut encore se considérer comme libérée de la tâche qui consiste à veiller à ce qu'une orientation satisfaisante soit donnée aux textes légaux et réglementaires qui,

des décennies durant, devront servir de cadre à ses activités d'enseignement et de recherche. N'oublions pas que la dernière loi sur l'Université date de 1916 et le dernier Règlement général de 1918!

Laissons les affaires vaudoises pour passer au plan suisse: il faut constater que la situation ne s'y présente pas de façon plus favorable. Certes, nombreux sont ceux qui diront —et avec eux la plupart des opposants à la défunte loi sur l'aide aux hautes écoles et à la recherche: «A quoi bon s'inquiéter? Les universités se sont fort bien développées depuis dix ans. Cela ne prouve-t-il pas que la loi fédérale d'aide aux universités de 1968 n'est pas si mauvaise qu'on veut bien le dire, et qu'elle peut encore servir?» Naïfs ou non, les optimistes qui tiennent ce langage ignorent deux faits importants: le premier, c'est que, de 1968 à 1974, les universités ont bénéficié d'une période d'expansion exceptionnelle, durant laquelle, en valeur relative, le PNB a crû à peu près aussi vite que le nombre des étudiants; le second, c'est que si les universités se sont effectivement développées durant cette période, ce n'est pas sans laisser des lacunes et créer parfois des doubles emplois ou des inégalités de traitement dont beaucoup se passeraient fort bien.

Or les circonstances ont aujourd'hui changé: le taux annuel d'accroissement en valeur réelle du PNB est tombé au-dessous de celui du nombre des étudiants qui, aux dernières nouvelles, ne diminue guère. Bien plus, les experts affirment que ce taux d'augmentation se maintiendra encore plusieurs années pour faire place, d'ici dix ans environ, à une diminution plus ou moins rapide. Ce double phénomène de croissance, puis de décroissance, est souvent appelé outre-Sarine du nom poétique —et helvétique —de «Studentenberg». Mais il y a autre chose: ce déséquilibre croissant entre la demande sociale d'une part et les possibilités financières du pays d'autre part se produit précisément à un moment où —conséquence de l'évolution des méthodes et de la sophistication des techniques — le coût spécifique de l'enseignement et de la recherche augmente rapidement, indépendamment du nombre des étudiants. C'est précisément dans cette double impasse budgétaire que les universités doivent maintenant vivre avec une loi dépassée, tolérant, comme on l'a vu, les inégalités de traitement, les investissements

en ordre dispersé et la concurrence absurde et dispendieuse des prestiges —laquelle n'a rien à voir avec l'indispensable émulation scientifique.

Mais rien ne sert de se lamenter. Les universités ont mieux à faire. Cet objectif indispensable qu'il n'a pas été possible d'atteindre par la voie politique —à savoir l'obligation faite à toutes nos hautes écoles de se concerter en vue d'arrêter une politique de développement qui permette la meilleure utilisation de moyens limités —pourquoi les universités ne tenteraient-elles pas d'y parvenir par elles-mêmes, avec l'appui de tous ceux qui accepteraient la primauté de cet objectif?

Cependant, pour réussir dans une telle entreprise, il convient de regarder la réalité en face.

D'emblée une constatation s'impose: aussi longtemps que les universités cantonales ne disposeront pas toutes de l'autonomie suffisante, notamment celle qui leur attribue, comme c'est le cas à Genève, Neuchâtel et Lausanne, la responsabilité de préparer le budget et d'élaborer le plan de développement, aussi longtemps que ces compétences ne seront pas celles de toutes les universités cantonales, il sera très difficile à ces dernières d'atteindre à une certaine efficacité en matière de coordination, car les conditions d'un dialogue associant les responsables de toutes les hautes écoles ne sont pas satisfaites.

Lever cet obstacle de taille n'est pas l'affaire d'un jour. Il s'agit d'ailleurs d'un problème de politique intérieure cantonale, dans laquelle il serait aussi impertinent qu'illusoire pour les universités de vouloir s'immiscer. Autonomie et fédéralisme obligent!

