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Rektorats Reden © Prof. Schwinges

DIES ACADEMICUS 1966

10 juin 1966

Allocution du professeur Claudius Terrier
Recteur de l'Université

Dans l'éventail des problèmes de la vie universitaire genevoise, les motifs de discourir ne manquent pas. Aux prises avec les changements de pression des espoirs et des désespoirs de sa charge, le recteur a l'embarras du choix. Parvenu au terme du mandat que le Sénat lui a confié, il fait ce soir un peu de réflexion sur deux choses.

La première est d'ordre général. Elle a trait à la recherche scientifique et à la place qu'elle occupe dans l'Université.

La seconde est d'ordre personnel. Elle prélude au chant d'adieu d'un maître qui approche de la fin de sa carrière.

I

Dans une récente étude que l'Association internationale des Universités vient de consacrer à l'autonomie universitaire, sir Hector Hetherington, ancien vice-chancelier et principal de l'Université de Glasgow, examinant «ce qu'est une Université et ce qu'elle fait» se plaît à rappeler ce que Karl Jaspers a dit à ce sujet.

«On demande trois choses à l'Université: la formation professionnelle, l'éducation de l'homme tout entier et la recherche. Car l'Université est simultanément école professionnelle, centre de culture et institution de recherche.» (cahier 7 — Paris 1965.)

Cette dernière tâche, la recherche, caractérise l'Université désormais placée en face des exigences d'une civilisation scientifique. Elle élargit singulièrement la mission que s'était fixée le haut enseignement jusqu'au milieu du XXe siècle.

Que l'on aille cependant pas croire qu'à Genève comme ailleurs, la recherche ait été, dans le passé, délaissée, voire négligée. Loin de là. Avant d'être l'objet des sollicitudes académiques, elle fut la passion d'hommes qui, d'une manière isolée et d'autant plus méritoire, ont largement contribué à l'avancement des connaissances humaines.

Lors de la célébration, l'automne dernier, du cent-cinquantième anniversaire de la fondation de la Société helvétique des sciences naturelles, le souvenir des chercheurs genevois du XVIIIe siècle a été très justement honoré. Et dans un premier chapitre de l'ouvrage publié à l'occasion de ce triple jubilé, l'oeuvre de savants genevois: philosophes, mathématiciens, physiciens, chimistes, géologues, astronomes et médecins dont les travaux sont à l'origine d'importantes découvertes occupe une place en vue.

Faut-il, pour n'emprunter que quelques faits à cette remarquable fresque de l'histoire des sciences à Genève, citer les recherches ayant trait à l'induction électro-magnétique, à la connaissance des phénomènes de la nutrition des plantes, à l'élaboration de la géologie moderne, au développement de la géométrie non euclidienne, à l'invention du télégraphe, à l'emploi de l'air comprimé comme force motrice, à la naissance de la météorologie, à l'introduction de la théorie de la relativité dans la réalité objective, au progrès de la chimie organique, de la biologie, de la pédiatrie, de la médecine, de l'astronomie et de l'archéologie?

Faut-il à nouveau rappeler que la première liquéfaction de l'oxygène par Raoul Pictet, en 1877, est à l'origine de la grande industrie du froid?

Le mérite de tous ces pionniers genevois de la recherche scientifique est d'autant plus grand qu'il leur fallait prélever sur leurs ressources personnelles de quoi alimenter les dépenses engagées dans leurs patients travaux.

De nos jours, en raison même de l'importance des ressources financières qu'exige l'avancement des sciences, la recherche est devenue l'apanage de la grande industrie ou de l'enseignement supérieur. Ce dernier, comme l'a affirmé le recteur de Dijon, est étroitement lié à la recherche, parce qu'elle la prolonge, la nourrit et la vivifie, parce que l'enseignement réfléchit une clarté bien froide et bien terne dès qu'il s'éloigne et se sépare du foyer d'où rayonnent les lumières. (L'Université de Dijon, 1965).

