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Rektorats Reden © Prof. Schwinges

MÉDAILLE GONIN

(1990)
LIBRAIRIE PAYOT
LIBRAIRIE DE L'UNIVERSITÉ
LAUSANNE 1990

EN CETTE ANNÉE OU ELLE A CÉLÉBRÉ

LE QUATRIÈME CENTENAIRE DE SON PREMIER ÉTABLISSEMENT

L'UNIVERSITÉ DE LAUSANNE

TENANT A HONORER LA MÉMOIRE D'UN DE SES MAITRES

QUI L'A ILLUSTRÉE PAR UNE DÉCOUVERTE INSIGNE

FRUIT D'UN TRAVAIL OPINIATRE

ET S'ASSOCIANT DANS CE BUT

LA SOCIÉTÉ SUISSE D'OPHTALMOLOGIE

DÉSIREUSE D'AFFIRMER SA RECONNAISSANCE

POUR L'ACTIVITÉ FÉCONDE DE L'UN DE SES FONDATEURS

PATRIOTE ARDENT ET BIENFAITEUR DE L'HUMANITÉ

INSTITUE CONJOINTEMENT AVEC ELLE

LA MÉDAILLE GONIN

AFIN DE STIMULER LE PROGRÈS DE L'OPHTALMOLOGIE

AUQUEL POUR UNE GRANDE PART A CONTRIBUÉ

CELUI QUI A CRÉÉ LE TRAITEMENT

DU DÉCOLLEMENT RÉTINIEN

CETTE MÉDAILLE

SERA DÉCERNÉE PÉRIODIQUEMENT

PAR LES SOINS DU

CONSEIL INTERNATIONAL D'OPHTALMOLOGIE

A UN OPHTALMOLOGISTE

DE MÉRITE RECONNU

Discours du

professeur Pierre Ducrey

recteur de l'Université de Lausanne

Il vaut la peine de s'arrêter un instant à l'acte de fondation de la Médaille Gonin. En voici le texte original:

«En cette année où elle a célébré le quatre centième anniversaire de son premier établissement, l'Université de Lausanne, tenant à vénérer la mémoire d'un de ses maîtres qui l'a honorée par une découverte insigne fruit d'un travail opiniâtre et, s'associant dans ce but la Société suisse d'ophtalmologie, désireuse d'affirmer sa reconnaissance pour l'activité féconde de l'un de ses fondateurs, patriote ardent et bienfaiteur de l'humanité, institue conjointement avec elle la Médaille Gonin, afin de stimuler le progrès de l'ophtalmologie auquel pour une grande part a contribué celui qui a créé le traitement du décollement rétinien. Cette médaille sera décernée périodiquement par les soins du Conseil international d'ophtalmologie à un ophtalmologue de mérite reconnu. Pour l'Université de Lausanne, le recteur, Emile Golay, le chancelier, Frank Olivier. Pour la Société suisse d'ophtalmologie, le président, Richard Klaingüli, le secrétaire, Jean Bourquin. Lausanne, au mois de novembre 1937».

Quant à la médaille elle-même, en or massif, elle rappelle les dates de Jules Gonin (1870-1935) et porte au revers une inscription latine: «Deo juvante, miseris reddidit lucem», ce qui signifie: «Avec l'aide de Dieu, il a rendu la lumière aux malheureux». Le nom du bénéficiaire est gravé sur la tranche de la médaille.

Selon le règlement, l'Université de Lausanne met à la disposition du Conseil international d'ophtalmologie la médaille qui sera remise par lui au bénéficiaire en une séance solennelle du Congrès international d'ophtalmologie. L'Université de Lausanne a en outre l'honneur d'organiser la cérémonie au cours de laquelle le parchemin qui sert de document officiel est remis au lauréat.

L'Université de Lausanne, fondée en 1537, a saisi l'occasion de son quatre centième anniversaire pour prendre quelques initiatives heureuses. L'une d'elles a consisté en la création de la médaille Gonin, en collaboration

avec la Société suisse d'ophtalmologie. Le recteur Emile Golay et le chancelier Frank Olivier sont entrés dans l'histoire de l'Université en apposant leur signature au bas de ce document.

Depuis sa création, la Médaille Gonin a été décernée à deux Suisses, les professeurs Alfred Vogt, de Zurich, et Hans Goldmann, de Berne, à un Français, à un Espagnol, à deux Anglais, à trois Américains, à un Belge, à un Allemand, enfin, en 1986, à un Japonais. Le président du Conseil international d'ophtalmologie, le professeur Alfred Edward Maumenée a lui-même reçu la médaille Gonin en 1982.

L'ophtalmologie lausannoise s'est distinguée grâce à quelques personnalités marquantes, comme Marc Dufour, professeur de 1890 à 1910, son neveu Auguste Dufour, professeur de 1910 à 1918, enfin Jules Gonin, professeur de 1920 à 1935. D'une manière pressante, Auguste Dufour appelait dès 1904 le monde savant à réfléchir au moyen de remédier au décollement de la rétine. Jules Gonin consacra l'essentiel de son énergie, durant des années, à définir en premier lieu les causes du décollement de la rétine, soit une déchirure, un trou dans celle-ci, origine du décollement proprement dit. Mais ce n'est qu'en 1929 que son explication fut admise universellement.

Dans son discours de récipiendaire, le professeur Akira Nakajima, lauréat en 1986, décrit son admiration pour l'oeuvre de Gonin, pour qui il a fallu des années d'efforts et de combats pour convaincre ses collègues ophtalmologues de ce qui est aujourd'hui une vérité évidente. Il ajoute qu'il a fallu plus de dix ans pour que le traitement du décollement rétinien traverse le continent eurasien pour parvenir enfin au Japon. Ce n'est qu'en 1930, soit 11 ans après les premières publications de Gonin sur le sujet, qu'un ophtalmologue japonais publie des cas traités selon le nouveau principe mis en évidence.

Terminons sur Gonin en disant que sa mort prématurée a privé le grand savant helvétique du Prix Nobel. Il est heureux que l'Université de Lausanne garde ainsi le souvenir de l'un de ses maîtres et que la médaille Gonin soit pour elle l'occasion de recevoir quelques-uns des plus grands ophtalmologistes du moment.

On peut rappeler ici l'existence du «Club Gonin», association fondée en 1958 par des ophtalmologistes de renom, intéressés en premier lieu par la pathologie du segment postérieur de l'oeil, en particulier par les affections de la rétine, de la coroïde et du corps vitré. (Pour les non spécialistes, je précise que la coroïde est la membrane vasculaire qui se trouve sous la rétine et la nourrit). Peu à peu, le Club Gonin, l'une des rares associations ophtalmologiques d'envergure mondiale qui soit d'origine européenne, est devenu le groupement le plus prestigieux des spécialistes du segment postérieur

de l'oeil. Il compte aujourd'hui plus de 250 membres, représentant plusieurs dizaines de pays. La Ville de Lausanne et son Université auront l'honneur de servir de siège à la prochaine réunion du Club Gonin, en septembre 1990.