Mais la difficulté ne doit pas servir de prétexte à l'inaction. Bien au contraire. Cela d'autant plus qu'il existe un certain nombre de problèmes urgents qui préoccupent l'ensemble des hautes écoles et dont la solution ne saurait être trouvée précisément qu'avec l'aide de ces mêmes hautes écoles.

Parmi ces problèmes, il en est deux qui, depuis un certain temps déjà, s'imposent à la fois par la gravité et la généralité. Présenter ces deux problèmes, puis en analyser sommairement les données, fera l'objet de la seconde partie de ce discours.

Le premier problème concerne les moyens de restaurer des conditions satisfaisantes pour le renouvellement du corps enseignant. Quant au second, il traite de l'opportunité de limiter ou non l'accès aux études universitaires —c'est le problème maintes fois débattu du numerus clausus.

L'ordre dans lequel sont abordés ces deux problèmes n'est pas le fait du hasard. Avant d'accepter des étudiants, il faut savoir si l'on a les moyens de les accueillir, et singulièrement des professeurs pour les enseigner. L'analyse des circonstances qui ont conduit aux événements de mai 1968, comme les études qui viennent de paraître sur la récente histoire des universités dans certains pays d'Europe, ne laissent guère de doute à cet égard. Admettre des étudiants en surnombre sans auparavant mettre en place les moyens indispensables pour les accueillir n'est pas seulement une tromperie à leur égard. Ce n'est pas seulement détruire à plus ou moins long terme l'institution universitaire, c'est transformer les universités en de véritables détonateurs politiques. La France, l'Allemagne et l'Italie en ont fait, à divers degrés, l'expérience. Serait-ce qu'à notre tour nous voudrions en donner la démonstration? Commençons donc par nous occuper du corps enseignant.

De tout temps et dans tous les pays, le renouvellement du corps enseignant de l'Université a été l'objet de soins particulièrement attentifs de la part des organes responsables. La raison est simple: en règle générale, le professeur qui a atteint ou dépassé 35 ans au moment de sa nomination, a les plus grandes chances de faire toute sa carrière à l'Université. Un vice-chancelier britannique remarquait récemment que les professeurs d'université ne démissionnent jamais et qu'ils meurent rarement. Au surplus, il est très exceptionnel qu'une haute école ait de justes motifs pour se séparer d'un de ses maîtres: ainsi la cause la plus fréquente du départ d'un professeur avant l'âge de la retraite est l'appel dans une autre université.

Remarquons en passant que cette stabilité relative du corps enseignant rend d'autant plus nécessaires ces deux correctifs suivants.

Premièrement une grande mobilité en début de carrière académique: il est souhaitable qu'avant de se fixer dans une université le professeur ait connu comme assistant, privat-docent ou professeur, la vie d'une autre communauté d'enseignants et de chercheurs; secondement une mobilité concertée tout au long de la carrière: il est bon que, périodiquement, le professeur puisse faire des stages prolongés dans des centres de recherches hors de son université. L'échange des idées et des hommes est en effet indispensable à l'institution qui, responsable de l'avancement de l'enseignement et de la recherche, doit plus que tout autre échapper au mal du provincialisme. C'est précisément dans ce but que beaucoup d'universités ont institué le «congé scientifique» —l'équivalent du sabbatical leave des Anglo-Saxons —et il faut être reconnaissant aux autorités politiques de ce canton d'avoir inscrit cette obligation dans la nouvelle loi vaudoise sur l'Université de Lausanne.

Mais revenons au problème du renouvellement du corps enseignant. Les remarques faites plus haut montrent que la nomination d'un professeur est l'un des actes, sinon l'acte le plus important accompli par l'autorité universitaire: n'engage-t-il pas souvent, pour plus d'un quart de siècle, l'activité entière d'un secteur, recherche et enseignement?

Or, par le jeu des malices de la conjoncture, cette stabilité souhaitable du corps professoral devient aujourd'hui la cause de difficultés nouvelles. Le phénomène est connu: pour faire face à l'expansion rapide de ces dernières années, il a fallu nommer beaucoup de professeurs non seulement dans les disciplines traditionnelles, mais aussi et surtout dans les disciplines nouvelles comme l'informatique, la sociologie, l'économétrie, la biophysique, pour n'en citer que quelques-unes. Force a donc été non seulement de recourir à des enseignants parfois fort jeunes, mais aussi de stimuler le développement de nouveaux instituts abritant une majorité de jeunes talents. A l'Université aussi, «la valeur n'attend pas le nombre des années!»