Quant à l'industrie, on sait que son avenir dépend étroitement, dans notre pays comme ailleurs, d'un haut niveau de recherche. Déclarant à son tour que notre temps n'est que mouvement, le directeur général de l'Institut Battelle a tout exprès redit, il y a quelques mois, sur les ondes de la Radio suisse, l'importance nationale de la recherche appliquée.

Il est heureux par ailleurs de constater que les étudiants suisses se préoccupent eux aussi de l'importance que revêt la recherche scientifique pour l'enseignement et l'économie.

Lors du congrès de l'Union des associations régionales d'étudiants qui s'est tenu à Zoug, en février dernier, un intéressant débat s'est élevé à ce sujet. Introduit par une étude approfondie intitulée «Bildungsökonomik als Grundlage einer Bildungspolitik», la discussion a tout à la fois mis en évidence les devoirs et les responsabilités de l'enseignement supérieur, et les liens qui unissent de plus en plus la société, l'économie et les hautes écoles.

A ces marques juvéniles d'intérêt s'ajoutent celles non moins encourageantes que vient de me procurer la formation d'une «Association suisse de jeunes chercheurs pour le développement de la recherche scientifique».

Cette jeunesse au service de la recherche fondamentale entend vouer le meilleur de ses soins pour assurer, d'Université à Université, la coordination systématique de ses travaux et de ses projets.

Certes, le passé de la recherche est chez nous assez riche pour qu'il ne soit pas oublié; mais, la meilleure façon de s'en souvenir est d'accorder le labeur scientifique aux besoins et aux conditions des temps nouveaux. Les «Jeunes chercheurs suisses» l'ont bien compris. C'est une promesse et un réconfort.

Enfin, si des considérations plus terre à terre visant à l'utilité devaient laisser subsister quelque hésitation à l'endroit de la recherche désintéressée, il suffirait, pour les écarter, de reprendre ce qu'a dit le recteur de l'Université de Fribourg lors du Dies academicus du 15 novembre 1965.

«... La théorie pure constitue à la longue, et de façon paradoxale, ce qui est le plus pratique. C'est en effet la théorie pure, la recherche pure, qui en fin de

compte, a modifié la face du monde plus profondément et plus radicalement que toute autre chose, et qui modifiera encore l'avenir.» (Revue universitaire suisse, II, 1966.)

Un dernier mot, il est de Jean Monnet. Celui que l'on a justement appelé le «père de l'Europe» a affirmé que «dans la compétition pacifique de caractère économique qui s'ouvre entre les nations, l'avenir est à celles qui se donneront le système scolaire le plus complet, à celles qui tireront le meilleur parti de l'intelligence de leur jeunesse, de toute leur jeunesse».

A l'heure où le pays cherche avec plus de réalisme que par le passé à élaborer des prévisions économiques à long terme, au moment où nos cités se penchent avec inquiétude sur les données du «Rapport de la commission fédérales d'experts pour l'étude d'une aide aux universités», il nous est apparu opportun et salutaire d'évoquer en quelques mots le labeur incessant et discret qui se poursuit à l'ombre tutélaire de nos facultés de sciences naturelles ou de sciences humaines. C'est la preuve manifeste qu'elles ont conscience que loin d'être un passe-temps la recherche scientifique est un véritable devoir académique.

Voici tout d'abord, donnés presque au hasard, quelques exemples prélevés dans le champ des sciences qui font de la connaissance de l'homme le centre commun de leur propre gravité. Ils se rapportent aux récentes découvertes d'inédits de J.-J. Rousseau, à celles de manuscrits coptes en Egypte, aux fouilles gréco-suisses entreprises dans l'île d'Erétrie, à celles aussi qui, au Soudan, ont percé le mystère des deux colonnes de Tabo.