Et puis la récession est venue, qui a parfois entraîné le blocage du nombre des postes de professeurs. C'est ainsi que, dans la plupart des universités d'Occident, la situation suivante tend à se

généraliser: d'une part une très grande partie des postes de professeurs sont occupés par des hommes entre trente et quarante ans qui, selon toute probabilité, resteront en place une trentaine d'années encore. D'autre part, il existe un nombre relativement élevé de personnalités de valeur, dont l'âge se situe entre 25 et 35 ans, et qui toutes seraient de bons candidats à la carrière académique. Cet élargissement par le bas de la pyramide des âges du corps enseignant présente deux inconvénients. En premier lieu, pendant une trentaine d'années environ, le corps professoral va vieillir sans se renouveler substantiellement, ce qui peut être lourd de conséquences pour la recherche comme pour l'enseignement. Ces activités sont, on l'a dit, particulièrement sensibles au manque d'air frais. En second lieu, pratiquement privés de toute chance d'avancement dans le cursus honorum, les talents les plus dynamiques —qui sont aussi les plus prometteurs —quittent l'Université.

Il y a deux ou trois ans déjà que l'on étudie les moyens de sortir de cette impasse. Diverses solutions ont été proposées, qui vont de la mise à la retraite anticipée des professeurs les plus âgés à l'obligation pour tous les enseignants de faire des stages prolongés hors de l'Université. Ces solutions se heurtent toutes à de sérieux obstacles, notamment de nature éthique. En République fédérale d'Allemagne, la Deutsche Forschungsgemeinschaft a récemment institutionnalisé une solution élégante, sous le nom de Heisenberg-Programm. Il s'agit d'un système de bourses à l'intention de «jeunes savants hautement qualifiés». Le bénéficiaire d'une bourse peut travailler pendant cinq ans dans l'université de son choix, pour autant qu'il ait été agréé. Il est trop tôt pour juger des résultats. Notons cependant que le système n'offre qu'un sursis. Faute d'un appel venu de quelque université, le boursier risque, après cinq ans, de se trouver dans une situation tout aussi, sinon plus critique. Face à cette ambiguïté, des mauvaises langues n'ont pas craint d'affirmer que ce n'était point pur hasard si le programme avait été baptisé du nom de l'inventeur des relations d'incertitude qui ont bouleversé la Physique moderne.

II faut mentionner ici les résultats d'une étude récemment menée en Angleterre dans le but de comparer les avantages et les inconvénients

de ces diverses solutions. Tenant compte notamment des coûts, l'auteur arrive à la conclusion que la solution la plus économique consiste, pour l'Université, à s'attacher définitivement tout enseignant temporaire qui serait arrivé au terme de son mandat, mais à la condition que le maître soit de haute valeur. Cette solution a aussi l'avantage de la qualité: en retenant ainsi les meilleurs des enseignants qu'elle a pu voir à l'oeuvre, l'Université améliore l'encadrement de ses étudiants.

Une dernière remarque enfin: les difficultés auxquelles nous venons de faire allusion viennent confirmer de façon inattendue l'utilité de la fonction de privat-docent. L'Université se félicite de pouvoir aujourd'hui, même en l'absence de postes disponibles, garder auprès d'elle ceux qui se sont distingués par leur activité scientifique, en leur offrant la possibilité de dispenser un enseignement de haut niveau et de bénéficier du climat stimulant d'une faculté.

Mais venons-en maintenant au second problème, celui qui, depuis plusieurs années, préoccupe les milieux de l'enseignement supérieur de tous les pays.

C'est le problème de l'accès aux études universitaires. Malgré l'intérêt qu'il y aurait à le traiter dans sa généralité, il est apparu plus utile de le limiter à l'aspect aigu qu'il revêt aujourd'hui en Suisse.

De quoi s'agit-il exactement?