Toutefois la mise au jour de documents ou de vestiges anciens ne représente qu'un des aspects, le plus sensible, de la recherche dans le monde des belles lettres. Il faut également songer aux chercheurs qui, dans le silence des bibliothèques ou le demi-jour des archives, font oeuvre plus abstraite. Eux aussi contribuent pour une bonne part à la pénétration de l'infini. De patientes études comme celles sur l'influence de la politique sur l'art en 1789, celles sur les documents découverts dans les archives de la République de Weimar, celles sur la poésie des trouvères et des «Minnesinger» font non seulement apparaître des idées nouvelles sur la civilisation, mais fournissent à l'enseignement supérieur le sel qui le vivifie.

Les volumes publiés chaque année par la Faculté de droit à la suite de ses journées juridiques attestent, eux aussi, tout l'intérêt que les théoriciens et les praticiens du droit trouvent dans la communication qui leur est régulièrement faite de travaux juridiques les plus divers entrepris dans un esprit délibérément prospectif.

Comme toute discipline scientifique, la théologie se plie allègrement à la règle d'or de la recherche. En renouvelant le contexte de l'histoire du christianisme, les récentes découvertes de documents anciens, de manuscrits et de parchemins n'ont pas manqué d'attirer certains maîtres de notre école calvinienne vers de nouvelles exégèses bibliques.

Par ailleurs, il vaut la peine de signaler les recherches originales entreprises à l'Université par un théologien doublé d'un économiste sur les rapports entre l'enseignement des confessions chrétiennes et les doctrines économiques. En enrichissant la sociologie religieuse, ces études purement intellectuelles éclairent d'un jour nouveau les motifs du comportement des hommes en face des biens de toute

nature. A ce qu'a dit un humaniste zurichois, elles contribuent aussi à l'interprétation économique et sociale du temps présent et à une explication valable des théories de la science politique sur le «développement» et le «sous-développement».

On sait de nos jours que, soucieuse de leur évolution, les sociétés modernes tentent de plus en plus d'en influencer l'orientation en s'efforçant de mettre en évidence les processus des changements historiques des institutions, des moeurs et des communautés humaines. Aussi, la liste des recherches en cours dans le secteur des sciences économiques et sociales est-elle assez fournie. Entre les travaux sur les échanges économiques, sur les modèles économétriques, sur la sécurité sociale, sur l'action du milieu sur la carrière des individus, sur l'histoire de Genève et de la Suisse, l'échantillonnage est embarrassant. Façonnés sans nulle visée utilitaire, il faut dire que ces matériaux servent dans leur ensemble de points d'appui à l'établissement des plans de développement à court ou à long terme dont les pouvoirs publics ne peuvent plus se passer.

Tandis que la recherche se poursuit de manière plus ou moins souterraine dans le secteur des sciences morales, dans les Facultés de sciences positives, elle se manifeste souvent de façon plus ostensible.

Là encore, le peu de temps dont je dispose me force à une retenue qui est à la mesure de la discrétion des chercheurs de nos laboratoires de physique, de mathématiques, de chimie et de médecine.

Si la recherche scientifique est ici comme ailleurs proprement désintéressée, elle ne manque pas de déterminer souvent à la longue le progrès technique. C'est ainsi que les recherches fondamentales entreprises à notre Université dans la physique des métaux ont permis d'approfondir la connaissance de la structure métallique de certains phénomènes capitaux tels que le magnétisme métallique, la conductibilité électrique et la supraconductibilité.

L'industrie suisse n'a pas attendu longtemps pour s'inspirer de ces découvertes et envisager leur application pratique au transport à distance sans déperdition de de l'énergie électrique. Il en est de même du moyen trouvé par l'Institut de physique de conserver, sans qu'elles se modifient sous l'influence des variations de température, les propriétés d'élasticité de certains métaux. On apprend que l'industrie de l'horlogerie et des machines de notre pays s'apprêtent à tirer avantageusement parti de ces découvertes des laboratoires genevois.

Ainsi, et beaucoup plus rapidement qu'autrefois, la recherche universitaire au service de la science et la recherche industrielle au service du progrès technique se rejoignent dans une réjouissante symbiose.

A ces images de l'activité des explorateurs genevois des sciences de la nature, il faut ajouter les patientes recherches en cours des laboratoires et cliniques de la Faculté de médecine sur les hormones qui régissent les échanges de sel et d'eau dans le corps humain, sur le diabète et le comportement des graisses, sur les affections rénales, sur les réactions chimiques si subtiles qui régissent l'hérédité.

Quelle extraordinaire aventure que celle de ces chirurgiens qui s'apprêtent à remplacer un organe malade tout comme on change une pièce défectueuse de sa voiture! Déjà la greffe du rein est une réalité, celle du coeur et du poumon est en passe de le devenir. Et dans la mesure de leurs moyens, nos chercheurs s'y emploient activement.

Ne serait-ce pas faire montre de sentiments de vil égoïsme que de songer à profiter des recherches entreprises ailleurs sans y participer également?

Et tandis que l'avenir thérapeutique se découvre peu à peu, de jeunes médecins — autre aspect de la recherche — se préparent pour que les malades de nos hôpitaux et de nos cliniques puissent bénéficier sans tarder du fruit de tant de travaux en prise directe avec la vie.

En bref, si aux temps héroïques de son passé notre Aima Mater a été avant tout école de pensée et de raison, imprégnée des tranquilles habitudes d'une longue tradition, elle est en passe aujourd'hui de se renouveler et de suivre l'irrésistible mouvement qui remue tout à la fois l'enseignement, la science et la cité.

II

L'année universitaire 1965-66 évoquera désormais le Jubilé de la Faculté des sciences économiques et sociales. Ayant eu le privilège d'assister, le 25 octobre 1915 en qualité d'étudiant à l'ouverture solennelle de ses cours, puis, d'être appelé dès 1921 aux fonctions d'assistant-chef de travaux, la file de mes observations sur la vie universitaire est assez longue. Je suis convaincu que l'enseignement est une suite d'expériences. La relation de celles que j'ai faites pourrait faciliter les réformes attendues. Mais, comme l'heure n'est pas aux longs discours, ma seconde réflexion va se borner à rappeler comment, en montant autour de moi, la jeunesse a, année après année, stimulé continuellement ma tâche.

Il y a tout d'abord dans le renouvellement continu des caractères et des mentalités des étudiants une sorte de préfiguration de l'avènement de types d'hommes nouveaux qui incite le maître à reviser continuellement ses méthodes. C'est par là même que celui qui a une avance de savoir ne perd pas le contact avec ceux qui ont une avance de vie.

Il est une autre remarque expérimentale. Elle vous aide à saisir les mobiles qui entretiennent le goût de l'enseignant. C'est la très grande variété d'attitudes des élèves. La typologie de ce phénomène est encore dans l'enfance. Chaque étudiant est un cas particulier de relations psychologiques ambiguès et souvent contradictoires. Et, pour mieux comprendre l'intérêt qu'offrent la multicité et la diversité des dialogues, j'aimerais représenter quelques spécimens d'interlocuteurs rencontrés dans les séminaires ou dans les couloirs de l'Université. Mais pour cela, il y faudrait le don de peindre les hommes d'un La Bruyère, sa façon pittoresque d'animer les personnages qu'il décrit. Il n'en est rien. Qu'on me pardonne dès lors un essai aussi hasardeux que timide.

Au premier abord, paraissent dans la bigarrure de la foule disparate des étudiants, les utilitaires. Ils sont beaucoup plus nombreux qu'on ne serait tenté de le croire.

Entrés résolument à l'Université dans le but d'y acquérir une formation professionnelle, ils n'ont d'intérêt, ou presque, que pour les notions susceptibles de trouver une application pratique. L'utilitarisme dont ils sont imprégnés leur inspire un évident dédain pour les supports actifs des connaissances techniques, celles qui ressortent de la culture générale. Ils ne les goûtent pas. Loin de là! Obligés de se conformer aux exigences des règlements d'étude, ils les subissent. Echappant ainsi à la formation en profondeur, leur enrichissement intellectuel est plutôt mince et le dialogue avec de tels sujets tourne court.