D'un côté, conséquence des effets combinés de la vague démographique et de l'ouverture des portes de l'enseignement secondaire —il y a de cela une vingtaine d'année —, le nombre des bacheliers ou porteurs de maturité ayant droit à une place dans l'enseignement supérieur est toujours en pleine croissance.

C'est ainsi que les effectifs d'étudiants n'ont cessé d'augmenter régulièrement depuis vingt ans, au taux moyen de 6 % par an. Selon plusieurs études, dont l'une menée sous la responsabilité du Conseil suisse de la Science, cette augmentation va se poursuivre encore, selon un taux de 3 à 4 %, qui ira diminuant pour s'annuler vers 1985. A ce moment-là, l'effectif total des étudiants aura augmenté d'un tiers environ de ce qu'il est aujourd'hui, passant de

moins de 50000 à 65000 *. Dès 1988, et toujours selon les spécialistes, ce nombre total des étudiants pourrait commencer à diminuer lentement: c'est le phénomène du «Studentenberg» déjà évoqué tout à l'heure.

D'un autre côté, les experts en matière de conjoncture économique sont aussi formels: les moyens financiers qui pourront être mis à disposition des hautes écoles ces prochaines années n'augmenteront guère. Aussi bien la Confédération que la majeure partie des cantons ayant une université semblent à bout de souffle, financièrement parlant, et les perspectives d'une amélioration de la situation ne sont pas encore en vue.

Même en misant sur un geste de la part des cantons sans université, le montant global des ressources disponibles ne permettra pas d'augmenter substantiellement les capacités d'accueil, à moins de sacrifier délibérément la qualité à la quantité ou la recherche à l'enseignement. Cette situation ne devrait surprendre personne: elle est la conséquence directe du vote négatif des 27 et 28 mai derniers par lequel, dans leur majorité, le peuple et les cantons semblent avoir clairement manifesté la volonté de voir mettre une borne aux dépenses engagées en faveur des hautes écoles du pays. Quant aux espoirs de faire des économies par l'instauration d'une coordination efficace entre les universités, on a vu qu'ils se sont envolés avec le rejet de la LHR.

Même parmi les tenants les plus convaincus du fédéralisme, on ne voit pas qui oserait encore parier sur le succès d'arrangements intercantonaux dans ce domaine. Le double fiasco des tentatives de fusion des écoles de pharmacie, en deça comme au-delà de la Sarine, vient de démontrer combien il est téméraire, pour le moment, de vouloir dépasser le stade de la coordination parlée.

Mais alors, comment sortir de l'impasse du «Studentenberg»?

Avant de répondre, il n'est peut-être pas inutile de rappeler deux conditions auxquelles doivent satisfaire les solutions pour être recevables. Ces conditions traduisent l'existence d'une double solidarité: l'une politique, l'autre universitaire.

Solidarité politique d'abord. Par les effets considérables qu'il peut exercer sur l'évolution de notre économie, le développement de l'enseignement supérieur et de la recherche intéresse l'ensemble du pays. C'est donc la totalité des Etats, Confédération et cantons, qui ont partie liée dans leur effort de venir en aide aux universités. Cette solidarité est à ce jour renforcée par le souci immédiat qu'ont les cantons ne disposant pas d'université de voir leurs ressortissants n'être victimes d'aucune discrimination au moment de l'entrée à l'Université.

Solidarité universitaire ensuite. Il y a longtemps que, par l'intermédiaire de la Conférence des recteurs, toutes les hautes écoles du pays ont adopté une politique commune en matière d'immatriculation des étudiants. En dépit de difficultés passagères, cette solidarité entre les hautes écoles ne s'est jamais démentie, pour la bonne raison qu'elle constitue à ce jour le garant le plus sûr de l'autonomie des universités à l'échelon national.

Il est donc fort peu probable de voir un canton ou son université adopter, en matière d'accès à l'enseignement supérieur, une politique qui n'aurait pas été mise en discussion soit devant la Conférence intercantonale des chefs de départements intéressés, soit devant la Conférence des recteurs suisses.

Mais revenons-en aux moyens de se tirer de l'impasse du «Studentenberg». Au niveau des principes, il n'y a pas grand choix. Ou bien les hautes écoles devront admettre tous les ayants-droit, c'est-à-dire tous les bacheliers ou porteurs d'un diplôme équivalent, ou bien elles devront s'entendre pour limiter l'accès à certaines études, comme celles de médecine, de psychologie ou de droit. Examinons rapidement les arguments avancés par les tenants de chaque parti:

En faveur du maintien de l'accès sans restriction des bacheliers aux études universitaires, il y a premièrement l'équité et les traditions politiques de ce pays. Se fondant sur les promesses générales qu'on leur a faites, les jeunes gens qui vont terminer leurs études secondaires supérieures ces prochaines années comptent sur la possibilité d'entrer à l'Université s'ils obtiennent leur baccalauréat. Nombreux sont ceux dont les parents ont fait d'importants sacrifices dans cette

perspective. Leur fermer les portes de l'Université ne leur apparaîtrait pas seulement comme contraire au droit, mais encore incompatible avec les traditions de liberté auxquelles tous nous sommes profondément attachés dans ce pays. Le second argument en faveur du maintien d'un libre accès à l'Université pour tous les bacheliers est de nature politique et sociale. Dans la mesure où celui qui bénéficie d'une formation universitaire peut mieux servir son pays, dans la mesure aussi où le diplôme universitaire confère à son détenteur des avantages — sur le marché du travail notamment —, il est contraire aux intérêts de la communauté et de chaque individu d'empêcher celui qui en a les aptitudes de faire des études universitaires.

Quant aux partisans de la limitation de l'accès aux études universitaires, ils invoquent aussi deux types d'arguments.

Le premier se fonde sur le manque de place : pour accueillir tous les bacheliers ou titulaires d'un diplôme de maturité, l'Université devrait renoncer, partiellement en tous les cas, à ses activités de recherche. Ce faisant, elle renierait une partie essentielle de sa mission et mettrait en cause son existence même. Car, sans recherche ou avec une recherche médiocre, il n'y a plus d'Université. Ainsi, admettre tous les ayants-droit reviendrait en définitive à sacrifier, pour une petite minorité, l'intérêt général d'un pays qui, comme le nôtre, ne saurait vivre sans Université. Le deuxième type d'argument s'appuie sur des considération de qualité. Les données statistiques sont claires sur ce point: parmi les bacheliers ou titulaires d'un diplôme de maturité qui ont été admis à l'Université, nombreux sont ceux qui, peu aptes à faire des études universitaires, les ont abandonnées en cours de route. Sur 100 étudiants entrant à l'Université de Lausanne, environ 60 obtiennent un diplôme, les 40 autres disparaissant pour diverses causes: santé, échec, ou changement de vocation. Ainsi, disent les partisans d'une limitation à l'accès, il y a dans l'Université assez de places pour ceux qui sont intellectuellement aptes à les occuper. Créer de nouvelles places pour accueillir des incapables serait un double gaspillage. Ces places ne sont pas seulement inutiles mais, dans les circonstances actuelles, leur aménagement compromettrait l'avenir même de l'institution universitaire.

Force est de le constater, l'impasse reste totale au niveau des principes. Non seulement les arguments pour ou contre une limitation de l'accès à l'Université paraissent solides, mais ils semblent s'équilibrer. Cependant le temps presse et les étudiants sont déjà là qui, d'ici un ou deux ans, frapperont aux portes de nos hautes écoles. Si utile que soit la discussion sur les principes, ii faut donc aller au-delà afin de trouver les éléments d'une décision dans la situation particulière à maîtriser. Cette situation présente heureusement un certain nombre de caractéristiques de nature à nous guider.

La première est l'ordre de grandeur du «Studentenberg». Le surplus d'étudiants a été estimé par les experts à 3 ou 4 % par an pendant une dizaine d'années au maximum. Comparé au taux moyen de 40 %exprimant, à l'Université de Lausanne, la proportion des abandons en cours d'études universitaires, ce taux de 3 ou 4 % est petit.