Quant à leurs chances dans la vie, elles semblent assez aléatoires et fragiles.

A côté des «utilitaires» on rencontre les appliqués. Ce serait beaucoup dire que leur personnalité offre une somme d'intérêt qui dépasse sensiblement celle du groupe précédent. Ils font des études pour réussir dans la vie et pensent avant tout que leurs chances dépendent d'une honnête formation. L'application dont ils font preuve les rend esclaves de la routine. Indifférents ou presque à l'évolution du monde, insensibles à la rapidité du progrès technique, fermant les yeux sur les changements des rapports de force, dans la nature et dans la société, leur curiosité intellectuelle ne s'étend pas au-delà des frontières des programmes d'examens.

S'il n'est pas indifférent de converser avec de tels élèves, il faut reconnaître que leur esprit plutôt conformiste ne permet pas d'élever beaucoup les débats. Le seul espoir est de penser que dans l'avenir, des aspirations plus grandes pourront naître dans leur âme et conscience. C'est la bonne raison de persévérer dans les essais de développement de leur personnalité.

Après la cohorte des «utilitaires» et des «appliqués» vient heureusement celle des réfléchis. Ils ont assez vite compris le rôle et la puissance de la formation générale; ils se sont résolument mis à la recherche d'un outillage mental, de moyens d'expression et d'acquisition leur permettant de se hisser au niveau des exigences de la formation scientifique. C'est dans les séminaires qu'il faut les observer et qu'il fait bon les retrouver. Ils y jouent le rôle précieux d'animateurs et d'entraîneurs. Ils répandent autour d'eux le goût de la connaissance et de la critique. De tels esprits sont pour les enseignants de réels sujets d'intérêt et de contentement. Il n'y a pas pour le maître de meilleure satisfaction que d'apprendre dans le recul du temps, qu'ils sont parvenus aux postes avancés de la vie économique et sociale.

La durée de cette cérémonie ne me permet d'évoquer que celles des catégories d'étudiants qui semblent les plus nombreuses. D'ailleurs, mon propos n'est pas de brosser une fresque de tous les types d'étudiants, mais de mettre simplement en évidence ce qu'il y a de piquant et de stimulant dans la carrière que j'ai embrassée.

Je ne veux cependant pas manquer de relever en passant combien l'accélération de l'histoire dont nous sommes les témoins contribue à vivifier la tâche du professeur. Si les techniques évoluent avec une rapidité étonnante, les notions économiques, philosophiques, sont à leur tour remises en question avec une non moins grande accélération. Les connaissances et la manière de les enseigner sont beaucoup plus que par le passé exposées à un vieillissement prématuré. Si les programmes d'études paraissent se renouveler avec une certaine lenteur, c'est la façon de présenter leur contenu qui change, ou presque, d'une volée à l'autre. Voilà une des sources vives d'intérêt et d'émulation de l'enseignement supérieur.

En démontrant que toute lumière blanche filtrant à travers un prisme est formée d'un mélange de sept couleurs fondamentales, Newton a clairement énoncé un des plus merveilleux phénomènes de la nature.

... A la pensée de faire bientôt retraite, il m'arrive de craindre fort la grisaille des jours d'inaction. La menace de leur terne lumière serait singulièrement redoutable si je ne savais que dans le vitrail haut en couleurs de mes souvenirs je retrouverai l'arc-en-ciel des étudiants qui auront défilé sous mes yeux: les utilitaires, les appliqués, les indécis, les réfléchis, les audacieux, les prétentieux, les exaltés, les sages, tous ces adolescents pour qui j'aurai heureusement vécu et qui ne cesseront pas d'être ma lumière blanche.