La deuxième caractéristique vient d'être largement évoquée tout à l'heure. Si, d'une manière générale, les ressources financières vont manquer pour aider les universités, les enseignants de qualité, eux, ne manqueront pas, bien au contraire: ils sont plutôt en surnombre.

La troisième caractéristique de la situation concerne les capacités d'accueil. A la suite des efforts d'investissement entrepris ces dernières années en faveur des universités, il existe selon toute probabilité encore de la place en première année, tout au moins dans certains secteurs: que l'on songe aux récentes constructions universitaires, soit à Dorigny et Ecublens pour la Suisse romande, soit au Strickhof et au Hönggerberg pour la Suisse alémanique.

La quatrième caractéristique est l'incertitude qui, en général, règne sur les capacités d'accueil. Certes, l'on dispose de critères pour compter les places dans les Facultés des sciences et de médecine, mais fort peu, sinon rien n'est à ce jour connu sur l'évaluation des capacités d'accueil dans les Facultés des sciences humaines. Or c'est précisément là que la menace d'encombrement se précise aujourd'hui. Il tombe sous le sens que, aussi longtemps qu'aucune méthode généralement admise n'est disponible pour mesurer les capacités d'accueil,

il n'est pas sérieux de vouloir les limiter. La notion même du numerus clausus implique que l'on sait évaluer — ne serait-ce que grossièrement —le nombre de places à disposition.

La dernière caractéristique de la situation actuelle affecte l'autonomie des universités. Compte tenu des solidarités politiques et universitaires liant les cantons et les hautes écoles, toute introduction d'une limitation à l'accès des études impliquerait la mise en place d'un appareil administratif central; qu'il soit patronné par la Confédération ou les cantons ne change rien à l'affaire. Or, on ne saurait sous-estimer le poids ni le coût d'un tel appareil. Voyez plutôt: il faudrait commencer par se mettre d'accord sur la définition puis sur le mode de calcul des capacités; puis faire un recensement de ces capacités dans les secteurs menacés; puis évaluer les résultats de ce recensement et fixer les capacités maximales; puis choisir un mode de sélection, preciser les critères de sélection, mettre en place des organes de sélection, ordonner les épreuves de sélection, et ainsi de suite...

Sait-on que pour le seul cas des études de médecine, secteur menacé d'encombrement depuis quelques années déjà, ce ne sont pas moins d'une dizaine de groupes ou commissions, réunissant quelque 150 personnes, qu'il a fallu déjà créer au seul échelon national?

Les partisans de l'introduction d'un numerus clausus ont-ils vraiment évalué jusqu'au bout toutes les conséquences d'une opération fort séduisante en théorie, mais qui, dans la pratique, par les dangers d'une bureaucratisation supplémentaire imposée aux universités, par les risques d'une ingérence du politique dans le système de sélection des étudiants, pourrait porter un coup fatal à l'autonomie de nos hautes écoles?

C'est pourquoi, tout bien pesé, dans l'état actuel des choses, il semble que la moins mauvaise issue à l'impasse du «Studentenberg» soit encore, pour ces prochaines années, d'admettre tous les bacheliers et autres porteurs du diplôme de maturité. Pour réduire les inconvénients de cette mesure, il faudrait auparavant modifier quelque peu la conception de la première année des études universitaires pour en faire non seulement une année de sélection — ce

qu'elle est déjà dans plusieurs facultés —, mais aussi une année de consolidation des connaissances et de réorientation des étudiants — ce qui serait nouveau.

II est important de noter ici que dans certaines facultés ces fonctions nouvelles de réorientation et de consolidation dévolues à la première année des études universitaires apparaissent déjà maintenant comme une nécessité imposée par la spécialisation prématurée des bacheliers. C'est là une conséquence inattendue de la multiplication des types de maturités en Suisse. Cette spécialisation prématurée a pour résultat d'envoyer dans les facultés un nombre croissant d'étudiants mal préparés parce qu'ayant changé d'orientation en passant du gymnase à l'Université: tel porteur d'une maturité scientifique s'inscrit en Faculté de théologie, alors que son camarade titulaire du baccalauréat ès lettres se découvre une vocation d'ingénieur.

Or il importe qu'en dépit ou plutôt à cause de son caractère sélectif, la première année d'études universitaires soit profitable à ceux qui en suivent les cours: il est nécessaire que les étudiants y soient mieux encadrés. De nouveaux enseignants devraient dès lors être attribués à la plupart des facultés, afin que la sélection et la réorientation soient préparées dans une atmosphère de sérénité et d'objectivité, en fonction des aptitudes et non sur la base de lacunes héritées d'une mauvaise orientation préuniversitaire.

Ainsi serait introduite la notion d'année propédeutique universitaire, résultat de l'élargissement à toute l'Université de ce qui existe déjà dans plusieurs facultés et écoles. Pour que l'opération soit profitable, il serait souhaitable d'y associer à un certain moment des responsables de l'enseignement secondaire supérieur d'une part, des écoles professionnelles et autres établissements d'enseignement tertiaire d'autre part. Ce serait l'occasion pour l'Université d'améliorer les contacts avec ses voisins immédiats dans le monde de l'éducation. Cette politique de collaboration servirait sûrement l'intérêt des étudiants qu'il faudrait orienter à nouveau.

Il ne peut être question ici de développer plus avant cette solution de l'année propédeutique universitaire dont un des objectifs serait de sortir à moindres frais de l'impasse du «Studentenberg». Tout

au plus est-il possible d'en mentionner quelques aspects importants:

1. Les exigences prévues au terme de l'année propédeutique permettraient d'élever le niveau des études dans les années supérieures de l'Université.

2. La mise en oeuvre de l'année propédeutique impliquerait l'engagement d'un certain nombre de professeurs supplémentaires, ce qui remédierait indirectement aux difficultés signalées pour le renouvellement du corps enseignant.

3. Une grande liberté devrait être laissée aux universités et aux facultés dans les modalités d'application de l'année propédeutique. C'est ainsi que celle-ci pourrait être progressivement étendue, au fur et à mesure des besoins créés par l'apparition de nouveaux goulets d'étranglement.

4. Enfin, le principe de l'année propédeutique ayant été admis, il ne serait pas nécessaire de créer des organes centraux —fédéraux ou intercantonaux —pour en assurer le bon fonctionnement. Celui-ci serait l'affaire des universités. Tout au plus pourrait-on confier à la Conférence des recteurs le soin de veiller à l'harmonisation des exigences, comme c'est le cas pour les immatriculations.

Certes, cette solution ne manquera pas de rencontrer l'opposition de ceux qui y verront l'introduction de je ne sais quel numerus clausus clandestinus, manipulé par des facultés victimes d'un malthusianisme saturnien. A quoi il faut répondre tout net que la sélection par l'année propédeutique ne serait pas quantitative mais qualitative. Elle n'apporterait donc rien qui n'existe déjà. A tout prendre, cette sélection, confiée à un corps enseignant composé d'hommes accessibles et responsables, pratiquée tout au long d'une année de formation suivie, utile à tous et dont les exigences seraient connues de tous, vaudrait sans doute mieux que le choix obscur programmé savamment par des experts anonymes et froidement exécuté par le superordinateur de service.

Mesdames, Messieurs,

Rien ne sert de se leurrer. Les considérations qui précèdent, comme les propositions faites à titre personnel qui en découlent, se fondent sur la conception traditionnelle de l'Université: une institution au service de la société, ayant pour mission principale de transmettre et développer le savoir. Pour s'acquitter de cette mission, l'Université n'a pas le choix. Elle doit être une école, parfois dure, de réflexion, d'imagination, d'analyse, de synthèse et d'action, appelée à préparer notamment tous ces hommes dont le pays a besoin et dont le métier exige une formation supérieure: pasteurs, avocats, maîtres secondaires, médecins, ingénieurs, hommes d'affaires ou de sciences... Qu'on le veuille ou non, il s'agit de former une élite. Une élite comme il en existe d'autres dont les membres sont choisis selon d'autres critères tout aussi exigeants.

Or des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pour que l'on impose à l'Université une nouvelle mission, celle d'une sorte de modérateur ou compensateur social. Selon ces novateurs, l'enseignement supérieur n'aurait plus comme objectif principal le développement et la transmission de la connaissance, mais plutôt celui d'assurer le progrès social et l'épanouissement de l'individu.

En fait, il s'agirait ni plus ni moins de confier à l'Université la mission qui, chez nous, est dévolue à ces institutions, si utiles par ailleurs, que sont les universités populaires, les écoles pour adultes, les centres de formation et de loisirs, ou les universités du troisième âge. Transformée en institution générale de promotion sociale, l'Université devrait alors s'ouvrir à tout et à tous. En cas de manque de places, ce ne seraient plus les aptitudes qui serviraient de critères de sélection, mais bien l'origine sociale, le milieu culturel, la race ou même le sexe.

Voici par exemple ce que déclarait, il y a six mois à peine, le professeur Peltason, président de l'American Council on Education, au cours d'une table ronde de l'Association internationale des Universités, à Philadelphie:

«Il faut exprimer des doutes sur l'aptitude des universités elles-mêmes à faire régner plus de justice en matière d'accès.

Les universitaires sont compétents pour porter des jugements sur les qualifications académiques ou intellectuelles des candidats, mais rien ne les prédispose particulièrement à tenir compte d'autres éléments, et notamment des critères de justice sociale, dans la sélection des étudiants...»

Il serait erroné de penser que les partisans de ce type d'Université n'existent qu'outre-Atlantique. Il y a maintenant juste dix ans qu'à grands frais une réforme profonde a été imposée à l'enseignement supérieur suédois, qui s'est directement inspiré des principes de l'Université de masse à but social. Or il y a moins d'une semaine, à l'occasion d'un séminaire de la Conférence des recteurs européens tenu à Lund, le ministre de l'éducation nationale de Suède a brossé un tableau saisissant de la situation des universités de son pays. Voici, en substance, ce qu'il a notamment déclaré:

— Plus de 60 % des étudiants suivant actuellement des cours dans les universités suédoises sont des adultes qui n'y restent guère plus d'une année sans obtenir de diplôme.

— La proportion des étudiants du niveau gymnasial qui poursuivent des études à l'Université en vue d'acquérir un diplôme n'a cessé de décroître depuis dix ans. Elle est aujourd'hui tombée à 40 %.

— Enfin, le nombre des étudiants inscrits aux études menant au doctorat a diminué de 70 % en dix ans. La situation de la recherche universitaire est si grave que le monde de l'industrie et de l'économie s'inquiète. Un des principaux objectifs d'une nouvelle réforme est de rendre sa place à la recherche dans l'Université.

Ce n'est ni le lieu, ni le moment, de porter un jugement de valeur sur cette nouvelle forme d'Université, une université de masse conçue comme un instrument de progrès et de justice sociale. Qu'on me permette seulement de conclure sur une constatation et un voeu.

Voici la constatation: L'expérience faite par la Suède démontre ce que d'aucuns avaient prédit, à savoir que l'Université de masse

et l'Université traditionnelle ne peuvent coexister sous un même toit. Il faut choisir.

Quant au voeu, c'est celui d'un simple citoyen: Si d'aventure, par soif de justice sociale, et à supposer qu'elles en aient retrouvé les moyens, les autorités responsables avaient l'intention de transformer nos universités traditionnelles en universités de masse, supermarchés du savoir, que tout le monde soit auparavant dûment consulté! Car c'est l'avenir du pays qui serait alors en cause!

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

DELACRÉTAZ JEAN: «Le numerus clausus ou la peur des mots», Médecine et Hygiène, No 36, 1978, 3293.

DE FRANCESCO Corrado: «The Growth and Crisis of Italian Higher Education during the 1960s and 1970s», Higher Education 7, No 2, 1978, 193-212.

Hirsh WENDY and MORGAN ROGER: «Career Prospects in British Universities», Higher Education 7, No 1, 1978, 47-66.

CLARK Kerr: «Higher Education: Paradise Lost», Higher Education 7, No 3, 1978, 261-278

Bulletin de l'Association Internationale des Universités, Supplément au Volume XXVI, 1978, No 3, «Compte rendu de la 2e Table Ronde de l'AlU, Philadelphie, 6 avril 1978».